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Juste parmi les Nations

Henri Roser


Pasteur Roser
Dossier Yad Vashem : 1027
Remise de la médaille de Juste : 18/03/1976
Sauvetage : Paris 75019 - Paris
Type d'aide: Faux papiers, aide
Profession: Pasteur ERF (Église Réformée de France)
Qualité: Objecteur de conscience. Membre du mouvement pacifiste chrétien
Religion : Protestant
Date de naissance: 11/02/1899 (Pantin (Seine-Saint-Denis))
Date de décès: 06/01/1981
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Henri-Roser
Henri Roser
source photo : Arch.
crédit photo : D.R.
Notice

Henri Roser* est né en 1899 à Pantin. Il est le troisième enfant d'une famille qui en comptera huit.
Son père, Henri, est pasteur de l'Église luthérienne, alsacien, exilé en 1871.
Sa mère, Clémence née Ellenberger, est fille de missionnaire, petite-fille d'un pasteur. Ce dernier s'était d'abord orienté vers le métier des armes et avait ensuite démissionné de Saint-Cyr pour entreprendre des études de théologie.
Henri Roser*, 19 ans, effectue son service militaire de 1918 à 1921. Incorporé dans l'armée pour rejoindre le front. Il termine avec le grade de sous-lieutenant de réserve.
Il entreprend alors des études de théologie dans le but de devenir pasteur-missionnaire.
En janvier 1923, tandis que l’armée française occupe la Ruhr, il prend la décision de renvoyer ses papiers militaires. Et il le fait très clairement au nom de l'Évangile pour s'opposer à l'engrenage de la violence, estimant que la préparation et la participation à la guerre sont en opposition radicale avec la prédication du Sermon sur la Montagne.
Révoqué de sa charge d'officier, et s'étant déclaré objecteur de conscience, sa décision est considérée par l'Église de son temps comme contraire au service de la patrie. Il est mis dans l'obligation de renoncer à son projet de devenir missionnaire. Ce ne sera d'ailleurs qu'en 1945 qu'il sera autorisé par l'Église à recevoir la consécration pastorale.

Dans l’intervalle, ses engagements vont être multiples : sa tâche de co-fondateur de la branche française du Mouvement international de la Réconciliation (MIR), son implantation dans une banlieue parisienne pour y être évangéliste auprès d'hommes et de femmes particulièrement défavorisés, et souvent aux prises avec l'alcool. Son action est telle qu'il crée un poste d'évangélisation à Aubervilliers en 1929. Aujourd'hui, un centre social porte son nom dans le quartier du Landy.

Il se marie en 1925 avec Claire Seitz, fille d'un professeur d'histoire de Genève et petite-fille de pasteur. Ils auront deux fils.
Secrétaire du MIR pour la France, puis pour l'Europe, il multiplie les voyages et participe aux conférences internationales du MIR ou encore à des rencontres diverses. Ce sera l'Espagne, l'Autriche, la Pologne, la Tchécoslovaquie, l'Allemagne (d'où il, est expulsé après un séjour en prison en 1933) en définitive, partout où surgissent des conflits et des drames nationaux.
Le pasteur Henri Roser était membre, avant la guerre, d'un mouvement pacifiste chrétien. Lors d'une rencontre de ce mouvement à Prague, il avait fait la connaissance de celui qui deviendra son secrétaire, Heinrich Totsch.

Sa position contre la guerre, en 1939, est sans ambiguïté lorsque éclate la Seconde Guerre mondiale. Condamné à quatre ans de prison pour refus d'obéissance et insoumission, il n'en sortira qu'au moment de la défaite de 1940.

Les années de guerre qui contraignent le MIR au silence n'affectent en rien la détermination d'Henri Roser*. Ses interventions généralement clandestines sont diverses et multiples : le sauvetage d'enfants juifs, des familles de Pierre Louis-Dreyfus, de sa soeur, Eliane épouse Heilbronn, et des Lowenbach.
Ses écrits pastoraux incitent l'Église réformée à modifier son attitude en faveur de l'objection de conscience. Il avait livré ce combat avant la guerre et le poursuivra jusqu'à la parution du décret de 1963 portant sur le statut des objecteurs de conscience.

L'épouse de son secrétaire, Heinrich Totsch, est juive, née Fried.
Son frère Gustav Fried habitait toujours à Prague avec son épouse Ahuva et leur petite fille.

Quelques jours après l'entrée des Allemands dans la ville en mars 1939, Ahuva Fried, décida d'emmener sa fille et d'aller se réfugier à Paris chez sa soeur, Frida Karpen épouse Berkovitz.
Le mari d'Ahuva, Gustav Fried, né en 1901 en à Velim (Tchécoslovaquie), persuadé que l'invasion allemande ne durerait pas et qu'il n'y avait pas lieu de s'affoler, resta à Prague. Arrêté, puis déporté, il n'a pas survécu.
Le 16 juillet 1942, jour de la grande rafle des Juifs de Paris, la police arriva devant l'immeuble où Ahuva vivait sans permis de séjour avec sa mère, Mme Karpen, sa fille, sa soeur et son beau-frère, Frida et Maurice Berkovitz. Le concierge les prévint immédiatement et leur permit de se cacher dans un appartement vide, puis il déclara aux policiers que la famille Fried n'était pas chez elle.
Les sachant en danger, Henri Roser* vint à leur secours Il procura des cartes d'alimentation à tous les membres de la famille ainsi que de fausses cartes d'identité.
Les papiers que le pasteur Henri Roser* avait procurés à Ahuva Fried étaient si bien faits qu'elle put circuler librement dans la ville occupée.
Aidés du père Maurice Brasdu*, prêtre à l'église Sainte-Therèse de Boulogne-Billancourt, ils purent avoir un logement.
Le père Maurice Brasdu* et le pasteur Henri Roser* ne manquaient pas de leur rendre visite, pour leur apporter de la nourriture, afin qu'ils n'aient pas à sortir de leur cachette et s'assurer qu'ils allaient bien.
Ahuva Fried continua à correspondre avec le pasteur après la guerre, et ils continuèrent à s’écrire quand elle quitta la France pour aller vivre en Israël.

Président du Mouvement international de la Réconciliation, président du Service civil international, il sera aussi président au sein de la Croix-Bleue où il manifeste une compétence reconnue de tous dans le cadre de l'accueil et de l'accompagnement des personnes alcooliques.

Lien vers le Comité français pour Yad Vashem


Histoire

Henri Roser, un Juste à Aubervilliers

Longtemps pasteur à Aubervilliers, Henri Roser a été décoré de la médaille des Justes pour avoir protégé des enfants juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Henri Roser était avant tout un homme de conviction.
Après des études de théologie à Montpellier, il avait été mobilisé et s’était retrouvé sous-lieutenant à l’armistice en 1918. La boucherie de la première guerre mondiale devait le transformer définitivement en apôtre de la non-violence. Son credo venait de la Bible ; pour lui le fameux « Tu ne tueras point » est une affirmation évangélique radicale. Le chrétien n’a pas d’autre alternative, s’il veut s’y conformer, que d’être non-violent. Il aurait aimé partir comme missionnaire en Nouvelle-Calédonie, mais la société des Missions de Paris refusa sa candidature parce qu’il était objecteur de conscience. Il s’installe alors à Fives, et avec un autre pasteur poursuit durant trois ans une oeuvre d’évangélisation insérée dans les luttes syndicales de la grande agglomération lilloise. Au plus près des gens, il est de ceux qui assurent le succès des colonies de vacances pour enfants, organisées par le foyer de Fives. Toujours mis à l’écart par l’Église réformée, il revient à Paris et crée lui-même un poste d’évangélisation, d’abord à Pantin, puis à Aubervilliers. Après avoir, avec quelques amis, chanté un cantique sur le trottoir, il s’adressait directement aux passants, dans la rue, du côté de la Porte de La Villette. Puis ce fut la Seconde Guerre mondiale. Rapidement arrêté, il se retrouve en prison avec plusieurs autres objecteur protestants. Libéré en juin 1940, il gagne à pied le Chambon-sur-Lignon où il retrouve sa famille, avant de revenir s’installer en région parisienne. Durant la guerre il gagne sa vie en travaillant dans une maison d’édition comme correcteur d’épreuve. C’est à cette époque qu’il va sauver six enfants juifs d’Aubervilliers. Parmi ceux-là, quatre d’une même famille de la rue des Postes aux Quatre Chemins, dont le père avait été arrêté et envoyé en camp. Confiés par leur mère au pasteur, ils seront scolarisés à la maison de Sèvres, une école qui protégea clandestinement des dizaines d’enfants israélites jusqu’à la Libération.
Henri Roser fut finalement consacré pasteur, près de vingt ans après en avoir fait la demande. Sans relâche, il continue de dénoncer le recours à la violence, refuse les compromissions, prend position contre la répression à Madagascar en 1947, contre la guerre d’Indochine, contre la guerre d’Algérie et la torture, contre le réarmement de l’Europe et les essais nucléaires. Passionné, il écrit, il parle, il voyage, il manifeste…
Parallèlement à ses activités religieuses, il présida pendant vingt-cinq ans la Croix Bleue, une association nationale consacrée à l’aide et à la guérison des buveurs. Il sut, là aussi, affronter avec modestie les problèmes de ceux qui, souvent confrontés à la misère, tentaient de l’oublier dans les affres de l’alcool. Estimé de tous, le Juste Henri Roser est mort le 6 janvier 1981.

19/11/2012
Lien : Ville d'Aubervilliers

[Compléter l'article]

Lettre à Moshe Bejski

Pour Henri Roser, cet épisode n’était pas héroïque. Lorsqu’il fut distingué en 1976 par la Commission des Justes de l’institut Yad-Vashem, voici ce qu’il écrivit :
« Cher Docteur Bejski,
… C’est pour moi un honneur que j’apprécie à sa juste valeur. Pourtant je me demande, en conscience, si je puis l’accepter. Ce que j’ai cru devoir faire durant le temps de l’occupation de la France et de la persécution des Juifs me paraît si peu de chose et par ailleurs tellement normal pour quiconque sait se souvenir d’être humain (et se vouloir réellement chrétien), que cela n’appelle aucune récompense, semble-t-il.
… J’ai consulté un de mes amis juifs, de ceux que j’ai connu durant l’occupation hitlérienne déjà, aujourd’hui professeur de littérature française dans un lycée de la région parisienne. Et il m’a généreusement encouragé à accepter la distinction que vous voulez bien m’offrir. Dans ces conditions, j’aurais le sentiment de vous apparaître comme en faisant mépris si je refusais. Et ce n’est certainement pas le cas.
Il me reste donc à vous remercier très cordialement. Disant « oui », j’ai le fort sentiment de retrouver l’union profonde, du temps de la persécution, avec le peuple Juifs si maltraité parmi nous. Que le dieu vivant mène Israël à la paix !… »

19/11/2012
Lien : Ville d'Aubervilliers

[Compléter l'article]
Réseau de sauvetage
Maurice Brasdu
(Père Brasdu)
 
Familles hébergées, cachées, aidées ou sauvées par Henri Roser
Frida Berkovitz
Maurice Berkovitz
Ahuva Fried

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Etoile jaune: le silence du consistoire centrale , Mémoire ou thèse 7 pages, réalisation 2013
Auteur : Thierry Noël-Guitelman - terminal
Lorsque la 8e ordonnance allemande du 29 mai 1942 instaure l'étoile jaune en zone occupée, on peut s'attendre à la réaction du consistoire central. Cette étape ignoble de la répression antisémite succédait aux statuts des juifs d'octobre 1940 et juin 1941, aux recensements, aux rafles, aux décisions allemandes d'élimination des juifs de la vie économique, et au premier convoi de déportés pour Auschwitz du 27 mars 1942, le consistoire centrale ne protesta pas.


Liens externes [Ajouter un lien vers un article d'intérêt ou un site internet]
1 Juifs en psychiatrie sous l'Occupation. L'hospitalisation des Juifs en psychiatrie sous Vichy dans le département de la Seine (Par une recherche approfondie des archives hospitalières et départementales de la Seine, l'auteur opère une approche critique des dossiers concernant des personnes de confession juive internées à titre médical, parfois simplement préventif dans le contexte des risques et des suspicions propres à cette période. La pénurie alimentaire est confirmée, influant nettement sur la morbidité. Ce premier travail sera complété par un examen aussi exhaustif que possible des documents conservés pour amener une conclusion. )
2 Héros de Goussainville - ROMANET André (Héros de Goussainville - Page ROMANET André )
3 Notre Dame de Sion : les Justes (La première religieuse de Sion à recevoir ce titre en 1989 est Denise Paulin-Aguadich (Soeur Joséphine), qui, à l’époque de la guerre, était Ancelle. Depuis, six autres sœurs de la congrégation, ainsi qu’un religieux de Notre-Dame de Sion ont reçu la même marque de reconnaissance à titre posthume. Ils ont agi à Grenoble, Paris, Anvers, Rome. L’action de ces religieuses et religieux qui ont sauvé des Juifs pendant la deuxième guerre mondiale mérite de ne pas être oubliée. Et il y en a d’autres, qui, même s’ils n’ont pas (encore ?) reçu de reconnaissance officielle, ont œuvré dans le même sens, chacun à leur place. )
4 L'histoire des Van Cleef et Arpels (Blog de Jean-Jacques Richard, très documenté. )
5 Résistance à la Mosquée de Paris : histoire ou fiction ? de Michel Renard (Le film Les hommes libres d'Ismël Ferroukhi (septembre 2011) est sympathique mais entretient des rapports assez lointains avec la vérité historique. Il est exact que le chanteur Selim (Simon) Halali fut sauvé par la délivrance de papiers attestant faussement de sa musulmanité. D'autres juifs furent probablement protégés par des membres de la Mosquée dans des conditions identiques.
Mais prétendre que la Mosquée de Paris a abrité et, plus encore, organisé un réseau de résistance pour sauver des juifs, ne repose sur aucun témoignage recueilli ni sur aucune archive réelle. Cela relève de l'imaginaire. )
6 La Mosquée de Paris a-t-elle sauvé des juifs entre 1940 et 1944 ? une enquête généreuse mais sans résultat de Michel Renard (Le journaliste au Figaro littéraire, Mohammed Aïssaoui, né en 1947, vient de publier un livre intitulé L’Étoile jaune et le Croissant (Gallimard, septembre 2012). Son point de départ est un étonnement : pourquoi parmi les 23 000 «justes parmi les nations» gravés sur le mémorial Yad Vashem, à Jérusalem, ne figure-t-il aucun nom arabe ou musulman ?
Il mène une enquête, cherche des témoins ou des descendants de témoins, évoque la figure de Si Kaddour Ben Ghabrit, directeur de l’Institut musulman de la Mosquée de Paris de 1926 à 1954, fait allusion à d’autres personnages qu’il a rencontrés, et plaide pour une reconnaissance mémorielle d’actes de solidarité, de sauvetage, de juifs par des musulmans durant cette période. Et pour leur reconnaissance et inscription sur le mémorial de Yad Vashem.
Cet ouvrage est fréquemment mentionné par voie de presse, avec force sympathie. Mais… rares sont les critiques, positives ou négatives, réellement argumentées. On a le sentiment que ce livre est légitime, généreux, qu’il "tombe" bien en cette période.
C'est ce que le sociologue américain Merton avait repéré dans les phénomènes d'identification et de projection même si le rapport à la réalité est totalement extérieur. Aujourd'hui, l'Arabe musulman, sauveteur de juifs, devient un type idéal auxquels de nombreux musumans ont envie de croire. La réalité n'est pas celle-ci, mais peu importe ! On reproduit la quatrième de couverture du livre (qu'on n'a pas lu), on ose quelques citations d’extraits… Mais personne ne se hasarde à une évaluation de la validité historique de sa teneur. )
7 Paroles et Mémoires des quartiers populaires. (Jacob Szmulewicz et son ami Étienne Raczymow ont répondu à des interviews pour la réalisation du film "Les garçons Ramponeau" de Patrice Spadoni, ou ils racontent leur vie et en particulier leurs actions en tant que résistants. On peut le retrouver sur le site Paroles et Mémoires des quartiers populaires. http://www.paroles-et-memoires.org/jan08/memoires.htm. (Auteur : Sylvia, Source : Canal Marches) )
8 Les grands entretiens : Simon Liwerant (Témoignage de Simon Liwerant est né en 1928. Son père Aron Liwerant, ouvrier maroquinier né à Varsovie, et sa mère Sara née Redler, seront arrêtés et déportés sans retour. )

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