Le 13 janvier 1942, le préfet du Tarn écrit au maire de Lacaune : "J’ai l’honneur de vous informer que Monsieur le préfet de la région de Toulouse a désigné la station de Lacaune comme centre régional pour recevoir des individus dont les agissements, l’attitude, la nationalité ou la confession constituent des facteurs de mécontentement ou de malaise dans la population."1
Le préfet du Tarn dans une lettre envoyée à Monsieur l’intendant directeur départemental du ravitaillement, le 13 janvier 1942 estime que : "Les possibilités d’hébergement actuelles permettent de diriger sur Lacaune au maximum de 4 à 500 personnes. Celles-ci ne viendront cependant augmenter la population de cette localité que successivement au fur et à mesure des décisions prises par Monsieur le Préfet Régional".
Lacaune, petite ville située aux confins des départements du Tarn, de l’Aveyron et de l’Hérault, à 850 m d’altitude, a donc désormais pour fonction de recevoir des Juifs jugés "indésirables" par le régime de Vichy et qui précise par la circulaire du 3 novembre 1941 que "ces mesures sont applicables aux étrangers et aux français disposant de ressources et dont les agissements, l’attitude, la nationalité ou la confession, constituent des facteurs de mécontentement et de malaise dans la population, risquant ainsi de troubler l’ordre public."
Entre 1942 et 1944, près de 650 personnes, hommes, femmes et enfants, vont être assignés à résidence à Lacaune2, dont deux cent neuf sont déplacés de Luchon, cent quatre-vingt quatre arrivent de Toulouse et sa région, et cent quarante personnes arrivent de Pau.3
De nombreuses mesures discriminatoires sont prises par le gouvernement de Vichy et frappent les Juifs étrangers réfugiés en France afin de les exclure de la société civile. Les préfets ont les pleins pouvoirs pour mettre en place ces mesures.
Ainsi, la Loi du 4 octobre 19404 précise dans son Art. 1er. "Les ressortissants étrangers de race juive pourront, à dater de la promulgation de la présente loi, être internés dans des camps spéciaux par décision du préfet du département de leur résidence.
"Elle est complétée par la Circulaire n° 39 du 3 novembre 1941 du ministère de l’intérieur adressée aux préfets régionaux et aux préfets de la zone non occupée5, intitulée "Mesures de groupement à prendre à l’égard de Français et d’étrangers". Les étrangers disposant de ressources suffisantes peuvent alors être placés en résidence surveillée dans des centres "afin de ne pas troubler l'ordre public".
Ces mesures prévoient soit l'internement dans des camps de concentration ou dans des GTE (Groupement de travailleurs étrangers), soit l'assignation à résidence pour les plus aisés.
Des juifs étrangers sont assignés à résidence surveillée par le préfet du Tarn à Lacaune, station thermale située à 850 m d'altitude, bénéficiant d'une grande capacité d'hébergement (4 à 500 personnes) et éloignée des grandes villes dès 1942.
Deux cent neuf Juifs assignés à résidence à Lacaune arrivent de Luchon en mars et avril 1942. Les autres Juifs de Lacaune arrivent de Toulouse et de Pau.
La population manifeste son mécontentement à l'égard de l'installation de Juifs indésirables dans la commune.
Les rafles orchestrées par Vichy à Lacaune La rafle du 26 août 1942
Le 26 août, la police de Vichy, les GMR (Groupes mobiles de réserve) aidés par des gendarmes viennent rafler 90 juifs, dont 22 enfants. Ils seront emmenés au camp de Saint-Sulpice (Tarn), puis à Drancy avant d'être déportés sans retour vers Auschwitz par les convois n° 30, 31 et 33 des 9, 11 et 16 septembre 1942. Aucun ne survivra.Face à la violence de la rafle, des Lacaunais décident de venir en aide aux juifs. Ainsi, Raoul* et Albertine Bonnafous* et le pasteur Vincent aident Israël Wachkers, son épouse Charna et leurs enfants, Henri et Martin.
D'autres assignés trouvent de l'aide dans des fermes alentour.
Le sauvetage des enfants juifs
Alors que les rafles ont commencé en zone sud, les Éclaireurs israélites (EI) ont un camp de vacances, le camp de l'étoile, à Renne, près de Vabre. Ils ont avec eux certains enfants venus de Lacaune qui ne peuvent plus retourner auprès de leurs parents et il faut rapidement sauver les enfants de Lacaune qui n'ont pas été pris.
Aidés par les Éclaireurs Unionistes (EU) protestants, ils vont tout mettre en œuvre pour sauver les enfants.
Hélène Rulland, dite Cham, cheftaine EU, Zulma Gaffié née Armengaud, dite Mette, institutrice à Saint-Pierre de Combejac, et Nicole Klein, Roseau vont chercher les enfants.
Mette Armengaud témoigne de ce sauvetage dans le recueil de témoignages De la Chouette au Merle blanc : "Cham me dit : 'Nous partons ce soir pour Lacaune avec Nicole. Il s’est passé là-haut des scènes atroces, bien des rafles ont été opérées mais il reste des jeunes filles qui depuis trois jours sont enfermées dans des placards ou des caches. Nous devons aller là-haut et les ramener à pied, de nuit.'
Arrivées à Lacaune, nous devions nous rendre au premier étage d’une maison, place de la Vierge. Là nous trouverions ceux qui nous dicteraient notre ordre de mission"6.
Plusieurs jeunes filles seront ainsi sauvées puis cachées.
La rafle du 20 février 1943
Le 20 février 1943, 29 hommes sont raflés à Lacaune par des miliciens français. Ils sont conduits au camp de Gurs, puis envoyés à Drancy avant d'être déportés par les convois n° 50 et 51 des 4 et 6 mars 1943. Aucun ne survivra.
Jacques, le fils de Szaja Fijalkow, raflée ce jour là a relaté l’événement lors d'un entretien avec Sandra Marc7 : "Ce sont des miliciens qui sont venus. Dès qu’ils sont arrivés, mes parents se sont organisés avec la famille V., propriétaire de l’Épargne. Ils avaient tout prévu et ils l’ont caché dans la cave, derrière des fagots de bois, ils en ont fermé la porte puis devant ils y ont entassé des cageots, des bouteilles... Les miliciens sont arrivés, ils savaient qui ils venaient chercher, ils avaient le nom de mon père. Ils ont fait ouvrir les portes, ont déplacé les fagots... Ils l’ont trouvé. Ma mère a giflé un milicien en lui disant que c’était un salaud, qu’il était pire que les nazis".
Après cette rafle, les Juifs ne font plus confiance au gouvernement de Vichy et s'engagent de plus en plus nombreux dans la résistance juive : le maquis des Éclaireurs israélites de France implanté fin 1943 à la Malquière, petite ferme entre Vabre et Lacaune et l'Armée Juive (AJ). D'autres rejoignent les maquis de la région.8
La rafle de février 1943 sera la dernière orchestrée par le gouvernement de Vichy dans le Tarn.
Le 17 avril 1999, une stèle à la mémoire des victimes des deux rafles a été érigée à Lacaune, rue de la Liberté, face à la place de l'Eglise. "Pendant la seconde guerre mondiale, 648 juifs dont 520 adultes et 128 enfants ont été assignés à résidence à Lacaune. Le 26 août 1942, 89 d'entre eux, dont 22 enfants ont été raflés et livrés à la Gestapo en zone occupée à Drancy par le gouvernement de l'État français pour être déportés vers le camp d'Auschwitz. Le 20 février 1943, 29 juifs ont connu le même sort et ont été déportés vers le camp de Maïdanek, il n'y eu aucun survivant."
Lacaune depuis la deuxième guerre mondiale a été créée. Elle a pour but de maintenir et de développer les relations entre survivants, familles des Juifs assignés à résidence et population lacaunaise. Elle a également pour but d'assurer un devoir de mémoire concernant cette période et, pour ce faire, d'œuvrer au développement de travaux de recherches consacrés à celle-ci ainsi qu'à leur diffusion. Des manifestations sont organisées en ce sens tous les deux ans à Lacaune.
Louis Valette
(1925-1941)
Henri Viguier
(1941-1944)
Louis Valette
président du comité de Libération (1944-1945)
René Escande
(1945-1971)
2 Familles réfugiées à Lacaune[Compléter]
1942 / 1944 Famille Markscheid - Rose Markscheid s'était fixé en Belgique avec son mari en 1928. Trois jours après l’invasion allemande du 10 mai 1940, ils ont fui en France et trouvé refuge aux environs de Toulouse. Assignés à résidence à Lacaune, Meïr Markscheid, né le 4 novembre 1903 à Stanislavov (Pologne), négociant en machines alimentaires, originaire de Pologne, est arrêté parce que juif le 26 août 1942, et déporté par le convoi n° 30 du 9 septembre 1942.
Rose Markscheid et sa fille Léa, née en 1936, continueront à loger chez la famille Bru et seront sauves. Elles rentreront en Belgique après la guerre. Famille Wachskerz - Albertine* et Raoul Bonnafous*, avec l’aide du pasteur Vincent, la famille Wachskerz (le père, la mère et leurs deux enfants), cachèrent des Juifs allemands dans le clocher de l’église situé de l’autre coté de leur cour. Malgré les menaces de la gendarmerie venue arrêter les Wachskerz, qui avaient promis d’enfermer, avant midi, Albertine et Raoul s’ils ne dévoilaient pas la cachette de leurs locataires Juifs, ces derniers gardèrent le silence. Pendant les trois semaines qui suivirent, empruntant un accès à l’arrière de l’église, ils apportaient trois repas par jours au quatre fugitifs. Par la suite, avec l’aide du chef de gare de Lacaune, les * cachèrent la famille Wachskerz dans d’énormes cuves à vin à destination de Castres. Ils purent ainsi survivre jusqu’à la fin de l’occupation.
Les Bonnafous vinrent en aide à d’autres Juifs, en les logeant ou simplement en les aidant à survivre, notamment à la famille Fogelman. 73 Familles arrêtées (Lacaune)[Compléter]
20/02/1943Famille Aronowicz - Josef, 42 ans, né le 17 juin 1899 à Lask (Pologne), assigné à résidence à Lacaune, est arrêté le 20 février 1943 parce que juif, déporté par le convoi n° 50, il est assassiné à Maïdanek Déportation : 04/03/1943 convoi no 50 JO : Daf-Ed 92428
26/08/1942Famille Aronowicz - David, 53 ans, né le 3 octobre 1888 à Lutartow (Autriche), assigné à résidence à Lacaune, est arrêté le 26 août 1942 parce que juif, déporté par le convoi n° 30, il est assassiné à Auschwitz Déportation : 09/09/1942 convoi no 30 JO : Daf-Ed 92428
26/08/1942Famille Bat - Bernard, 22 ans, né le 14 août 1902 à Lodz (Pologne) et Liliane, 11 ans, née le 21 juin 1931 à Bruxelles (Belgique), assignées à résidence à Lacaune, elles sont arrêtés le 26 août 1942 et déportés sans retour le 9 septembre 1942 par le convoi n° 30 et assassinés à Auschwitz Déportation : 09/09/1942 convoi no 30 JO : Daf-Ed 92428
26/08/1942Famille Bleich - Aya, né le 5 avril 1898 à Dukla (Pologne), Chaskiel, né le 22 avril 1907 à Fylicz (Pologne), Hella, née Bornstein le 18 mai 1894 à Dukla (Pologne), Max, né le 2 juillet 1938 à Dukla (Pologne), Reisla, née Spira le 16 juin 1914 à Guillec (Pologne) et Wolf, né le 19 mai 1935 à Dukla (Pologne), assignés à résidence à Lacaune, sont arrêtés parce que juifs le 26 août 1942, déportés par le convoi n° 30 et assassinés à Auschwitz Déportation : 09/09/1942 convoi no 30 JO : Daf-Ed 92428
26/08/1942Famille Blinsak - Benjamin, 55 ans, né le 20 octobre 1886 à Varsovie (Pologne) est arrêté le 26 août 1942, déporté par le convoi n° 30 et assassiné à Auschwitz Déportation : 09/09/1942 convoi no 30
26/08/1942 -Rafle à Lacaune. Déportés vers les camps d’extermination nazis, aucun n’a survécu. 20/02/1943 -Rafle à Lacaune. Déportés vers les camps d’extermination nazis, aucun n’a survécu.
Témoignages, mémoires, thèses, recherches, exposés et travaux scolaires [Ajouter le votre]
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Autres articles parus dans le site de l'AJPN
1 Témoignage de Fernand Frassac* (Journal de Fernand Farssac*, gendarme à Lacaune.
Notes et mémoire de guerre de Fernand Farssac* dit Toutyva, rédigé par son fils Gérard Farssac, résume l’action de son père entre 1940 et 1944. Il lui a permis, aidé par ses carnets de notes, de retracer son action pendant la clandestinité et pendant le Maquis. )
1 Lacaune sur
Wikipedia 2 Amitiés judéo-lacaunaises (L’association souhaite maintenir et développer les relations entre les survivants et les familles des juifs assignés à résidence à Lacaune pendant la Seconde Guerre mondiale et la population lacaunaise ; assurer un devoir de mémoire concernant cette période et, pour ce faire, œuvrer au développement de travaux de recherches consacrés à celle-ci ainsi qu’à leur diffusion. )
3 Le sauvetage des juifs 1941-1944 (Paul et Suzanne Haering) (A travers des photos d'époque et de bouleversants témoignages, ce site vous emmène en France dans la région du Tarn, et plus particulièrement autour de Carmaux entre 1941 et 1944, pendant l'occupation allemande.
Durant cette période, le pasteur Paul Haering et sa femme Suzanne vont soustraire plusieurs dizaines d'enfants juifs aux rafles de Vichy et les protéger d'éventuelles dénonciations, avec l'aide du Pasteur Albert Delord, organisant plusieurs colonies de vacances dans la région au risque d'être pris et fait prisonniers...
)
Notes
- 1 - Archives Mairie de Lacaune.
- 2 - Archives Mairie de Lacaune, dossier "Assignés, état-civil".
- 3 - Sandra Marc, "L’assignation à résidence des Juifs par le gouvernement de Vichy, l'exemple de Lacaune."
- 4 - Journal Officiel du 18 octobre 1940, p 5324
- 5 - Archives Départementales du Tarn, 506 W77
- 6 - De la Chouette au Merle blanc : le chargeur n’a que vingt balles. Récits de résistance de la montagne du Tarn, Imprimerie : Société Montag-Lavaur (81), 1994, 224 p, p 26.
- 7 - Sandra Marc, "L’assignation à résidence des Juifs par le gouvernement de Vichy, l'exemple de Lacaune."
- 8 - Valérie Ermosilla, La Résistance juive dans le Tarn – 1939-1944 - Réalités et représentations, Mémoire de maîtrise, UTM, 1987, 180 p.
Léopold Chénaux de Leyritz
(25/06/1940 - 24/01/1944) Léopold Marie Frédéric Chéneaux de Leyritz, Préfet de Haute-Garonne et préfet régional de la région de Toulouse à partir de 1941 (Ariège, Gers, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées, Lot, Lot-et-Garonne, Tarn et Tarn-et-Garonne et les parties non occupées des Basses-Pyrénées, de la Gironde et des Landes (1896-1970)
André Sadon
(24/01/1944 - 06/02/1944) André Paul Sadon, Préfet régional de la région de Toulouse (Ariège, Gers, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées, Lot, Lot-et-Garonne, Tarn et Tarn-et-Garonne et les parties non occupées des Basses-Pyrénées, de la Gironde et des Landes (1891-1965)
Jean Cassou
(1944 - 1944) Commissaire régional de la République de la région de Toulouse (Ariège, Gers, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées, Lot, Lot-et-Garonne, Tarn et Tarn-et-Garonne et les parties non occupées des Basses-Pyrénées, de la Gironde et des Landes (1897-1981)
Pierre Berteaux
(1944 - 1946) Pierre Félix Berteaux, Commissaire régional de la République de la région de Toulouse (Ariège, Gers, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées, Lot, Lot-et-Garonne, Tarn et Tarn-et-Garonne et les parties non occupées des Basses-Pyrénées, de la Gironde et des Landes (1907-1986)
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