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Allier

Région :
Auvergne-Rhône-Alpes
Département :
Allier

Préfets :
Louis Nicolas Henri Adam
(17/11/1934 - 17/09/1940) Préfet de l'Allier
Joseph Porte
(17/09/1940 - 03/02/1943) Préfet de l'Allier
Charles Chevreux
(1941 - 1941) Jacques Charles Adrien Chevreux, Préfet régional de la région de Dijon (Belfort, Côte-d'Or, Doubs, Haute-Saône, Nièvre, Yonne et les parties occupées de l'Ain, l'Allier, le Jura, la Saône-et-Loire et la Haute-Savoie)
Alfred Hontebeyrie
(1941 - 1941) Alfred Roger Hontebeyrie, Préfet régional de la région de Dijon (Belfort, Côte-d'Or, Doubs, Haute-Saône, Nièvre, Yonne et les parties occupées de l'Ain, l'Allier, le Jura, la Saône-et-Loire et la Haute-Savoie) (1895-1969)
Charles Donati
(1941 - 1943) Charles Guérin Joseph Louis Donati, Préfet régional de la région de Dijon (Belfort, Côte-d'Or, Doubs, Haute-Saône, Nièvre, Yonne et les parties occupées de l'Ain, l'Allier, le Jura, la Saône-et-Loire et la Haute-Savoie) (né en 1891)
(07/1943 - 30/12/1943) Jean François Quenette, Préfet régional de la région de Dijon (Belfort, Côte-d'Or, Doubs, Haute-Saône, Nièvre, Yonne et les parties occupées de l'Ain, l'Allier, le Jura, la Saône-et-Loire et la Haute-Savoie), révoqué par Vichy et recherché par la Gestapo pour son activité de résistant (1903-1971).
Félix Picot
(03/02/1943 - 02/09/1944) Préfet de l'Allier
Robert Fleury
(02/09/1944 - 16/02/1949) Préfet de l'Allier
Henri Ingrand
(1944 - 1946) Commissaire régional de la République (Cantal, Haute-Loire, Puy-de-Dôme et la partie non-occupée de l'Allier)(1908-2003)
Georges Bernard
(1944 - 1944) Georges Albert Maurice Bernard, Préfet régional de la région de Dijon (Belfort, Côte-d'Or, Doubs, Haute-Saône, Nièvre, Yonne et les parties occupées de l'Ain, l'Allier, le Jura, la Saône-et-Loire et la Haute-Savoie) (1890 - 1953)
Jean Bouhey
(Mars 1944 - 1945) Commissaire régional de la République de la région de Dijon (Belfort, Côte-d'Or, Doubs, Haute-Saône, Nièvre, Yonne et les parties occupées de l'Ain, l'Allier, le Jura, la Saône-et-Loire et la Haute-Savoie) (1898-1963)
Jean Mairey
(1945 - 1946) Jean Marie Albert Mairey, Commissaire régional de la République par intérim de la région de Dijon (Belfort, Côte-d'Or, Doubs, Haute-Saône, Nièvre, Yonne et les parties occupées de l'Ain, l'Allier, le Jura, la Saône-et-Loire et la Haute-Savoie) (1907-1982)

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Juste parmi les Nations

Alexandre Glasberg


Abbé Glasberg
Dossier Yad Vashem : 9792
Remise de la médaille de Juste : 05/05/2004
Sauvetage : Moulins 03000 - Allier
Lyon 69000 - Rhône
Type d'aide: Réseau de sauvetage clandestin, faux papiers
Profession: Abbé
Qualité: Fondateur de l'Amitié Chrétienne. Résistant sous le nom de l'abbé Corvin
Religion : Catholique
Date de naissance: 1902 (Jitomir (Russie))
Date de décès: 22/03/1981
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Alexandre-Glasberg
Abbé Alexandre Glasberg
source photo : Arch. fam.
crédit photo : D.R.
Alexandre-Glasberg
Alexandre Glasberg dit l'abbé Corvin à Léribosc le 26 janvier 1950. Le secrétaire d'état Tinguy du Pouët remet la croix de guerre à Philibert Baraire, maire du village et Mademoiselle Saint Martin, tenant le coussin
source photo : Arch.
crédit photo : D.R.
Alexandre-Glasberg
Place l'abbé Glasberg, en charge la paroisse de Léribosc à L'Honor-de-Cos, caché sous le nom d’Élie Corvin
source photo : Francis Traumann
crédit photo : D.R.
Notice

Né en 1902 dans une famille de l'importante communauté juive de Jitomir (aujourd'hui en Ukraine), Alexandre Glasberg* et son frère Vila, sont convertis au christianisme dans leur jeune âge par leurs parents.

Alexandre Glasberg* est ordonné prêtre le 24 septembre 1938 dans l'Allier. Il demande l'année suivante à rejoindre le diocèse de Lyon et est nommé vicaire à Notre-dame-de-Saint-Alban, une paroisse d'avant-garde où l'abbé Laurent Rémilleux effectue un travail pionnier dans l'accueil aux réfugiés et l'aide sociale et où est créé le premier centre social de Lyon, à côté de l'église.
L’abbé Alexandre Glasberg* accueille et soutient les premiers réfugiés qui fuient la persécution nazie, et les protège des risques d’internement que le décret Daladier de 1938 a institué.

Depuis son ordination en 1938, l’abbé Glasberg*, parlant yiddish aussi bien que français, se consacre au sauvetage et au reclassement des réprouvés et sans-patrie et notamment des juifs fuyant les persécutions des nazis et les protège des risques d'internement institués par le décret Daladier de 1938.

La défaite de 1940 augmente le nombre des victimes désignées dont les juifs étrangers et les militants politiques allemands et autrichiens opposants au régime nazi.
L’abbé Glasberg* propose alors au cardinal Gerlier*, archevêque de Lyon, de créer un Comité d'Aide aux Réfugiés, dont ce dernier accepte la présidence.
Dès 1940 l'abbé Glasberg* est en liaison avec Londres. Maquisard à ses heures, il organisa, avec la complicité de la résistance, la fuite des juifs, des étrangers ou des clandestins en leur procurant faux papiers, cachettes et asile dans des centres d'accueil, créés avec l'aide du jeune militant chrétien Olivier de Pierrebourg.
Il fournit des faux-papiers, organise des passages en Suisse, déplace les personnes menacées d'un centre d’accueil à un autre, fournit des cachettes, etc.

Dès 1940, il se préoccupe du sort de la population étrangère internée dans les camps. Il entre dans le Comité de coordination pour l’assistance dans les camps, dit Comité de Nîmes. Vers la mi-1941, il met en place, avec le docteur Weill de l’OSE, une Direction des Centres d’accueil (DCA). Grâce à des démarches obstinées, et en s’aidant du prestige du cardinal Gerlier*, il obtient de faire transférer quelques centaines de détenus des camps vers cinq centres qu’il a créés :
* le centre de Chansaye dans le Rhône (Roche d’Ajoux),
* le centre de Pont-de-Manne dans la Drôme,
* le centre de Vic-sur-Cère dans le Cantal,
* le centre du Lastic à Rosans dans les Hautes-Alpes,
* le centre du Bégué de Cazaubon dans le Gers.

Il s'est en particulier illustré à l'été 1942 avec le sauvetage de 108 enfants juifs détenus dans un camp à Vénissieux.
Helmut David Meyer (16 ans), Werner Matzdorff et Henri Schwartz sont raflés le 26 août 1942 et envoyés au camp de Vénissieux où ils seront récupérés in extremis par Marguerite Soubeyran* et Simone Monnier*, aidées par l'OSE, la CIMADE et l'Abbé Alexandre Glasberg*.

En 1943, l'abbé fuit Lyon pour Montauban et L'Honor-de-Cos.
Son frère Vila Glasberg alias Victor Vermont, arrêté en 1943, sera déporté sans retour.

L'abbé Lucien Étienne nous parle de l'abbé Glasberg*, dit l'abbé Corvin : "Quand Glasberg* se présenta à moi il me dit qu'il s'appelait Corvin. Je lui répondis : comme un héros hongrois à l'époque de l'empire Ottoman. Et à ce moment-là il blêmit se croyant démasqué. Mais je venais d'arriver à la paroisse de Léribosc à L'Honor-de-Cos, le jeudi saint de la Pâques 1943, envoyé par Monseigneur Théas* qui m'avait demandé de venir donner un coup de main à un nouveau prêtre arrivant dans le département. J'ai passé toute la semaine sainte dans le presbytère de Léribosc, dormant sur un canapé. Et puis durant l'année 1944 je suis revenu voir Corvin et rencontrer aussi Jean Bayrou l'instituteur de Puycornet. Ils ont réalisé un coup extraordinaire tous les deux en juin 1944. Bayrou déguisé en prêtre et Corvin* sont allés au Grand Hôtel à Toulouse où les Allemands avaient une sorte de quartier général. Ils ont écouté les conversations des officiers pour savoir par où les troupes allemandes remontaient du sud du pays vers l'Allemagne. Et pas que la sinistre division Das Reich. Ils avaient reçu une mission du gouvernement Français de la France Libre du général de Gaulle . Et ils ont appris que la remontée du gros des troupes vers les Ardennes et l'Allemagne se ferait par la vallée du Rhône. Et c'était la vérité confirmée peu de temps après par le débarquement allié de Provence, le 15 août 44."

En 1944, l’abbé Glasberg* fonde l’association Service des étrangers, qui devient Centre d’Orientation Sociale des Étrangers en 1946, puis Centre d’Orientation Sociale en 1960.

Dés la libération, l’abbé Glasberg* fonde le Centre d’orientation sociale des étrangers (COSE), œuvre originale de soutien juridique et d'intégration sociale et professionnelle des réfugiés de l’après guerre démunis de tout.

Après la guerre, l’abbé Glasberg* aida des juifs à immigrer clandestinement en Israël, en particulier ceux des pays arabes, notamment les juifs irakiens, marocains et égyptiens. Dans le même temps il fut à l'origine de mouvements non-violents regroupant Israéliens et Palestiniens.

En 1971, il est co-fondateur de l’association France Terre d’Asile et est fait Chevalier de la légion d’honneur en 1972.

Il est décédé le 22 mars 1981.

Lien vers le Comité français pour Yad Vashem


Histoire

L’Eglise Catholique et les Juifs à Lyon pendant la guerre 1939-45

Dans le catholicisme lyonnais des années 40 qui compte bien des personnalités remarquables, l’Abbé Alexandre Glasberg est certes une des plus fortes, et bien particulière : Ukrainien et Juif par ses origines, parlant yiddish aussi bien ou mieux que le français, arrivé à Lyon après une longue traversée d’Europe en passant par une abbaye trappiste et plusieurs séminaires, c’est aussi un homme (je l’ai rencontré à la fin de sa vie) dont la vitalité et la robuste audace ne craignent aucune autorité et ne s’embarrassent d’aucune légalité pour arriver à ses fins. Et pourtant, ce singulier abbé a été la cheville ouvrière d’une œuvre lyonnaise, les Amitiés chrétiennes, chaînon essentiel dans la transformation, bien au-delà de Lyon, des relations entre les catholiques et les Juifs dans notre pays.

En 1940, le catholicisme lyonnais est dans une situation ambiguë devant ce qu’on appelle alors la "question juive" - je ne parle ici que des catholiques, car en France la position des protestants est bien différente. En fond de tableau, les mentalités conservent l’imprégnation de siècles d’antijudaïsme chrétien, véhiculé depuis les Pères de l’Église jusqu’au XXe siècle, sans que l’Église en ait jamais fait un article de foi, par des sermons et des cantiques, des catéchismes et des textes liturgiques comme la prière du Vendredi saint "Prions pour les Juifs infidèles (pro perfidis Judaeis)". De nombreux catholiques, ignorant le judaïsme réel, le jugent selon cet "enseignement du mépris" que Jules Isaac dénoncera plus tard et dont le père Démann dressera alors courageusement l’inventaire.

Mais un nouvel antisémitisme s’est développé chez les catholiques français au temps de Drumont et de l’affaire Dreyfus : antisémitisme de ressentiment qui accuse les Juifs, avec les protestants et les francs-maçons, d’avoir fomenté le recul de l’Église et les mesures anticléricales de la République ; Maurras en a fait un article essentiel de sa doctrine nationaliste. Dans les années 30, années de crise économique et d’immigration, la concurrence professionnelle, la peur de l’étranger et le besoin d’un bouc émissaire ont provoqué en France une poussée d’antisémitisme haineux qui gagne aussi la droite catholique, surtout lorsque les adversaires du Front populaire s’acharnent contre Léon Blum. A Lyon le grand quotidien catholique, Le Nouvelliste, entretient l’idée qu’il y a en France une "question juive" à résoudre.

Cet antisémitisme des catholiques a certes suscité des réactions. A la suite de Péguy, de Maritain et de Mounier, des penseurs, des journalistes et des ecclésiastiques ont pratiqué et enseigné l’amitié envers les Juifs et rappelé un enseignement traditionnel de l’Église : c’est par le péché de toute l’humanité que Jésus est mort, et il n’y a pas de culpabilité ni de châtiment à faire peser sur le peuple juif (pas celui du temps de Jésus, encore moins celui d’aujourd’hui). Des théologiens comme le P. de Lubac à Lyon (dans son maître livre
Catholicisme) développent une vision de l’histoire du Salut de l’humanité qui reconnaît mieux le rôle du peuple juif et la continuité de Nouveau Testament chrétien avec la Bible hébraïque. Des groupes de rencontre ont été créés, où Juifs et chrétiens échangent dans l’estime et l’amitié. Ces idées pénètrent à Lyon le jeune clergé, les intellectuels grâce à des prêtres comme le vénéré M. Richard, le génial Abbé Monchanin et le Père Fontoynont inspirateur de plusieurs générations de grands jésuites. Elles trouvent un milieu favorable dans les groupes militants dont la condamnation de l’Action française par Pie XI en 1926-27 a favorisé le développement : les catholiques sociaux de la Chronique sociale, puis les mouvements de jeunesse de l’action catholique et le courant démocrate chrétien. Si Pie XI dans sa lettre aux évêques allemands Mit Brennender Sorge condamne d’abord les attaques du régime hitlérien contre l’Église et la doctrine raciste, sans mentionner explicitement l’antisémitisme, les évêques que ce Pape a nommés en France condamnent cet antisémitisme. Parmi eux, le nouvel archevêque de Lyon, Cardinal Gerlier, qui de plus a eu, étant jeune avocat à Paris, des amis Juifs. Mais ce renouvellement des perspectives n’a encore atteint qu’une minorité. Les mentalités n’ont pas été transformées dans la masse catholique.

Le régime de Vichy fait de l’antisémitisme une doctrine officielle ; il prend dès l’automne 1940, de sa propre initiative et sans pression allemande, des lois contre les Juifs qu’il accuse d’être responsables, avec les francs-maçons et le Front populaire, de la défaite : les citoyens Français de confession israélite deviennent des citoyens diminués, exclus de la fonction publique et des professions influentes ; les Juifs étrangers sont internés arbitrairement dans des camps. Ces mesures suscitent peu de réactions ; les cardinaux et archevêques renoncent à protester et même à prêcher la modération, à la fois pour ne pas gêner le gouvernement du Maréchal Pétain dont ils attendent beaucoup sur le plan social, moral et religieux, et parce qu’ils pensent que le gouvernement est fondé à traiter cette "question juive" qui a été aggravée par l’immigration récente. La majorité des fidèles, confiante en Pétain et influencée par le préjugé antisémite, reste passive. En zone occupée, c’est le début d’application de la méthode nazie : du recensement des Juifs aux mesures de ségrégation, puis d’exclusion et d’asphyxie qui préparent l’exécution en 1942 de la solution finale.

Mais à partir de 1941, des réactions catholiques se manifestent, sur trois plans :
D’abord l’action de secours. C’est là qu’excelle l’Abbé Glasberg, couvert par le Cardinal Gerlier auquel il a révélé très tôt la détresse des étrangers internés dans les sinistres camps de la honte ; il crée pour ceux qu’il parvient à en faire sortir des Centres d’accueil. En 1942 est créée à Lyon les Amitiés chrétiennes, œuvre interconfessionnelle qui collabore avec les organisations juives, officielles ou clandestines, qui accueillent, secourent et cachent les Juifs sans ressources ou menacés. Le père Chaillet*, jésuite professeur à Fourvière, en est le principal animateur, avec l’Abbé Glasberg*, Jean-Marie Soutou* (disparu l’été dernier) et l’étudiante Germaine Ribière*. Gerlier* co-président d’honneur des Amitiés chrétiennes avec le pasteur Boegner*, couvre leurs actions, ce qui l’entraîne parfois plus loin qu’il ne le prévoyait. Lors des grandes rafles d’août 1942 en zone libre, ces sauveteurs réussissent avec leurs amis Juifs à sortir illégalement du centre de tri de Vénissieux une centaine d’enfants : Gerlier* permet leur hébergement dans des couvents et s’oppose courageusement au préfet qui exigeait qu’il soient remis aux autorités. Ces actions créent une solidarité entre les sauveteurs Juifs et chrétiens ; si chez les premiers, le souvenir des humiliations passées imposées par des chrétiens demeure, il s’y ajoute désormais la reconnaissance envers leurs compagnons en sauvetage.

Deuxième action, l’appel à l’opinion catholique, à la conscience chrétienne. Elle prend deux voies, après une première année où le silence des autorités religieuses a consterné les adversaires des mesures antisémites, notamment chez les jésuites de Fourvière dont plusieurs ont lancé à leurs supérieurs des appels angoissés. Il y a la voie de la publication clandestine, ce sera les Cahiers du témoignage chrétien, ignorés ou blâmés par la majorité des évêques, dont le cardinal Gerlier*. Le TC donnera une grande place à la lutte contre l’antisémitisme, en dénonçant les doctrines racistes, en montant que l’antisémitisme est antichrétien et antifrançais en informant sur la persécution et en montrant comment l’antisémitisme de Vichy, qui se présente comme une mesure d’intérêt public, est en réalité le complice et le fourrier du nazisme antichrétien et criminel – ce qui se vérifie malheureusement à l’été 1942. La seconde voie est celle de la protection publique, difficile et rare : les allusions des évêques, entre autres Gerlier, au caractère universel du salut chrétien, sans considération de race, sont restées prudemment voilées ou ont été censurées. Mais en août 1942, plusieurs évêques de zone libre, à la suite de Mgr Saliège*,
dénoncent les conditions inhumaines de la déportation des Juifs dans leur région ; parmi eux, le Cardinal Gerlier*, qui proteste tout en confirmant sa confiance au Maréchal.

Il y a enfin, troisième engagement, le travail des théologiens : quatre professeurs lyonnais ont rédigé en juin 1941, après l’instauration d’un second statut des Juifs élaboré par le catholique maurrassien Xavier Vallat, une protestation fortement argumentée au nom de la justice, de la tradition française de respect des droits de l’homme et de la doctrine catholique. Leur texte n’a pas été ratifié, par crainte de représailles, par les autorités des Facultés catholiques, mais ils l’ont développé dans un livre paru en Suisse un an plus
tard, sous leur signature : Israël et la foi chrétienne. Ils rappellent contre les prétentions d’un "christianisme aryen", le lien indélébile entre les deux parties de la Bible, ils révisent la théologie de la substitution et abandonnent la vision négative du judaïsme postérieur au Christ : ces avancées qui honorent le foyer lyonnais de la réflexion religieuse annoncent et préparent le mouvement de "conversion" (au double sens de retournement et d’adhésion religieuse) qui a amené l’Église catholique à s’interroger sur son passé et à relire son message avec plus d’humilité et de respect pour les croyants étrangers à ses dogmes et pour les non-croyants qui cherchent Dieu ou témoignent de sa bonté par d’autres voies. Le Cardinal Gerlier*, pasteur ouvert sans être théologien, laissera ce travail se poursuivre ultérieurement, l’encouragera parfois et vivra assez pour participer au concile Vatican II qui le ratifiera vingt ans plus tard.

Plusieurs des acteurs de cette histoire, en premier lieu le Père Chaillet*, ont su associer les trois formes d’action philosémite que je viens de distinguer, l’assistance aux persécutés et le sauvetage des pourchassés, l’appel à la conscience des chrétiens pour qu’ils s’engagent dans la même voie, et le travail de réflexion, de rectification de la pensée chrétienne pour reconnaître au peuple juif et à la fidélité de ses croyants leur place dans une vision dilatée du salut promis à tous les peuples. Reconnaître la place de l’autre qui est différent et dont on a pu, être l’adversaire, c’est entrer dans une démarche d’humilité et de conversion en rompant avec une longue histoire d’ignorance et de mépris. L’Église catholique n’y est sans doute pas prête en 1945, mais des pionniers sont désormais à l’œuvre, de Jules Isaac au Lyonnais Me Rodet, puis leurs successeurs, parmi lesquels récemment le Cardinal Decourtray et le docteur Marc Aron – je ne cite que des disparus. Des pionniers décidés à frayer la voie au rapprochement qui fermera le long chapitre de l’antisémitisme des chrétiens.

29/04/2011
Auteur : Bernard Comte Lien : Le fondateur du COS

[Compléter l'article]

Témoignage d'Ady Steg

Après avoir échappé à la rafle du Vel’ d’Hiv, le 16 juillet 1942 à Paris, nous avons pu ma sœur (15 ans) et moi (17 ans) nous procurer de faux papiers et grâce à un passeur, franchir la ligne de démarcation et gagner la zone non occupée. Le 13 août 1942, nous nous trouvions à Lyon (en route vers Grenoble où nous allions rejoindre notre frère aîné) et nous avons été arrêtés par la police française pour "usage de faux papiers".
Aussitôt nous fûmes conduits chez le juge d’instruction. Celui-ci, dans une diatribe violente, s’est déchaîné contre nous, nous traitant de métèques, d’anarchistes, de communistes… et nous a fait interner moi à la prison Saint-Paul, et ma sœur à la prison Saint-Joseph. Nous y sommes restés deux mois et demi. Le 27 octobre 1942, nous avons comparu devant les juges. Le tribunal, après une brève délibération, a prononcé un non-lieu et nous avons été libérés le jour même. Ainsi, à l’opposé du juge d’instruction, et dans la même juridiction, les juges du tribunal ont courageusement interprété les textes de l’époque de la législation sur les juifs non pas contre nous, comme l’a fait le juge d’instruction, mais en notre faveur !
Recueillis pendant quelques jours par des amis qui, eux aussi, se cachaient à Lyon, il nous a été conseillé "d’aller voir l’Abbé Glasberg*". Celui-ci animait les Amitiés chrétiennes auprès du Cardinal Gerlier*. L’Abbé nous a accueillis avec chaleur et nous a immédiatement pris en charge. Au bout de quelques jours, il nous a munis de "vrais faux papiers" et il nous a fait partir, ma soeur dans un refuge, à Vic-sur-Cère (Cantal), et moi au "château" du Brégué, à Cazaubon, dans le Gers. Dans le train qui m’amenait à Toulouse, puis à Auch, j’ai aperçu les colonnes de soldats allemands se dirigeant vers le Sud. Ce jour-là, en effet, les Allemands envahissaient tout le territoire. C’en était fini de "la zone non occupée".
Le "château" du Bégué était une grande résidence mise à la disposition des Amitiés chrétiennes par le comte* et la comtesse d’André*. C’était un refuge où était regroupée une centaine de Juifs, en majorité évadés ou "exfiltrés" des camp de Gurs et de Rivesaltes. J’y fus accueilli par son directeur Victor Vermont. Je devais rapidement apprendre qu’en fait il s’agissait du frère de l’Abbé Glasberg ! Vermont étant la traduction en français du nom allemand Glasberg. Victor Vermont allait jusqu’à son dernier séjour veiller sur moi comme un grand frère.
A Cazaubon, le lieutenant Vermont avait deux alliés précieux : M. Fernand Sentou, Maire de Barbotan-les-Thermes qui jouxte Cazaubon et Mme Ducassé, la secrétaire de la mairie. Grâce à eux, il a pu disposer pour tout le monde de "vrais faux papiers" : cartes d’identité, mais aussi cartes d’alimentation.
L’Abbé Glasberg* venait souvent de Lyon pour s’assurer que tout allait bien au Centre, tant sur le plan matériel que sur le plan de la sécurité, mais de surcroît il s’entretenait avec chacun d’entre nous. J’ai eu avec lui à plusieurs reprises de longues conversations, j’y reviendrai dans un instant.
Au Bégué, nous effectuions des travaux agricoles, plus pour nous occuper, que par souci d’efficacité, car aucun d’entre nous n’avait d’expérience agricole. Il arrivait que nous soyons détachés pour quelques jours et parfois plus pour aider, sur leur demande, des paysans de la région, notamment pendant les vendanges. Je pense que les paysans n’étaient pas dupes et savaient que nous n’étions pas de simples réfugiés de "la zone occupée". Jamais ils n’y ont fait aucune allusion, jamais il n’y eut de dénonciation.
Il est vrai que nous étions protégés et cette protection venait essentiellement de l’Abbé Glasberg*. A chacune de ses visites, il se rendait souvent à Cazaubon et à Barbotan pour s’y montrer en soutane et parfois il disait la messe. Il était connu comme le "curé du Bégué", ce qui était en quelque sorte un brevet de chrétienté qui suffisait aux paysans qui évitaient par ailleurs toute inquisition.
Il n’en reste pas moins que nous étions en danger. Tous certes, mais surtout l’Abbé Glasberg* – dont chaque venue au Bégué était une aventure périlleuse – et bien sûr Victor Vermont. Le 16 août 1943, celui-ci fut arrêté par la Gestapo venue d’Agen, dénoncé, semble-t-il, par un condisciple séminariste (avant d’entrer dans l’armée, Victor avait été au séminaire). Prévenu par téléphone par la secrétaire de mairie auprès de laquelle la Gestapo venait de s’enquérir à son sujet, Victor Vermont a refusé de s’enfuir et délibérément s’est sacrifié pour nous. Conduit à Agen, puis transféré à Fresnes, il a été déporté et n’est pas revenu. Victor Vermont reste à jamais dans notre coeur.
Après l’arrestation de Victor Vermont, un nouveau directeur, M. Luino, fut installé par l’Abbé Glasberg*.
Comme je l’ai mentionné, l’Abbé Glasberg* était très attentif à chacun d’entre nous et j’ai personnellement bénéficié de sa sollicitude. Il avait appris qu’au Bégué, je préparais le baccalauréat par correspondance (au travers de l’Ecole Universelle). Il a décidé de m’envoyer étudier dans un lycée. Il m’a présenté à Mgr Théas*, évêque de Montauban. Celui-ci m’a dirigé vers le collège de Sarlat, en Dordogne, dont le proviseur dirigeait la Résistance de la ville et auquel il m’a recommandé. C’est la que j’ai effectivement pu suivre les cours de la classe de philosophie et le soir, pour justifier ma présence dans ce collège, j’assurais les fonctions de "pion" dans les dortoirs.
Telle est mon expérience d’un des centres dirigés par l’Abbé Glasberg* et son adjointe Nina Gurfinkel. Il faut savoir que la Direction des Centres d’Accueil des Amitiés chrétiennes comportait de nombreux autres refuges qui ont permis le sauvetage de centaines de juifs et, d’autres que moi, pourraient faire état de leur expérience personnelle qui témoignerait de l’ampleur de cette action. Pour ma part, je voudrais terminer en soulignant les particularités des Amitiés chrétiennes.
En premier lieu, il s’agissait d’une oeuvre très ostensiblement chrétienne, mais sans aucune visée prosélyte. L’Abbé y veillait personnellement.
Une anecdote me semble mériter d’être rapportée. Un vendredi soir, à la fin du dîner, l’Abbé s’est assis à côté de moi – il savait que j’étais de famille orthodoxe – il m’a demandé : "chante moi des zemirot", c’est-à-dire des chants traditionnels du repos de Chabbat. Ce que j’ai fait. Il est resté longtemps silencieux. Ce fut pour moi un moment de grande émotion et, je pense, pour lui également.
D’autre part, et c’est une autre particularité, l’Abbé Glasberg, pour entreprendre son action de sauvetage, n’a pas eu besoin d’attendre Jean XXIII, Seelisberg, Vatican II, Nostra Aetate, Jean-Paul II … Sa seule foi chrétienne lui a suffi, comme elle a suffi à son frère Victor, pour aller au sacrifice. Nous leur devons une éternelle reconnaissance.
En évoquant leur souvenir, me revient cette pensée d’Emmanuel Lévinas : "Ce qui reste après tant de sang et de larmes, c’est l’abnégation individuelle qui trouve, sans hésiter, la voie droite des Justes".
Pour terminer, je voudrais vous dire qu’avec l’Abbé Glasberg* j’ai connu un Tsaddikins… un juste.

Le Talmud enseigne : "On ne fait pas de monument à la mémoire des Tsaddik ; ce sont leurs œuvres qui assurent leur avenir". Il sera ainsi pour l’Abbé Glasberg*.
Je crois pouvoir, en sa mémoire, évoquer ces mots bouleversants dédiés, il y a longtemps, à la mémoire de Hannah Szenes, cette jeune combattante de la Hagannah qui, parachutée en Yougoslavie en 1944 parmi les partisans, pour aider au sauvetage des juifs, fut arrêtée torturée et fusillée : "Il est des étoiles dont la lumière n’atteint la terre qu’après qu’elles se soient désintégrées et ne sont plus. Il est des hommes dont la mémoire scintillante éclaire le monde après qu’ils aient disparu".
Professeur Ady STEG

29/04/2011
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Témoignage de Sophie Weiser

Je suis née en Pologne de parents aisés. En 1937, j’obtiens mon baccalauréat et j’ai aussi un fiancé qui choisit de faire l’école de Tannerie à Liège en Belgique. Il revient en Pologne pour les grandes vacances ; nous nous marions et quittons la Pologne en 1938 et regagnons ensemble Liège. Nous pensions à l’époque que "le monde était à nous".
1939, la Pologne est occupée par les nazis. Nous sommes bloqués en Belgique.
Mai 1940 la Belgique est envahie ; nous quittons ce merveilleux pays d’accueil et prenons le dernier train pour la France, destination Cazères-sur-Garonne tout près de Toulouse. Nous sommes devenus des réfugiés.
Nous décidons d’aller à Lyon finir la dernière année d’études pour mon époux et obtenir le diplôme d’Ingénieur en Tannerie. Nous nous installons dans une modeste chambre au 1, rue d’Inkerman à Villeurbanne. Nous manquons d’argent, j’ai peur de vendre mes bijoux et mes belles fourrures, cadeaux de mariage.
J’ai loué une machine à écrire, et je tape des thèses pour étudiants. Commence la période de convocation – des hommes exclusivement au départ – au commissariat de police. J’accompagne systématiquement mon époux et j’obtiens même un certificat médical d’un médecin inconnu.
Les rafles sous Barbie deviennent de plus en plus intenses ; j’ai été prise trois fois, mais la plus intense était vraiment la dernière, qui, m’a achevée, à Vénissieux destination connue pour la Finale.
Un jour en revenant d’une mission et voulant regagner ma chambre à Villeurbanne, la gardienne de l’immeuble me fait signe de loin de m’en aller, notre chambre a été vidée et scellée. Je retourne à Lyon cassée, meurtrie, des idées folles dans mon esprit. Je marche et je blasphème contre le Dieu de mes grands parents. Je ne veux plus de toi, j’ai dit, je vais m’adresser à Jésus. J’avais à l’époque même un peu de fascination pour Jésus.
Au fait, en Pologne j’étais admise au Lycée d’État Catholique et la ferveur des prières matinales de mes camarades de classe m’interpellait si bien que j’éprouve de la fascination pour Jésus. Je vois de loin une affiche au tableau rue Constantine, je n’en crois pas mes yeux : le miracle s’est accompli ; je vois : Amitiés Chrétiennes. Je monte les escaliers et c’est Madame Nina Gourfinkel qui m’aide à m’asseoir ; je raconte mon histoire.
Arrive l’Abbé Glasberg, mon sauveur, qui demande mes documents pour faire une nouvelle carte d’identité. J’en demande une autre pour mon mari. Nous passons la nuit chez un ami vietnamien, ami de l’école de mon époux. Le lendemain matin nous revenons rue Constantine ; l’Abbé Glasberg* est là, il nous attend déjà et nous remet nos nouvelles pièces d’identité et ainsi que des billets pour aller à Orgelet dans le Jura et l’adresse du médecin à la recherche d’une bonne à tout faire et d’un jardinier. Évidemment nous n’avons pas fait leur affaire car nous n’avons pas eu de qualification de ce genre mais finalement le docteur nous a trouvé une nouvelle place à Arinthod, également dans le Jura chez un Pharmacien. Je n’ai plus revu l’Abbé Glasberg* nous sommes restés chez
le pharmacien quelques bons mois.
Entre temps je suis tombé gravement malade et c’est encore le docteur d’Orgelet qui m’a placée à l’hôpital où je suis restée jusqu’à la fin de la guerre.
Monsieur Glasberg, s’il vous plaît, si vous me regardez d’en haut, je vous envoie aujourd’hui de Lyon un gros baiser et je vous dis au revoir.

29/04/2011
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L’Abbé Glasberg – Juste des nations

L’Abbé Glasberg, pour qui connaît quelque peu l’histoire des Juifs de France sous Vichy, c’est avant tout une scène poignante, celle de la nuit du samedi 20 août 1942, dans le camp militaire de Vénissieux.
Plusieurs centaines de Juifs étrangers, pour la plupart des familles raflées par la police et la gendarmerie française dans des centres d’accueil où ils étaient assignés à résidence, sont là qui attendent le départ du train qui va les déporter. Le règlement est le règlement, il faut vérifier si certains d’entre eux sont exemptables. C’est le rôle d’une commission de criblage, à laquelle participent des membres expérimentés des organisations de secours aux réfugiés. Il y a là Charles Lederman, futur sénateur, son beau-frère Georges Garel, qui va organiser les activités de sauvetage de l’OSE (Organisation Juive de Soutien à l’Enfance), le Docteur Joseph Weill qui racontera la scène, le quaker Gilbert Lesage* du service social du Ministère du travail et un prêtre en soutane : c’est l’Abbé Glasberg*. L’équipe sociale argue d’une disposition de Vichy, qui exempterait de la déportation les enfants de moins de 14 ans. Ils savent par une indiscrétion que cette disposition a été annulée la veille, mais le préfet régional et son intendant de police ne sont pas encore au courant.
Comment obtenir des parents qu’ils abandonnent leurs enfants, alors qu’ils savent que là où ils doivent partir, loin dans l’Est de l’Europe, il y a fort peu de chance qu’ils puissent jamais les revoir ? Bien sûr on ignore la véritable destination du train, vers les chambres à gaz de Birkenau, mais la prescience de la tragédie qui les attend est telle que tous accepteront la terrible séparation. Il a fallu pour cela beaucoup de force de conviction, beaucoup de désespoir et beaucoup de confiance envers ce prêtre inconnu qui leur parle en Yiddish, leur langue maternelle, et qui tente d’arracher encore quelques victimes alors que vers trois heures du matin, le train va démarrer.
Le lendemain, le préfet prendra connaissance du télégramme de Vichy annulant les exemptions des enfants. Furieux d’avoir été berné, il les fera chercher dans l’après-midi : peine perdue. Les enfants ont déjà été dispersés vers des cachettes organisées à la hâte par le réseau de l’Amitié Chrétienne de Lyon.
Cet abbé parlant Yiddish est d’ailleurs lui-même un Juif aux yeux de la législation raciale de Vichy, et qui plus est, un juif étranger (il ne sera naturalisé français qu’en 1950), mais les autorités ne tiennent pas à un conflit avec la hiérarchie catholique et en particulier avec le maréchaliste Cardinal Gerlier*, primat des Gaules.
Quelques mois plus tard, après que les Allemands auront envahi la zone "libre", le 11 novembre 1942, l’Abbé Glasberg* devra fuir vers le diocèse de Montauban où sous l’autorité de Mgr Théas* (auteur d’une admirable lettre de protestation après les rafles d’août 1942), il continuera son activité de sauvetage des juifs et d’aide à la résistance sous le nom d’Elie Corvin, curé de la paroisse L’Honor-de-Cos.

La jeunesse de l’Abbé Glasberg* reste mal connue, lui-même ayant gardé le silence sur ce sujet. Il est né en 1902 à Jitomir, alors en Russie tsariste, aujourd’hui en Ukraine, à une centaine de kilomètres à l’ouest de Kiev. Jitomir est une assez grande ville, la capitale régionale de la Volhynie. Sa population approche actuellement les 300 000 habitants. Quand Alexandre Glasberg* y est né, elle avait 70 000 habitants : la moitié d’entre eux, comme souvent dans les villes de cette région, étaient juifs. Les chrétiens étaient pour la plupart orthodoxes, avec un groupe notable, tenu en suspicion par les autorités, d’uniates, de rite bysantin, mais rattachés à Rome depuis 1594, et fort peu de catholiques. Il semble que les parents Glasberg se sont convertis et ont converti leurs enfants (un des frères de l’Abbé Glasberg sera également prêtre, mourut
en déportation et sera nommé Juste en même temps que lui) ; c’était là une décision rare dans le monde russe, malgré l’antisémitisme du régime tsariste particulièrement virulent au début du siècle.
Il y eut des progromes à Jitomir, dans les années 1903, et surtout les années 1919 et 1920, avec la guerre civile entre Blancs et Rouges. Les massacres de Juifs pendant la brève période d’indépendance ukrainienne (Petlioura), qui précéda le conflit russo-polonais n’ont pas pu ne pas laisser une très forte empreinte chez le jeune Alexandre Glasberg : c’est alors peut-être (il n’en a pas parlé) qu’il vit de près les drames humains, les morts et les survivants hébétés sans structure pour les recevoir. Il saura après la guerre le terrible et banal destin de la communauté juive de la ville : création d’un ghetto dès la prise de Jitomir par
les Allemands en juillet 41, aux premières semaines de l’opération Barbarossa, extermination de tous les habitants du ghetto (10 000 morts environ) par les Einsatzgruppen le 19 septembre 1941, jour de la prise de Kiev par les allemands, immédiatement avant le massacre de Babi Yar.
En 1921 il est à Vienne, pour fuir Jitomir, ou pour faire des études. Il y a de la famille, des militants sionistes qui émigreront en Palestine avant l’Anschluss.
Longtemps, les cousins refuseront de le revoir, tant l’image du converti est lourde de connotations négatives dans la culture juive. Mais aujourd’hui, ayant appris l’histoire de l’Abbé Glasberg*, sa lointaine famille israélienne a particulièrement à coeur d’honorer sa mémoire.
Dix ans plus tard, Alexandre Glasberg*, en 1931 arrive en France ; dans l’Autriche, durement frappée par la crise économique, les conflits sociaux sont de plus en plus fréquents, le régime se durcit, l’antisémistisme prospère : est-ce la cause de son départ, celui d’un homme de 28 ans qui va affronter un pays neuf, dont il faudra tout apprendre ?
En tout cas ses préoccupations sont religieuses : il est "rebaptisé sous condition" en 1933. Après une expérience à la Trappe de Saint-Fons, il entre au grand séminaire de Moulins, puis au séminaire universitaire de Lyon. Parmi les professeurs, il y a un jésuite, le père de Lubac, esprit puissant, qui avec ses confrères et amis proches, le père Pierre Chaillet*, qui a vécu en Autriche et le
père Gaston Fessard qui a séjourné en Allemagne, connaît le péril redoutable du paganisme et du totalitarisme nazi. Ces hommes essayent d’attirer l’attention d’un clergé plutôt sceptique, tétanisé par le danger communiste et rassuré à bon compte par le Concordat avec l’Allemagne nazie qu’a signé en 1933 le cardinal Pacelli, futur Pie XII. Dans ce milieu intellectuel exceptionnel, se mettront en place pendant la guerre les structures (Témoignage chrétien, Amitié Chrétienne) qui seront l’honneur du catholicisme lyonnais.
Alexandre Glasberg* n’a pas besoin de la connaissance de la philosophie allemande pour ressentir les dangers de l’hitlérisme. Au reste, il est plus intéressé par l’activité pratique que par l’écriture et la spéculation métaphysique. Coup de chance, quand, à 36 ans, en 1938, il devient prêtre, il est vite envoyé, dans un faubourg pauvre de Lyon comme vicaire de la paroisse de Saint-Albans ; le curé, Laurent Remilleux, effectue un travail pionnier dans l’accueil aux réfugiés et l’aide sociale : après une longue errance, Alexandre Glasberg* a trouvé sa voie : il la suivra jusqu’à sa mort.
Des réfugiés, il n’en manque pas dans cette France de 1938 ; les Espagnols chassés par la victoire franquiste sont les plus nombreux, surtout dans le Sud-Ouest. Mais il y a aussi des Italiens, des Allemands et Autrichiens fuyant le nazisme. Quant aux Juifs, qui ne sont pas les plus nombreux, ils sont devenus depuis quelques années le bouc émissaire des inquiétudes, des frustrations, des revanches et des fascinations autoritaristes d’une partie de la presse de droite et de la France bien pensante. Mais c’est un gouvernement de centre gauche, (celui du radical Daladier et de son ministre de l’Intérieur Albert Sarraut), qui dès 1938 légifère contre les étrangers en situation irrégulière, et ouvre les premiers camps d’internement pour les étrangers (Argelès, Gurs, Le Vernet, Rivesaltes, etc.) où il envoie à partir de février 1939, à la victoire du franquisme, certains des 500 000 espagnols qui cherchent refuge en France ; ils seront remplacés, lorsque la guerre sera commencée par les belligérants des pays ennemis, pour la plupart des allemands ou autrichiens qui ont fui le nazisme pour des raisons raciales ou politiques. Le régime de Vichy y internera des Juifs étrangers : quelques milliers vont y mourir en raison des conditions déplorables d’hébergement, de nourriture et d’hygiène. Bien plus encore seront envoyés à Drancy, d’où ils seront déportés à Auschwitz.
En 1940, à la défaite, se retrouvent dans la zone sud des millions de réfugiés de l’exode dont il faut organiser le retour, des Alsaciens et des Lorrains provenant des territoires annexés par le Reich, et bien entendu des Juifs qui ont fui la zone occupée. La politique de Vichy va les transformer en parias et leurs moyens d’exercer un métier deviennent de plus en plus limités.
En 1940, Glasberg*, dans la suite logique de son travail à Saint-Alban, est nommé par le cardinal Gerlier* délégué du Comité d’aide aux réfugiés (CAR). Il découvre vite que Vichy n’hésite pas à se déshonorer en livrant au gouvernement nazi, en application d’une clause honteuse de la convention d’armistice, des militants politiques allemands et autrichiens anti-nazis qui avaient pensé que la France fidèle à sa réputation serait une terre d’asile. Aidé de certaines amitiés dans la police, il contribue à les faire passer vers la Suisse ou vers les navires qui les conduiront de Marseille vers l’Afrique du Nord et les Etats-Unis. Il prend tranquillement l’habitude du travail clandestin, en cachette d’une hiérarchie frileuse.
La situation des Juifs devient de plus en plus difficile, surtout ces juifs étrangers qui viennent des mêmes contrées que lui, dont il parle la langue et avec qui sa soutane de prêtre n’est nullement un frein à la fraternité.
En sa fonction de délégué du CAR, il rencontre les représentants de la Fédération des Sociétés Juives, dont le directeur, Marc Jarblum deviendra un de ses amis : la secrétaire de Jarblum est une intellectuelle juive agnostique d’origine russe, Nina Gourfinkel : avec une assistante sociale, juive d’origine alsacienne, Ninon-Hait-626.html>>Ninon Hait, elle sera pendant et après la guerre la collaboratrice la plus proche de l’Abbé Glasberg*, et écrira, parmi plusieurs livres sur d’autres sujets, des réflexions remarquables sur cette époque : fascinée par l’énergie de l’abbé compensant le peu de moyens dont il dispose, elle l’appellera le "Jongleur de Notre Dame".
Outre le soutien aux juifs en liberté mais soumis à la législation répressive de Vichy, une coordination est nécessaire pour faire face aux problèmes humains dramatiques dans les camps d’internement ; les carences – pour ne pas dire plus – des autorités administratives de gestion de ces camps imposent un regroupement des organisations d’entraide, confessionnelles (juives, catholiques, protestantes), laïques ou étrangères. C’est ainsi que l’Abbé Glasberg* entre dans le Comité de coordination pour l’assistance dans les camps, dit comité de Nîmes. Des volontaires travaillent à l’intérieur des camps, comme les protestants de la CIMADE ou ceux de l’OSE. Mais apporter une aide humanitaire à des gens qui croupissent dans les camps d’internement ne peut pas être une solution suffisante. L’Abbé Glasberg* vers la mi-1941 met en place, avec le Docteur Weil de l’OSE, une Direction des Centres d’accueil (DCA). Il obtient par des démarches obstinées, s’aidant du prestige du cardinal Gerlier*, de faire transférer quelques centaines de détenus des camps vers cinq centres qu’il a créés : dans le Rhône (Roche d’Ajoux), dans le Cantal, la Drôme, les Hautes Alpes et finalement le Gers (Cazaubon).
Début 1942, est créée à Lyon, rue de Constantine, l’Amitié Chrétienne où coopèrent, fait très inhabituel à l’époque, catholiques (le père Chaillet*, Jean Marie Soutou* et une jeune étudiante, Germaine Ribière*) et protestants (le pasteur de Pury*, André Philip, Olivier de Pierrebourg*, Madeleine Barot*, responsable de la CIMADE. Glasberg* fait partie de l’Amitié chrétienne. Il n’intervient pas dans le magnifique travail de résistance spirituelle qu’est la publication, depuis novembre 1941, des cahiers du Témoignage chrétien dont le père Chaillet* est le maître d’oeuvre : il n’est pas un intellectuel. En revanche, il comprend dès les premiers mois de 42 que ces juifs qui sont hébergés dans les centres de la DCA, qui ne sont pas libres, mais "en congé non libérable", courent de grands dangers, car ils sont repérés et peuvent être arrêtés sur demande. Il parvient à les brasser d’un centre à l’autre, leur fournit de faux papiers, parvient parfois à les transférer chez des particuliers.
De ce fait, quand surviendront en août 1942 les premières rafles de juifs dans la zone sud, beaucoup des pensionnaires de ces centres pourront échapper à la souricière. Pas tous cependant : ceux de la Drôme et des Hautes Alpes sont arrêtés. Ils seront conduits à Vénissieux : c’est là que dans un ultime et dramatique effort que Glasberg* et ses compagnons arracheront encore des enfants à la machine de destruction des nazis et de leurs complices français.
Dés la libération, l’Abbé Glasberg* est à Paris. Il fonde le Centre d’Orientation Sociale des Etrangers (COSE). D’autres que nous préciseront ce qu’a représenté, ce que représente aujourd’hui, cette oeuvre originale de soutien juridique et d’intégration sociale et professionnelle des réfugiés de l’après guerre démunis de tout, qui perdra son E en 1962 en accueillant les harkis. Ils diront aussi l’histoire de "France Terre d’Asile", créée en 1971 : des réfugiés espagnols aux réfugiés juifs, des réfugiés juifs aux réfugiés sud-américains et à tous les autres, l’oeuvre d’Alexandre Glasberg* s’inscrit dans une continuité étonnante pour la dignité de l’homme pourchassé par des régimes indignes.
C’est dans le même esprit que s’inscrit son action, encore peu connue, mais enthousiaste et importante en faveur de l’Etat d’Israël, dans les premières années de l’après guerre. On a oublié aujourd’hui quelle était la situation de ces quelques centaines de milliers de Juifs d’Europe centrale, de Pologne ou des états voisins, une fois la guerre terminée. Epaves survivantes d’un monde exterminé, sans famille pour la plupart, ayant traversé l’inimaginable, leur terre natale était un cimetière où au lieu de compassion ils rencontraient de nouveau la haine. Comme pendant les années d’avant 1939, aucun pays n’en voulait : eux qui avaient survécu dans les camps de la mort se retrouvaient dans les camps de personnes déplacées, situés en Allemagne, dans le pays même de leurs bourreaux, deux ans encore après la fin de la guerre.
La Palestine, dont les Anglais s’obstinaient à leur fermer l’entrée (le Livre Blanc) était le lieu possible d’une vie nouvelle et libre, où ils ne dépendraient plus de la haine ou de l’indifférence. L’Abbé Glasberg*, par toute son histoire personnelle, le savait mieux que quiconque. Il n’y a donc rien d’étonnant à le retrouver, avec son énergie, son sens inné de l’organisation, à l’oeuvre dans l’affaire de l’Exodus ou celle de l’exfiltration des juifs irakiens extrêmement menacés à la suite de la défaite des pays arabes lors de la guerre de 1948. Son combat était encore celui de la dignité et de la liberté.
Peu d’hommes en France ont été aussi actifs que l’Abbé Glasberg* dans le sauvetage des Juifs pendant la guerre. Les compagnons de ses luttes ont reçu depuis longtemps le titre de Juste des Nations, ce titre qui est attribué par l’Etat d’Israël, par l’intermédiaire de l’Institut Yad Vashem de Jérusalem, aux hommes et aux femmes qui ont sauvé des juifs au péril de leur vie. Ils proviennent de toutes les couches de la société : parmi eux il y a de nombreux prêtres, notamment en France. Le cardinal Gerlier* lui-même, protecteur un peu lointain de l’abbé a été nommé Juste.

Pourquoi l’Abbé Glasberg* n’a-t-il reçu, en même temps que son frère, son titre qu’en 2003 ?
C’est que pour être nommé Juste « des Nations », il faut par définition ne pas être juif. Et d’une certaine façon, la nomination récente de l’Abbé Glasberg* traduit bien la nouvelle relation qui s’est établie entre juifs et chrétiens dans la génération qui a suivi Nostra Aetate : pas de suspicion de désir conversionnaire, pas de théologie de la substitution, mais pas de syncrétisme mou non plus ; la simple reconnaissance d’une fraternité dans la différence et le respect de ce socle commun qui fonde la morale universelle élémentaire.
L’auteur tient à rendre hommage à M. Lucien Lazare membre de la commission de nomination des Justes de Yad Vashem, dont le livre L’Abbé Glasberg (Cerf 1990) a été largement utilisé dans cet article.

Dr. Richard PRASQUIER, 2005
Président du Comité Français pour Yad Vashem
Membre du Comité international d’Auschwitz et de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah

29/04/2011
Auteur : Dr Richard Prasquier Lien : COS

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Corvin

L'abbé Glasberg*, pourchassé par la Gestapo, est accueilli par Mgr Pierre-Marie Théas* à Montauban. Il prend le nom d’Élie Corvin et prend en charge la paroisse de Léribosc à L'Honor-de-Cos, un petit village du Tarn-et-Garonne.
Pourquoi Corvin : Matthias Corvin fut le roi Matthias 1e de Hongrie dit le Juste. Il régna du 23 novembre 1458 au 6 avril 1490. Date de sa mort à Vienne en Autriche. Prince humaniste, diplomate habile et excellent tacticien il créa en cavalerie les hussards noirs. Faute de descendance légitime son empire ne lui survécut pas et fut partagé à sa mort entre la couronne d'Autriche et l'empire Ottoman. L'épithète Corvin (latin : corvinus) trouve son origine dans le blason de la famille de Huniade qui montre un corbeau sur le rocher. Corbeau qui était le symbole du sceau du roi Matthias.

29/04/2011

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Le sauvetage des Juifs internés au camp de Vénissieux en août 1942


Le camp de Vénissieux est ouvert dans la banlieue de Lyon.



En 1942, les départements du Rhône, de la Loire, de l'Ardèche, de la Drôme, de l'Isère, de la Savoie, de la Haute-Savoie, de l'Ain, du Jura et de la Saône-et-Loire, sont rattachés administrativement à Lyon, sous la responsabilité du gouvernement de Vichy.



La Savoie, la Haute-Savoie, l'Ain et le Jura étaient traversés par la ligne de démarcation. Seule la zone sud de ces départements dépendait donc de la préfecture de Lyon.



En juillet 1942, le gouvernement de Vichy s'engage à livrer aux SS les juifs "apatrides", originaires d'Allemagne, d'Autriche, de Pologne, de Tchécoslovaquie, d'URSS et de Dantzig de la zone sud (non occupée).



Le 18 août 1942, une rafle est prévue pour le 26. Elle prévoit d'arrêter tous les Juifs hors des camps d'internement, y compris les enfants de plus de 2 ans, selon les instructions données par René Bousquet, secrétaire général de la police au ministère de l'Intérieur, aux préfets régionaux en Zone libre (18 août 1942). Le général de Saint-Vincent, gouverneur militaire de Lyon, refuse à l'intendant de police le concours de la Garde mobile. Le général est immédiatement relevé de ses fonctions.



Le 23 août 1942, les hommes des groupes de travailleurs étrangers sont déportés.



Le 26 août 1942, 1 016 Juifs de la région (dont 137 en Ardèche, 69 en Savoie et 43 en Haute-Savoie) sont arrêtés et internés au camp de Vénissieux, camp régional de la préfecture. D'autres seront arrêtés les 27 et 28 août.



Gilbert Lesage*, chef du SEE (Service social des étrangers) à Vichy, arrive pour "aider" l'intendant de police à éxaminer les cas d'exemption. Grâce à lui, l'Amitié chrétienne du R.P. Pierre Chaillet* et de l'abbé Alexandre Glasberg*, Claude Gutmann des Éclaireurs israélites de France (EIF), et une équipe de l'Oeuvre de secours aux enfants (OSE), dont Joseph Weill, Charles Lederman et Lili, âgée de 21 ans, et Georges Garel sont admis au camp et vont "aider" la commission de criblage.



Ils parviendont à faire libérer du camp 108 enfants de moins de 15 ans et quelques adutes. Ils quitteront le camp le samedi 29 août après la déportation des 545 Juifs emmenés à la gare de Saint-Priest au petit matin et envoyés à Drancy.



L'intendant de police s'est alors rendu compte que Vichy avait donné de nouvelles instructions concernant les enfants.



Il est d'abord prévu de les envoyer au camp de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) pour les envoyer à Drancy, puis de les embarquer dans un convoi de déportés en provenance de Nice attendu le 31 août à la gare de Perrache à Lyon.



Le R.P. Pierre Chaillet* et l'abbé Alexandre Glasberg* informent alors le cardinal Gerlier*, archevêque de Lyon, du danger auquel les enfants étaient exposés. Les enfants sont alors dispersés et placés dans des institutions ecclésiastiques.



Le 1er août 1942, le père Pierre Chaillet* est assigné à résidence dans l'Ardèche par le préfet régional.



10 000 juifs, hommes, femmes et enfants, seront envoyés de zone sud au camp de Drancy, près de Paris, et déportés aussitôt vers Auschwitz.



Une stèle commémorative a été posée à Vénissieux portant l'inscription suivante : "Le 29 août 1942, 545 juifs habitant les départements de la région de Lyon, arrêtés à leurs domiciles et rassemblés à Vénissieux, furent livrés aux hitlériens par le gouvernement de Vichy et déportés vers Auschwitz. Que ceux qui ont tenté de leur venir en aide et qui ont sauvé leurs enfants soient remerciés."



Une plaque inaugurée le 26 août 2012 à quelques mètres du terrain de l'ancien camp de transit de Vénissieux, rend hommage : "à toutes celles et ceux qui, à titre individuel, et au nom d'associations caritatives ont participé du 26 au 29 août 1942 au sauvetage des juifs étrangers arrêtés en Rhône-Alpes et regroupés au camp de Vénissieux".


31/10/2012

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1 Blog sur quelques Justes et sur le livre (Blog hébergé par la Tribune de Genève sur quelques justes honorés par Yad Vashem sur l'intervention du délégué pour la Suisse et la région frontalière Ain et Haute-Savoie, Herbert Herz, ainsi que sur divers événements organisés autour de la parution du livre "Mon combat dans la Résistance FTP-MOI" )
2 ( )
3 Le site du poète Pierre Emmanuel (Le site officiel du poète Pierre Emmanuel. Vous y trouverez aussi des pages sur sa vie et son action à Dieulefit durant la guerre, à Beauvallon, puis à la Roseraie. )
4 Guy Sanglerat, ancien membre du Coq Enchaîné (Le Coq Enchaîné était un réseau de résistance de la région qui pendant l'occupation allemande rassemblait des syndicalistes, des socialistes et des radicaux de la mouvance d’Édouard Herriot. Membre du réseau, Guy Sanglerat publie ses souvenirs.. )
5 Le Coq enchaîné (Le Coq enchaîné : un journal clandestin sous l'occupation allemande. Le premier numéro fait son apparition en mars 1942. Les membres du Coq Enchaîné mèneront aussi des actions de résistance. Il a compté jusqu'à 400 membres. Le réseau sera décimé en 1943. Guy Sanglerat raconte ... )
6 Les archives du conseil général de Savoie (La liste des 168 "travailleurs israëlites" en partance de Ruffieux, établie le 24 Août 1942. )
7 Là où coule le Gier (La guerre, énorme chaos bouleversant les vies. Tel est le décor dans lequel évoluent René et Aima. De leur jeunesse à leurs combats, l'auteur nous invite à les suivre dans cette aventure où chacun fera preuve d'un courage incroyable. Ce roman, basé sur des faits réels, nous emmène de la Vallée du Gier dans la Loire à Clermont-Ferrand et nous fait traverser certains camps de concentration en Allemagne en suivant le parcours de deux jeunes gens que la vie a forgé pour combattre aussi bien dans l'univers ouvrier des années 30 que pendant la seconde guerre mondiale avec leur implication dans la résistance. Cette plongée dans le passé a nécessité de nombreuses recherches suivies d'une longue enquête menée sur la vie de ces deux personnages. )
8 Marianne Cohn (Page dédiée à Marianne Cohn et à ses compagnons de résistance. Un mois avant d"être arrêtée, elle a sauvé ma tante Eva et mon père Maurice Finkelstein )
9 L'attentat de la Poterne du 8 mars 1944 (Page consacrée à l'ouvrage "L'attentat de la Poterne, un drame au cœur de Clermont" (2015).
Cette étude sur l'attentat de la Poterne du 8 mars 1944 recoupe des documents d'archive à des témoignages oraux et écrits. Elle reprend de manière chronologique les évènements, de l'attentat de résistants sur un détachement allemands à l'immensité des représailles qui ont suivi : incendie d'immeubles, nombreuses arrestations, déportations et condamnations à mort. )
10 "Objectif Lyon !"
11 Laurent Neury, l'espoir au bout du pont. Histoire et mémoire de la filière de Douvaine, Cabedita, 2019

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