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Paris

Région :
Île-de-France
Département :
Paris

Préfets :
Achille Villey-Desmeserets
(1934 - 1940) Achille Joseph Henri Villey-Desmeserets, Préfet de la Seine (1878-1953)
Charles Paul Magny
(13/10/1940 - 19/08/1942) Préfet de la Seine (1884-1945)
François Bard
(14/05/1941 - 01/06/1942) Amiral François Marc Alphonse Bard, Préfet de police de la Seine (1889-1944)
Amédée Bussière
(01/06/1942 - 19/08/1944) Préfet de police de la Seine lors de la rafle du Vél d’Hiv (1886-1953)
René Bouffet
(19/08/1942 - 19/08/1944) Préfet de la Seine. Arrêté et révoqué par la Résistance le 19 août 1944 (1896-1945)
Marcel Pierre Flouret
(1944 - 1946) Préfet de la Seine (1892-1971)
Charles Léon Luizet
(1944 - 1947) Préfet de police de la Seine (1903-1947)

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Juste parmi les Nations

Dimitri Klépinine


Père Dimitri
Dossier Yad Vashem : 3078
Remise de la médaille de Juste : 16/07/1985
Sauvetage : Paris 75015 - Paris
Profession: Prêtre
Qualité: Russse. Canonisé le 16/01/2004
Religion : Orthodoxe
Nom de naissance: Dimitri Andréïévitch Klépinine
Date de naissance: 14/02/1904 (Anapa (Russie))
Date de décès: 11/02/1944 (Dora (Pologne))
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Dimitri-Klepinine
Père Klepinine, 1932-1933
source photo : Yad Vashem Photo Archive
crédit photo : D.R.
Dimitri-Klepinine
77, rue de Lourmel, Paris 15e au foyer, septembre 1939
source photo : Yad Vashem Photo Archive
crédit photo : D.R.
Dimitri-Klepinine
Père Dimitri Klépinine*, sa femme Tamara et Hélène en 1942
source photo : Arch. fam. Klépinine
crédit photo : D.R.
Dimitri-Klepinine
Dimitri Klépinine*
source photo : Arch. fam. Klépinine
crédit photo : D.R.
Notice

Élisabeth Pilenko* est née en 1891 à Riga, aujourd’hui capitale de la Lettonie, ville de l’Empire russe, cité cosmopolite près de la mer noire, en Russie, dans une famille de la haute bourgeoisie russe.

Son père meurt alors qu'elle est adolescente et elle part s'installer à Saint-Petersbourg avec sa mère, Sofia Pilenko née Borissovna. Elle épouse le juriste Dimitri Kuzmin-Karaviev, sympathisant socialiste-révolutionnaire et athée, avec qui elle aura deux enfants, dont leur fille, Gaiana (Fille de la Terre) née après leur divorce en 1913.

En 1917 elle rejoint la révolution socialiste et épouse le juge Daniel Skobtsov, un de ses anciens professeurs.

Yelizaveta Skobtsova* fuit le Russie pour la Géorgie avec sa fille et sa mère. Youri naît à Tbilissi en 1921. Ils reprennent le chemin pour Constantinople puis la Serbie où naît sa fille Anastasia et enfin vers la Turquie avant d'arriver à Paris en janvier 1924.

La plupart des immigrés arrivèrent en France sans nationalité, d’autres conservèrent pieusement un document personnel impérial ou déjà soviétique. Il y avait des lettrés, des médecins, des savants, des gens incultes qu’accompagnaient – comme toujours – un clergé orthodoxe, arménien, géorgien ou encore de très nombreux Juifs. Des impérialistes qui espéraient le retour du Tzar, des anarchistes, des communistes, des socialistes, des libres-penseurs...
C’est l’époque où fut créé l’Institut Saint Serge sur la colline du 19e arrondissement, en lieu et place d’un ancien temple protestant. Un espace où fleurit avec brio et dynamisme, dans une pauvreté indélébile, l’élaboration d’un enseignement conforme à la tradition orthodoxe russe, une réflexion fertile, des cours de théologie avec des étudiants et des auditeurs libres. Ce fut le choix de Yelizaveta Skobtsova* qui entra ainsi en contact avec le père Serge Boulgakov qui devînt son père spirituel et les nombreux membres du clergé et des fidèles orthodoxes. Paris devenait le vivier de l’Orthodoxie russe en exil.

En 1926, Anastasia mourut de la grippe. Yelizaveta Skobtsova* en fut profondément marquée : cela raviva en elle un esprit de pénitence et le désir de vivre de manière plus ordonnée.
Gaiana fut envoyée en internat en Belgique.

Elle s’inséra petit-à-petit dans les structures nées de l’exil, comme l’Action Chrétienne des Etudiants Russes.
Dès 1927, elle y assura une action missionnaire au services des plus démunis. Ce chemin lui permit de trouver et d’exprimer sa quête spirituelle et de partager l’importance de la foi. Ses voyages à travers le pays, ses visites aux orphelins, aux pauvres – ils étaient nombreux parmi des Russes qui n’étaient souvent guère préparés à vivre à l’étranger, dans un contexte social inhabituel.

Cette vie trépidante conduisit Yelizaveta Skobtsova* à s’éloigner de la vie conjugale. Son fils Youri partit habiter avec son père, Daniel Skobtsov et la future moniale divorcèrent en 1932 selon la coutume orthodoxe tandis que la petite Gaiana était mise en pension en Belgique.

Elle prononce ses voeux, à l'âge de 40 ans. Elle fut consacrée le 16 mars 1932 dans l’église de l’Institut Saint-Serge à Paris. Elisabeth devenait, par le choix perspicace du métropolite, Mère Marie (Mat’ Maria).

Dimitri Klépinine* lui aussi émigré de Russie, est ordonné prêtre en 1937 et rejoint l'action de Mère Marie (Élisabeth Skobtsov*). Il devient le recteur du foyer pour l'accueil des pauvres et des malades de la rue Lourmel.

Sofia Pilenko, la mère de Yelizaveta Skobtsova*, ouvrit un foyer « à un sou », lié à l’Action Orthodoxe, dans un hôtel particulier au 42, rue François-Gérard (16ème), tout près de l’Eglise catholique russe de la Très-Sainte Trinité où fut ordonné prêtre Mgr. Georges Rochcau en 1943 pour le service des réfugiés. Il fut le co-fondateur du Secours Catholique.

Lors de l'occupation allemande à Paris, en 1940, indignée par les mesures antijuives et avec l'aide du père Dimitri Klépinine* et de son fils Youri Skobtsov dit Georges, ils ouvrent les portes de l'Action Orthodoxe fondée par Mère Marie* en 1935 et de l'Église orthodoxe de l'Intercession-de-la-Sainte-Vierge, 77 rue de Lourmel, à tous les persécutés et s'engage aux côtés de la résistance juive à Paris.
Le père Dimitri Klépinine*, aidé et soutenu par son épouse Tamara Klépinine, établi de faux certificats de baptême en grand nombre tandis que mère Marie Élisabeth* leur trouve des cachettes durables.
Des familles sont placées à Noisy-le-Grand, dans une maison de repos dirigée par mère Anastasie.

Le 17 juillet 1942, après la rafle massive des Juifs, dite rafle du Vel d'Hiv, elle se rend au Vélodrome d'hivers.
Elle offre un soutien moral à un jeune émigré russe et usant d'ingéniosité, elle fait sortir ses trois enfants, deux garçons et une fille, grâce à l'aide des éboueurs opérant au Vel d'Hiv.

Dimitri Klépinine* et mère Marie Élisabeth* organise un groupe pour confectionner des colis alimentaires qu'ils font parvenir aux détenus du camp de Compiègne où le père Klépinine* servait chaque jour.

Parmi les détenus du camp se trouvait Georges Wellers, témoigna de cette opération.
Georges Wellers vient en mars 1942 à Lourmel demander un certificat de baptême pour sa femme. Le père Dimitri Klépinine* atteste qu’Anne Wellers est paroissienne de son église. Le certificat est visé par le commissariat de police du quartier de Javel. Mais ce n’est pas suffisant. Il faut encore une attestation de l’administration diocésaine de la rue Daru. Ce document est plus complet, car il mentionne les parents et grands-parents d’Anne Wellers et certifie, fort de la déposition des témoins sous la foi du serment, qu’ils étaient tous les six de religion orthodoxe ; ce nouveau certificat est visé par le président du conseil diocésain et le secrétaire général. Muni de ces deux papiers, Anne Wellers se rend au redoutable Commissariat général aux questions juives. La réponse du fonctionnaire français est un modèle d’ambiguïté : « Je ne puis vous délivrer un certificat de non-appartenance à la race juive, toutefois j’ai décidé de vous considérer comme non juive. » Cette décision courageuse a valu la vie sauve à Anne Wellers et a préservé un long moment son mari, « époux d’une aryenne », de la déportation. Il finira par être envoyé à Buchenwald, le 30 juin 1944 parle convoi n° 76 et sera libéré par les Américains en avril 1945.

Anne Wellers avait entendu dire que ses enfants risquait d'être déportés et avait couru se réfugier avec eux chez Albertine* et Joseph-Marie Cardin*, les parents de Josèphe-Marie Cardin Massé* leurs voisins de Gentilly qui les accueillirent.

La maison de la rue de Lourmel sert d'abri pour des personnes qui y restent une nuit ou deux avant de trouver un autre havre ou de tenter de rejoindre la zone libre.

Victimes d'une dénonciation, mère Marie Élisabeth*, son fils Youri Skobtsov et le père Klépinine* seront arrêtés le 8 février 1943 par la Gestapo et emprisonnés à Romainville. Ils ne nièrent pas avoir aidé des Juifs et n'avoir fait ainsi que leur devoir. Ils sont internés à Compiègne puis déportés sans retour.

Youri et père Klépinine* sont déportés et assassinés à Dora.
Élisabeth Skobtsov* sera gazée le 31 mars 1945 à Ravensbruck.

Le père Dimitri* a été canonisé en 2004 par l'église orthodoxe (patriarcat de Constantinople) en même temps que mère Marie (Élisabeth Yuriseva Skobtsov*), son fils Youri Georges Skobtsov, et leur compagnon Élie Fondaminski.

Le 14 janvier 1985, Yad Vashem a reconnu Yelizaveta Skobtsova* (Mère Maria) comme Juste parmi les Nations.
Le 16 juillet 1985, Yad Vashem a reconnu le Père Dimitri Klépinine* comme Juste parmi les Nations.

Lien vers le Comité français pour Yad Vashem


Histoire

Rescue Story

Having immigrated to Paris from Russia, Yelizaveta Skobtsova (née Pilenko) took religious vows in 1932, at the age of 40, becoming Mother Maria. She immediately devoted herself to social action, which received great impetus in 1935, with the construction of the Intercession of the Holy Virgin Orthodox Church on Rue de Lourmel in Paris. The church maintained an extensive center for community activity. Dimitri Klepinin, who had also emigrated from Russia, was ordained as a priest in 1937 and joined the action of Mother Maria. These two members of the clergy objected vehemently to the anti-Jewish measures taken in France after the German occupation, and opened the doors of the Lourmel center to the victims of persecution. Father Klepinin issued a large number of false baptismal certificates, while Mother Maria did wonders in finding long-term hiding places for the persecuted Jews whom she had sheltered in the Lourmel center. On July 17, 1942, the day after the mass arrest of the Jews of Paris, she entered the Winter Sports Stadium where the Jews were detained, using her status as a member of the clergy to get past the police. She was able to offer only moral support to a young friend who had been detained there, another emigrant from Russia. However, using her ingenuity, she enabled her three children, two boys and a girl, to escape, for she had secured the cooperation of the street cleaners who were working in the stadium. Mother Maria and Father Klepinin organized a group to put together cartons of food for people held in the Compiègne camp, most of whom were Russian Jews. Among the detainees in the camp were Jewish hostages, and the parcels saved them from starvation between December 1941 and March 1942. One of the hostages, Georges Wellers, testified to this operation. On March 26, 1942, Father Klepinin gave Wellers’ wife, Anne, a false baptismal certificate. As a consequence,” wrote the historian Wellers, “I was not deported [before June 30, 1944], nor was my wife nor our children.” Mother Maria, together with her son Yuri, and Father Dimitri, were arrested and interrogated in February 1943. Dimitri Klepinin and Yuri Skobtsov were transferred to Buchenwald camp and then to Dora, where they died in February 1944. Mother Maria was deported to the Ravensbrück camp, where she perished on March 31, 1945.
On January 14, 1985, Yad Vashem recognized Yelizaveta Skobtsova (Mother Maria) as Righteous among the Nations.
On July 16, 1985, Yad Vashem recognized Father Dimitri Klepinin as Righteous among the Nations.

17/02/2012
Lien : Yad Vashem

[Compléter l'article]

Dimitri Klépinine

Enfance à Odessa (1904-1916)
Dimitri Andréïévitch Klépinine* est le troisième et dernier enfant de Sofia Alexandrovna Stépanova, une femme née en 1873 à Iekaterinbourg qui a reçu une formation en pédagogie, et d'Andreï Nikolaïévitch Klépinine, un architecte originaire de la même ville qui a conçu plusieurs églises.
À Piatigorsk, petite ville d'eaux du Caucase, ce père est l'ingénieur civil du chantier de la célèbre station thermale, où il réalisera l'établissement de cure et plusieurs villas, tandis que non loin de là, à Essentouki, un autre centre thermal se développera sous l'impulsion d'un de ses familiers, le docteur Michel Zernoff.
C'est l'écrivain Dimitri Merejkovski, mari de la cousine de Sofia Alexandrovna, Zénaïde Guippius, qui est le parrain.
Les deux parents de l'enfant sont musiciens, croyants non pratiquants, plus proches d'une philosophie théiste que de la religion orthodoxe.
Quelques mois après sa naissance, Dimitri manque d'être emporté par une pneumonie. Donné pour mourant par le médecin, sa mère prend sa main pour faire faire son signe de croix à l'enfant ventilé par ballon.
De cette vraisemblable primo infection tuberculeuse, il conservera une faiblesse et il souffrira d'un retard de croissance qu'il ne rattrapera qu'à l'âge de quatorze ans au prix d'un régime diététique très surveillé.
En 1906, la famille s'installe à Odessa, où le père réalisera trois immeubles pour la Compagnie russe de navigation et de commerce, l'un des plus grands armateurs de l'Empire. Sophie Alexandrovna participe à la fondation d'une bibliothèque et ouvre dans la maison familiale de la rue Lermontoff une école nouvelle où les enfants apprennent à se gérer collectivement et où le petit Dima est scolarisé.
C'est en partie de sa mère, qui assure le catéchisme, que celui-ci reçoit son instruction mais aussi des professeurs invités. Il poursuit ses études secondaires dans une école technique. Il pratique l'aviron, le tennis, le vélo, la natation.
Quand la guerre éclate, son frère aîné, Nicolas Klépinine, qui a quinze ans, est trop jeune pour intégrer l'Armée des volontaires et attend 1916 pour s'engager comme officier dans le régiment de grenadiers à cheval de la Garde impériale. Il deviendra un théoricien de l'eurasisme proche de Georges Vièrnadski et fera une carrière d'historien.

La guerre civile (1917-1919)
Dimitri Andréïévitch* a treize ans quand éclate la Révolution soviétique et qu'il voit les Forces Armées du Sud de la Russie du général Dénikine affronter l'Armée rouge. À la Terreur rouge répond une Terreur blanche. À Odessa même, un gouvernement local, initialement menchévique, est créé le 9 juin 1917, le Roumtcherod. Sophie Alexandrovna assume un poste de juge de paix. Elle met en place une œuvre de secours pour les nombreuses personnes jetées à la rue par le chômage. 
Le 31 janvier 1918, le Roumtcherod, où les bolchéviques ont désormais la majorité, proclame la République soviétique d’Odessa. Deux jours plus tôt, le soviet de la flotte de la mer Noire, appuyé par l’artillerie du croiseur Almaz et des cuirassés Sinop et Rostislav, anéantissait la résistance des Cadets, junkers et haïdamaks de la ville. Dès le 13 mars, l'armée blanche du colonel Drozdovski, dans une longue marche de Iași au Don pour rejoindre l’Armée des volontaires du général Kornilov, s'empare d’Odessa et la transfère, selon les termes du traité de Brest-Litovsk signé dix jours plus tôt, à l’administration militaire austro-allemande mais c'est, pendant une année, la guerre civile qui règne, les bandes armées dans la campagne, l’agitation politique dans une ville privée de ravitaillement agricole. L’Armée noire occupe la Podolie voisine.
Le 18 décembre, la marine française, soutenue par la mission Berthelot, débarque, sans qu'en ville les dissensions et les affrontements ne cessent. L'année suivante, Dimitri Andréïévitch* s'engage comme matelot dans le corps des Volontaires de la Marine marchande, qui a succédé à la Ropit et où son père a conservé son poste. 
Quand le 1er avril 1919, les Français évacuent le port, il ne faut pas une semaine pour que les troupes de l’ex « ataman » Grigoriev établisse l'autorité de la République socialiste soviétique d'Ukraine. La mère du matelot est arrêtée par le NKVD. Laissé à lui-même, l'adolescent de quatorze ans, désemparé, se réfugie dans une église et connaît là, les mains derrière le dos, un moment de stupeur. Jusqu'alors irréligieux, il éprouve intérieurement une conversion soudaine mais, rabroué par une moniale pour son attitude et son ignorance du rituel, il se conforte dans sa prévention pour l'Église. Sa mère est libérée au terme de quelques semaines par un officier de la Tchéka, une femme connaissant son action en faveur des défavorisés2, grâce au témoignage d'un distributeur de tracts, juif, pour lequel elle avait prononcé la relaxe.

Exil et vocation (1920-1924)
En 1920, la famille s'exile à Constantinople, siège du patriarcat œcuménique. Le matelot Dimitri Andréïévitch* les rejoint. Il poursuit au côté de sa sœur Tania sa scolarité au Collège Robert, établissement américain. Tandis que son père tente de reprendre une activité au sein de la Ropit, sa mère rejoint son propre frère malade à Yalta. L'évacuation de Sébastopol en novembre 1920 par l'Armée russe blanche du général Wrangel, où combat l'aîné, signe la fin de toute chance de restauration et la réunion de la famille dans l'exil.
En 1921, un poste à la Standard Oil ayant appelé son père à Belgrade, Dimitri Andréïévitch* y émigre avec sa famille, loin d'une Ukraine ravagée par la première grande famine. Dans la banlieue de Belgrade, les Klépinine retrouvent les Lopoukhine, les Troyanoff et les enfants Zernoff, qui sont eux, dans un logis rudimentaire, surnommé l'Arche.
Un cercle Saint-Séraphin, animé par des étudiants, y organise des discussions et des comptes rendus sur les causes et le sens de l'effondrement de la Sainte Russie, sur les projets du maintien de sa tradition et du renouvellement de sa spiritualité. C'est là que Dimitri Andréïévitch se lie à Nicolas Zernoff, étudiant en théologie de la génération de son frère dont la famille a connu les mêmes tribulations à travers le Pont euxin. C'est là qu'il entend l'évêque saint Nicolas Vélimirovitch et le métropolite Antony Khrapovitski mais aussi Basile Zenkovski et Serge Bezobrazoff, promoteurs d'une foi orthodoxe rénovée, et s'oriente vers une carrière ecclésiastique dans la voie que théorise son frère, celle de communautés vivant dans le siècle.
À la rentrée de cette année 1922, le jeune homme est inscrit à l'université de Belgrade. Il adhère au nouveau Mouvement chrétien des étudiants de Russie (MCER), dont son frère est le représentant de la section locale.
La mort subite de sa mère le 24 février 1923, conclusion d'une coronopathie qui aura duré deux ans et demi, l'entraîne un peu plus dans la voie mystique, le jeune homme trouvant un réconfort dans la conviction de la survie de l'âme de la défunte. Sur la tombe de celle ci, il éprouve ce qu'il décrira comme une révélation de la vanité de ses souffrances personnelles et de la légèreté du « joug du Christ ». Il retrouve une conversation avec la défunte à travers son journal et la prière.
Il se rend plusieurs fois au monastère de Hopovo, siège en exil de l'Action chrétienne des étudiants russes, ACER, auprès du père Alexis Niélouboff, dont il fait son confesseur. Il est reçu dans son monastère par Benjamin Fédtchenkoff, aumônier des Forces Armées du Sud de la Russie en déroute. Il rencontre l'archevêque. La lecture de Jean de Cronstadt le marque profondément.

Séminariste à Paris et New York (1925-1929)
En novembre 1925, grâce à un passeport Nansen, Dimitri Klépinine* est envoyé à Paris pour entreprendre des études de théologie à l'Institut Saint-Serge, procure de la Laure de la Trinité-Saint-Serge, désormais fermée. Avec vingt deux autres impétrants, il rejoint au 93 rue de Crimée les guides spirituels rencontrés à Belgrade, Basile Zenkovski, Serge Bezobrazoff et Benjamin Fédtchenkoff, qui depuis le printemps précédent y dispensent leurs enseignements à dix séminaristes sous la direction du père Boulgakoff, philosophe de formation revenu du marxisme et apôtre d'une théologie de la sagesse. Il participe à la Confraternité de Saint Alban et Saint Serge, qu'animent Nicolas Zernoff et sa femme Militza Lavrova.
Il est rejoint à Paris l'année suivante par son frère. Nicolas Klépinine collabore à la revue quadrimestrielle La Voie sous la direction du personnaliste Nicolas Berdiaev et trouve un emploi chez son éditeur, le bureau parisien de l'YMCA, Union Chrétienne de Jeunes Gens, qui est un mouvement œcuménique engagé dans le christianisme social et l'évangélisation des ouvriers. L'YMCA de la rue Saint-Didier contribue au financement de l'Institut Saint-Serge et prête un local, 10 boulevard du Montparnasse, entre le square du Croisic et Les Enfants malades, pour servir de siège à l'ACER. Les deux frères participent aux conférences de l'Académie spirituelle et religieuse Berdiaev.
À partir de 1927, Dimitri Klépinine* reçoit à l'Institut Saint-Serge l'enseignement du professeur Vycheslavtseff, spécialiste de l'histoire et la philosophie du droit que Nicolas Berdiaev fait venir de Berlin et qui devient le co-rédacteur en chef de son frère. Celui-ci se fait l'intime du cinéaste Sergueï Efron et la poétesse Marina Tsvetaieva. De son côté, le prêtre impétrant, à la recherche d'une épouse qui accepte de l'accompagner dans son futur sacerdoce, ne rencontre auprès des jeunes filles, avides de modernité, que des déconvenues, qui préoccupent jusqu'au métropolite Euloge.
À la rentrée 1928, la formation spirituelle de Dimitri Klépinine* est supervisée par l'archiprêtre Serge Tchetvérikoff, nouveau président de l'ACER venu de Bratislava (anciennement Presbourg). Le séminariste rédige un mémoire de fin d'étude intitulé Le cœur et la raison dans la prière de Jésus qui ne sera soutenu qu'en 1931; il a été ordonné lecteur le 8 octobre 1927. En septembre, une bourse d'étude accordée par l'église épiscopalienne lui permet de parachever sa formation par un semestre œcuménique au Séminaire théologique de New York consacré à Saint Paul.

Ministère auprès des ouvriers (1930-1934)
De retour de New York, au printemps 1930, le frère Klépinine se rend dans la paroisse Saint-Nicolas de Presbourg pour aider les dix missions orthodoxes qui avaient été mises en place à travers la Slovaquie par son professeur de théologie, le père Tchetvérikoff. À l'été, il est de retour à Paris pour participer au camp estival de l'ACER, qui se tient cette année à Montfort-l'Amaury. À la fin de l'année, malheureux d'avoir été éconduit par Sophie Chidlovski, il retourne en Yougouslavie, pour contribuer une année durant à la pastorale auprès des ouvriers de la mine de cuivre, qui a été ouverte en 1903 à Bor, dans les montagnes orientales de Serbie, où son père, ingénieur civil, travaille depuis près de dix ans. C'est là qu'il est nommé chantre.
Revenu en 1931 à Paris, il est affecté par l'exarchat en tant que lecteur et chef de chœur au service de l'église de la Présentation de la Mère de Dieu au Temple. Alors située 10 boulevard du Montparnasse, cette église ne sera transférée en son emplacement actuel, 91 rue Olivier-de-Serres, qu'en octobre 1936. La paroisse, aujourd'hui encore siège de l'Action chrétienne des étudiants russes qui ne fera l'acquisition de ses bâtiments qu'en 1948, est située dans le nord de Vaugirard. Lui-même habite chez son frère Nicolas, rue des Plantes. Son ministère s'étend au-delà de la zone à la banlieue, en particulier à Billancourt, où quelque quatre mille russes blancs, composent un cinquième de l'effectif des usines Renault.
Ce sont des soldats restés un temps encadrés par leurs officiers aristocrates, des petits fonctionnaires autorisés à partir de 1922 à émigrer dans le cadre de la NEP, des diplomates expulsés à la suite de campagnes de purge. Bientôt suivis par les intellectuels soviétiques fuyant la Grande terreur, ils se fondent dans la population française rapidement tout en continuant à se rassembler autour de l'église Saint Nicolas et une dizaine d'autres chapelles éparpillées dans la banlieue, mais la crise de 1929 en a relégué un petit nombre dans la condition de chômeurs secourus par les œuvres de bienfaisance de la princesse Zénaïde Youssoupoff et du grand-duc Paul Romanoff.
Dimitri Klépinine* se déplace dans les différentes églises de l'exarchat de Paris pour assister les célébrants en manque d'acolytes. Ecclésiastique ouvrier avant l'heure, il trouve, pour subvenir à ses besoins, des emplois précaires, manœuvre, laveur de carreaux, cireur de parquets... L'été, il continue de participer aux camps de vacances qu'organise l'ACER. Il y anime la chorale et se fait aide cuisinier.
À partir de 1933 et la montée du nazisme, la plupart des russes blancs se sont rendus aux évidences et ont renoncé à la restauration du tsarisme. La nationalité russe est proposée à certains et les intellectuels eurasistes sont approchés par le Komintern. Nicolas Klépinine adhère à l'Union du retour à la patrie, qui est en réalité une officine du Guépéou.
En 1935, il n'y a plus que trois cents russes blancs à travailler chez Renault. Ils ont été remplacés par une main-d'œuvre immigrée plus internationale, parfois désocialisée, parfois syndiquée, qui fuit les persécutions du fascisme, du franquisme, du nazisme, et n'a pas de lien avec l'orthodoxie. À l'instar des prêtres ouvriers, le lecteur Dimitri Klépinine* est confronté à la déchristianisation, la misère ouvrière et l'alcoolisme. C'est comme un acte de charité dans le monde et pour le monde qu'il appréhende la vie religieuse. Il n'envisage donc pas de vie monastique ni d'action religieuse qui se limite à la prière mais une vie au « désert des cœurs humains ».

L'Action orthodoxe (1935-1939)
En 1935, le psalmiste Klépinine, qui ne porte la soutane que pour la messe, a l'occasion d'assister aux offices dans une mission que la secrétaire centrale du Mouvement de la Jeunesse Chrétienne Étudiante Russe, Marie Skobtsova, et le recteur Lev Gillet, aumônier des prisons, ouvrent à Vaugirard, dans le sud ouest de Paris, le 27 septembre de cette année après près d'un an de travaux. Le nouvel établissement vient dans le prolongement d'un foyer pour jeunes femmes, fondé trois ans plus tôt 9 villa de Saxe5. Il est situé au 77, rue de Lourmel, à deux kilomètres au nord ouest de l'endroit où est transférée en octobre 1936 l'église de la Présentation de la Mère de Dieu. Remplacé à la fin des années soixante-dix par un immeuble collectif, c'est alors un modeste et banal hôtel particulier désaffecté de dix huit chambres. Il est doublé dès l'automne 1936 d'une autre villa, 43, rue François-Gérard5. Le centre d'action sociale de mère Marie offre le spirituel, une salle de conférence animée en particulier par Nicolas Berdiaev, Georges Fiédotoff, Ilya Bounakoff, mais aussi, grâce à des donateurs américains et une subvention de la mairie, le matériel, un hébergement à des immigrés russes qui travaillent mais sont provisoirement sans abri ou sans papiers, ainsi qu'une cantine où remplir chaque midi contre un franc cinquante une gamelle à réchauffer. Le poste de cuisinier est confié à un patient sorti de l'asile. L'œuvre sera connue sous le nom de Cause orthodoxe ou celui de la revue qu'elle édite à partir de 1939, Action Orthodoxe.
Le fond de la cour est occupé par un garage en brique juste assez large pour une voiture, où le père Lev Gillet, soucieux de laisser aux nécessiteux toutes les chambres disponibles, dort à même le sol. Quand celui ci, à l'automne 1937, part pour Londres où il est appelé à prendre la direction d'un foyer de réfugiés juifs, ses successeurs, le père Euthyme Vendt, l’archimandrite Cyprien Kern, le père Valentin Bakst, utilisent le local comme confessionnal. Dimitri Klépinine* y aménage, plus particulièrement pour les malades, un oratoire, qui est souvent utilisé pour le service funèbre. Dédié à Saint Philippe métropolite de Moscou, il sera consacré en 1939 sous le nom d'église de l'Intercession. L'abnégation du jeune lecteur lui vaut l'estime de sa supérieure et la reconnaissance de l'exarchat, soulagé d'avoir trouvé enfin un clerc promis à la prêtrise avec lequel s'entend l'excentrique mère Marie, femme deux fois divorcée peu encline à ménager les positions établies qui n'hésite pas a récuser l'archimandrite Cyprien Kern, trop traditionnaliste et pas assez compassionnel. 
Resté sur son échec amoureux de l'été 1930, Dimitri Klépinine* ne peut accéder au sacerdoce tant qu'il ne se marie pas. Conspiration discrète de son évêque, il fait la rencontre de Tamara Fiodorovna Baïmakov, militante de l'ACER de sept ans son aînée¤ 39 qui travaille à l'YMCA, et, le 12 juillet 1937, l'épouse. Le mariage est célébré en Normandie à Colombelles, paroisse d'un collègue de l'Institut Saint-Serge¤ 25. Elle lui donnera l'année suivante, le 10 juin 1938, une fille, Hélène, puis, en août 1942, un fils, Paul, et lui survivra jusqu'en 1987. Le 5 septembre 1937, il est ordonné diacre, le 12, prêtre en la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky, rue Daru, par le métropolite Euloge (en), de Paris, en présence de Mgr Serge, de Prague. Le couple est logé rue Jouvenet, de l'autre côté de la Seine. Conformément à la tradition, le nouveau prêtre laisse désormais pousser barbe et cheveux.
La même année, son frère est recherché par la police, qui le soupçonne d'être impliqué dans l'assassinat d'un agent soviétique retourné, Ignace Reiss. Bientôt suivi par Serge Efron puis Marina Tsvetaieva, Nicolas Klépinine est rapatrié avec les honneurs à Moscou, mais dans la nuit du 6 ou 7 novembre 1939, il sera arrêté par le NKVD avec sa fille Sophie et sa femme Antonine, qui est l'arrière arrière petite fille du vice amiral Korniloff, la fille du zoologue Nikolai Nassonoff et la sœur de l'ingénieur Vsiévolod Nassonoff, ainsi qu'Alexeï Vassiliévitch Sezemann, le premier des deux fils alors âgé de vingt cinq ans que celle-ci eut de son premier mari et qui survivra. Condamné avec Serge Efron et Émilie Litauer pour espionnage au profit de la France au terme d'un longue instruction émaillée de manœuvres diplomatiques, il sera emprisonné à Orel le 28 juillet 1941, torturé et fusillé le 28 août, sa femme mourant vraisemblablement quelque temps plus tard à la suite d'une grève de la faim dans une prison de Moscou. Sophie Nikolaïevna, la nièce du père Klépinine, deviendra journaliste scientifique, employée à la maison musée de Marina Ivanovna Tsvétaïéva à Bolchévo où furent hébergés puis arrêtés ses parents, et mourra en 2000 à l'âge de soixante et onze ans.
Sa première année de sacerdoce, Dimitri Klépinine* la passe à seconder 91, rue Olivier-de-Serres l'officiant de l'église de la Présentation de la Mère de Dieu, le prêtre Léon Lipérovski, lui-même second du recteur de la paroisse Saint-Nicolas à Sainte-Geneviève-des-Bois qui s'est constituée autour d'une maison de retraite financée par la princesse Vera Mestchersky. En octobre 1938, il est nommé recteur de la paroisse de la Sainte Trinité à Ozoir-la-Ferrière, campagne à l'est de Paris où une sorte d'embryon de ville nouvelle accueille un grand nombre d'immigrés. Il est rappelé dès l'automne suivant à la rue de Lourmel, où il est nommé recteur le 10 octobre 1939.
Au début de la guerre, le nouveau recteur, en tant qu'apatride protégé par un passeport Nansen que la France lui renouvelle régulièrement, est, aux termes des dispositions légales françaises, astreint au service militaire et passe, pour recensement, en conseil de révision, mais il n'appartient pas alors aux classes mobilisables.
Le père Dimitri Klépinine* consacre une grande partie de son temps aux enterrements. Il est très sollicité, souvent par des femmes isolées. Il répond en écoutant socratiquement les confessions, en visitant les malades de son ressort, les hôpitaux Laënnec et Boucicaut, en apportant la communion aux malades, en priant des nuits entières. Il soigne un alcoolique en lui faisant boire de l'eau bénite et ne l'autorise à communier que comme une récompense d'un changement sincère.

Résistance et secours des enfants persécutés (1940-1942)
À partir de juin 1940, l'Occupation fait passer délibérément le père Dimitri Klépinine*, qui a étudié Mein Kampf, et Mère Marie*, parfaitement conscients de leur engagement, du service des exclus à celui des persécutés. Le foyer de la rue de Lourmel cache des prisonniers de guerre évadés, dont Boris Vildé, fondateur du réseau du Musée de l'Homme. Depuis que la « loi » du 4 octobre 1940 autorise leur arrestation, des familles d'origine russe, souvent habituées de la cantine, désormais catégorisées « de race juive » par l'État français, y confient leur sort et leurs enfants, certains nés français mais déchus de leur nationalité par le décret du 22 juillet 1940. Il s'agit, pour répondre aux critères définis par le statut des Juifs du 3 octobre 1940, d'attester pour un conjoint ou pour un enfant qu'au moins deux grands parents sont de religion orthodoxe, attestation qui sera délivrée à partir du certificat de baptême par le secrétariat de l'exarchat. En outre, de l'argent, que Tamara Klépinine est chargée de cacher, est distribué.
Le père Dimitri Klépinine* va bien au-delà, délivre des certificats d'appartenance à la paroisse, que les familles soient communistes ou juives, le but premier étant de délivrer un certificat de baptême qui permette d'échapper au zèle de la police française et ses Brigades spéciales.
Pour ce qui est des enfants, qui appellent tendrement le père Dimitri Batiouchka* (petit père), l'acte ne permet pas en lui-même de les sauver, mais, outre qu'il leur délivre un témoignage d'affection paternelle et d'autorité bienveillante, ce qui dans ces circonstances n'est pas la moindre des choses, entre dans une stratégie de résistance à laquelle contribuent également les organismes qui cachent les enfants, tels les Quakers, et les fabricants de faux papiers, tel au sein du Komintern César Covo. La liaison avec la Résistance est assurée par Tania, la sœur puinée du père Dimitri Klépinine* qui est poursuivie par la Gestapo. Le réseau, informel, se constitue dès l'été 1941 autour d'un « Comité d’aide aux détenus de Compiègne » quand le père Klépinine organise des visites pour les prisonniers internés dans le camp de Royallieu.
À partir de décembre 1941, il participe à la confection et la distribution de colis pour les détenus qui y sont en attente de déportation, spécialement les « Juifs », c'est-à-dire les plus nécessiteux.
De faux certificats, quatre vingt à cent, sont également délivrés aux adultes, initialement des conjoints juifs de russes orthodoxes. Cela représente un peu plus de 3 % des 2 560 persécutés, sur les 75 721 visés par le régime de Vichy, qui échapperont à la déportation. Si un certificat de baptême n'est pas suffisant pour établir l' « aryanité » de son détenteur, la distribution qui en est faite permet à quelques personnes d'obtenir des sauf conduits auprès de fonctionnaires français complaisants. Le père Dimitri Klépinine* n'hésite pas à braver le couvre feu pour prévenir des familles persécutées d'une arrestation imminente dont le réseau a été prévenu et les emmener jusque chez lui. Il n'hésite pas non plus à cacher hommes, femmes et enfants en fuite dans l'oratoire de la rue Lourmel. À la suite de la rafle du Vélodrome d'Hiver, stade qui se trouve à quinze minutes à pieds, il héberge dans une des chambres où il loge, sous les toits, une famille, qui doit précipitamment s'enfuir de nouveau, un jour d'août 1942, par un escalier dérobé quand la police vient perquisitionner. C'est alors qu'il choisit pour parrain de son fils qui vient de naître un ingénieur des Ponts et chaussées, Georges Kazaktchkine, dont la femme, Judith, serait tenue de porter l'étoile jaune.
Au total, plusieurs centaines de faux certificats sont émis sans qu'il n'y ait eu aucune cérémonie. Pour les rendre crédibles, le père Klépinine invente des noms et des biographies, et, pour que sa mémoire ne soit pas éventuellement prise en défaut, constitue un fichier parallèle reprenant soigneusement à côté de chaque photographie tous les détails. Les fausses fiches sont discrètement marquées d'un t. Quand en 1942 un fonctionnaire de l'exarchat, cédant à une pression policière, demande à viser le registre paroissial, le recteur oppose un refus ferme : « Tous ceux qui m’ont demandé le baptême l’ont fait indépendamment de toute motivation étrangère et sont devenus mes enfants spirituels. Ils sont désormais sous ma protection. Votre démarche est due visiblement à des pressions extérieures et revêt un caractère policier. En conséquence, je suis contraint de rejeter votre demande ».

Arrestation et internement à Compiègne (1943)
C'est finalement la Gestapo elle-même qui, vient le dimanche 8 février 1943 perquisionner l'établissement de la rue de Lourmel. Le sous-diacre Youri Skobtsoff, qui est le fils de Mère Marie tout juste âgé de vingt et un ans, est arrêté avec en poche une lettre d'une Juive demandant, un certificat de baptême. Le père Klépinine est convoqué pour le lendemain avec mère Marie Skobtsova contre la promesse de libérer le jeune Youri.
Accompagné par une des bénévoles qui témoignera, le père Klépinine, au début d'un interrogatoire qui durera quatre heures, ne nie pas les faits, se déclare seul responsable mais évite les provocations. Toutefois, quand il reprend l'officier qui lui parle de « youpins », il est giflé violemment au visage. S'entendant demander les motifs de sa sollicitude, il répond en montrant son crucifix « Et ce Juif-là, vous le connaissez ? ». Frappé une seconde fois, il tombe à terre. L'officier lui propose de déclarer qu'il ne s'occupe que du service religieux, ce que le prêtre refuse, et le ramène rue de Lourmel pour arrêter à son tour Marie Skobtsova. 
L'enquête conclue, le père Dimitri Klépinine* est arrêté une seconde fois le 12 février 1943 et interné au fort de Romainville, où sont déjà enfermés mère Marie* et son fils Youri et où le rejoignent ses collaborateurs, Théodore Pianoff, puis Georges Kazatchkine et enfin le cuisinier, un des expatients de l'asile, Anatole Viskovski. Trois semaines plus tôt, en sortaient celles qui allaient former le convoi du 24 janvier. 
Un mois plus tard, l'Action orthodoxe est interdite et les cinq hommes sont expédiés à Compiègne, au camp de Royallieu, Frontstalag 122 gardé par le hommes du SD que commande le « capitaine d'assaut » SS Heinrich Illers. Ils sont affectés à la section C, la plus dure, celle qui connait une forte mortalité, mais après un temps de famine, ils sont autorisés à recevoir des colis de leurs familles. Le père Klépinine s'empresse de dilapider le contenu des siens aux moins chanceux. Pour amuser un groupe de jeunes femmes, un soldat allemand le bouscule et le frappe en le moquant de « Juif ! Juif ! ».
Le père Dimitri Klépinine* organise la lecture d'un commentaire de l'Évangile à laquelle assistent les prisonniers orthodoxe, Russes, Grecs, Serbes, et prépare Youra à la prêtrise. Il consacre dans les dernières travées d'un dortoir, face à deux fenêtres, une iconostase faits de bancs et de tables renversés contre les châlitsν 5 où il officie quotidiennement, confesse, console, baptise. La liturgie terminée, il laisse la place à un collègue catholique. Dans une dernière lettre, il dit son acceptation du martyre, sa confiance dans la présence du Christ parmi les hommes, son espoir d'épargner à ses enfants tout traumatisme tout en tentant de masquer l'angoisse d'être une cause de chagrin pour sa femme.

Déportation à Buchenwald (1944)
Le 14 décembre 1943, les cinq hommes inculpés sont déportés ensemble dans un train de wagons à bestiaux vers le camp de concentration de Buchenwald. Arrivé au terme de deux journées émaillées d'évasions16, le père Klépinine refuse le peu de privilèges que lui donne la condition de prisonnier français, arrache son insigne et prend celui des prisonniers soviétiques. Avec la moitié des hommes de son convoi, il est envoyé deux semaines plus tard dans le kommando X, dont les prisonniers, à quatre vingt quatre kilomètres de là dans les montagnes du Harz, à Dora, sont contraints à un travail sans nourriture et très peu de repos. Il n'y arrive que le 15 janvier, soit après deux semaines de convoyage, et est affecté au chargement, transport en chariots et déchargement de lourdes dalles. Ces travaux de terrassement, commencés depuis six mois, achèvent le complexe autour de l'usine souterraine où les premières pièces de missiles V2 sont produites dès janvier.
Le père Dimitri Klépinine* souffre d'une pneumonie depuis un appel interminable tenu à tous les vents de l'hiver quand Youra meurt le 6 février. Lui-même est finalement relégué dans le baraquement des malades exemptés de travail sans être soignés, la « Schonung ».
C'est là que le mercredi 9 février 1944, son ami Georges Kazatchkine le trouve gisant sur le ciment au milieu des immondices et lui promet de revenir le lendemain. Il meurt le jour même, après qu'à sa demande, un kapo russe présent lui a pris la main pour lui faire faire son signe de croix. Son corps est évacué avec la masse du jour à Buchenwald pour être incinéré dans le four crématoire du camp, Dora n'en étant alors pas encore pourvu.

12/10/2022
Lien : Wikipédia

[Compléter l'article]
Réseau de sauvetage
Tamara Klépinine
Sofia Pilenko
Élisabeth Skobtsov
(Mère Marie)
Youri Skobtsov (Fils d'Élisabeth Skobtsov*)
 
Familles hébergées, cachées, aidées ou sauvées par Dimitri Klépinine
Boris Vildé
Anne Wellers
Georges Wellers

Chronologie [Ajouter]
Cet article n'est pas encore renseigné par l'AJPN, mais n'hésitez pas à le faire afin de restituer à cette commune sa mémoire de la Seconde Guerre mondiale.


Témoignages, mémoires, thèses, recherches, exposés et travaux scolaires [Ajouter le votre]

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Etoile jaune: le silence du consistoire centrale , Mémoire ou thèse 7 pages, réalisation 2013
Auteur : Thierry Noël-Guitelman - terminal
Lorsque la 8e ordonnance allemande du 29 mai 1942 instaure l'étoile jaune en zone occupée, on peut s'attendre à la réaction du consistoire central. Cette étape ignoble de la répression antisémite succédait aux statuts des juifs d'octobre 1940 et juin 1941, aux recensements, aux rafles, aux décisions allemandes d'élimination des juifs de la vie économique, et au premier convoi de déportés pour Auschwitz du 27 mars 1942, le consistoire centrale ne protesta pas.


Liens externes [Ajouter un lien vers un article d'intérêt ou un site internet]
1 Juifs en psychiatrie sous l'Occupation. L'hospitalisation des Juifs en psychiatrie sous Vichy dans le département de la Seine (Par une recherche approfondie des archives hospitalières et départementales de la Seine, l'auteur opère une approche critique des dossiers concernant des personnes de confession juive internées à titre médical, parfois simplement préventif dans le contexte des risques et des suspicions propres à cette période. La pénurie alimentaire est confirmée, influant nettement sur la morbidité. Ce premier travail sera complété par un examen aussi exhaustif que possible des documents conservés pour amener une conclusion. )
2 Héros de Goussainville - ROMANET André (Héros de Goussainville - Page ROMANET André )
3 Notre Dame de Sion : les Justes (La première religieuse de Sion à recevoir ce titre en 1989 est Denise Paulin-Aguadich (Soeur Joséphine), qui, à l’époque de la guerre, était Ancelle. Depuis, six autres sœurs de la congrégation, ainsi qu’un religieux de Notre-Dame de Sion ont reçu la même marque de reconnaissance à titre posthume. Ils ont agi à Grenoble, Paris, Anvers, Rome. L’action de ces religieuses et religieux qui ont sauvé des Juifs pendant la deuxième guerre mondiale mérite de ne pas être oubliée. Et il y en a d’autres, qui, même s’ils n’ont pas (encore ?) reçu de reconnaissance officielle, ont œuvré dans le même sens, chacun à leur place. )
4 L'histoire des Van Cleef et Arpels (Blog de Jean-Jacques Richard, très documenté. )
5 Résistance à la Mosquée de Paris : histoire ou fiction ? de Michel Renard (Le film Les hommes libres d'Ismël Ferroukhi (septembre 2011) est sympathique mais entretient des rapports assez lointains avec la vérité historique. Il est exact que le chanteur Selim (Simon) Halali fut sauvé par la délivrance de papiers attestant faussement de sa musulmanité. D'autres juifs furent probablement protégés par des membres de la Mosquée dans des conditions identiques.
Mais prétendre que la Mosquée de Paris a abrité et, plus encore, organisé un réseau de résistance pour sauver des juifs, ne repose sur aucun témoignage recueilli ni sur aucune archive réelle. Cela relève de l'imaginaire. )
6 La Mosquée de Paris a-t-elle sauvé des juifs entre 1940 et 1944 ? une enquête généreuse mais sans résultat de Michel Renard (Le journaliste au Figaro littéraire, Mohammed Aïssaoui, né en 1947, vient de publier un livre intitulé L’Étoile jaune et le Croissant (Gallimard, septembre 2012). Son point de départ est un étonnement : pourquoi parmi les 23 000 «justes parmi les nations» gravés sur le mémorial Yad Vashem, à Jérusalem, ne figure-t-il aucun nom arabe ou musulman ? )
7 Paroles et Mémoires des quartiers populaires. (Jacob Szmulewicz et son ami Étienne Raczymow ont répondu à des interviews pour la réalisation du film "Les garçons Ramponeau" de Patrice Spadoni, ou ils racontent leur vie et en particulier leurs actions en tant que résistants. On peut le retrouver sur le site Paroles et Mémoires des quartiers populaires. http://www.paroles-et-memoires.org/jan08/memoires.htm. (Auteur : Sylvia, Source : Canal Marches) )
8 Les grands entretiens : Simon Liwerant (Témoignage de Simon Liwerant est né en 1928. Son père Aron Liwerant, ouvrier maroquinier né à Varsovie, et sa mère Sara née Redler, seront arrêtés et déportés sans retour. )

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