La vallée traversées par la Cèze, affluent du Rhône, se partagent entre deux milieux bien différents. Le nord du Gard a un relief cloisonné, boisé. Bessèges, Molières, Rochessadoule sont nées de la mine. Meyrannes, Saint-Ambroix, Saint-Jean-de-Maruéjols, Barjac sont des communes à forte population ouvrière où l’influence du Parti communiste français (PCF) est importante.
La majorité des responsables professionnels (secrétaires des sections syndicales de la Confédération générale du travail (CGT), délégués-mineurs…) sont communistes.
Dès la drôle de guerre, les syndicats se retrouvent très affaiblis après la dissolution de la CGT puis l'internement à l’automne 1940 de la plupart des responsables syndicaux, tandis que d'autres, licenciés par les compagnies minières et métallurgiques, bénéficient d'une surveillance étroite tels Jules Oziol à Molières ou Paul Richard à Saint-Ambroix.
Des militants mettent en place de petites structures clandestines dès la drôle de guerre : Antoine Bros à Gagnières, Joseph Comte et Emile Chaulet, mineurs à Barjac, Louis Dumazert et Paul Ollier, ancien délégué-mineur à Bessèges, licencié mais qui a retrouvé du travail chez l’entrepreneur Hulster de La Grand-Combe, Georges Roussel, secrétaire local de l’association France-URSS à Saint-Ambroix… Ce dernier contacte un par un les 42 anciens membres de sa section communiste de Saint-Ambroix. Il ne trouvera au départ que deux autres militants déterminés à continuer : Marcel Badiou et Léon Valette.
Aux mines de Molières, de Barjac, de Robiac-Rochessadoule, de Bessèges, à l’Usine des Tubes de Bessèges, ces militants rassemblent de petits groupes gagnés à la lutte : à Molières, autour de G. Roussel à l’atelier de chaudronnerie, on retrouve Severin Coronel, Roger Pellequer, Firmin Tastevin, Georges Fontane…
À Robiac-Rochessadoule et Bessèges, la Résistance s’organise en particulier autour d’un groupe de mineurs polonais, comme Antoine Czlowieczek, Stanislas Samsel, Jean Zielenski ou Joseph Owczarek.
Avant même la grève des mineurs en mars 1942, il existe dans chaque secteur un triangle de direction qui coiffe l’ensemble des groupes (même si le cloisonnement reste assez théorique), l’organisation étant à la fois géographique (par village, par hameau) et calquée sur les services de la mine. Ces groupes recrutent aussi de nouveaux membres, en particulier chez les jeunes démobilisés comme Julien Brunel, contacté avec plusieurs autres jeunes de Saint-Ambroix à son retour des armées par G. Roussel et M. Badiou.
Dans l’hiver 1940-1941, malgré le contexte de répression, ces groupes se fédèrent : en décembre 1940, "Georges" (Hourquet), responsable régional, passé dès l’été 1940 dans la clandestinité (comme Roger Roucaute ou Victorin Duguet) parvient à contacter les différents responsables locaux, en commençant par Paul Ollier. Les premières réunions se tiennent chez Adolphe Deleuze à Clet-Meyrannes, ou chez Devidal à Molières, ou chez Gabriel Etienne à Barjac. Par l’intermédiaire de "Georges", ils retrouvent le contact avec les responsables régionaux au hameau de Pourcayrargues, au-dessus de La Grand-Combe : cachés dans un mas appartenant à Eva Vigne et Jeanne Maura, ils peuvent recevoir et diffuser la presse nationale clandestine (La Vie Ouvrière, L’Avant-Garde, l’Humanité, Franc-Tireur) et tirer des tracts sur une ronéo…
Après la fondation du mouvement Combat, fin 1942, Albert Thomas, responsable pour le Gard, rencontre le 13 novembre 1942 Raoul Trintignant, industriel socialiste, qui adhére à Combat. Il le charge de mettre en place des groupes sur Pont-Saint-Esprit et les cantons environnants de Bagnols-sur-Cèze, Roquemaure, Villeneuve-lès-Avignon. Raoul Trintignant réuni Edgar Chabrol, garde des Eaux-et-Forêts (le responsable militaire), Camille Brunel, commerçant, Emile Marty et son fils Julien, Marthe Espic et son fils Fernand, le docteur Abraham Gabbaï.
Jusqu’au printemps 1943, ils travaillent surtout à diffuser les tracts et journaux clandestins (notamment Combat), à fournir des faux papiers aux résistants contraints de vivre dans la clandestinité ou à convoyer jusqu’à Toulouse ceux qui veulent passer en Espagne pour rejoindre les Forces françaises libres à Londres. Ils cachent également des personnes pourchassées, notamment des juifs que Mme Espic et le docteur Gabbaï aident à se procurer de faux papiers. Mais, après l’institution du Service du travail obligatoire (STO), la priorité des comités Armée secrète (AS) concerne désormais les jeunes qui veulent échapper au départ forcé en Allemagne.
Au printemps 1943, dans la zone entre Saint-Ambroix, Barjac, Lussan et Pont-Saint-Esprit, plusieurs dizaines de réfractaires sont cachés dans des fermes isolées, chez des paysans patriotes des pays de Cèze, comme les frères Louis et René Chabrier, à Rochegude…1