Père Fleury
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Le père Fleury ( 2° à gauche) entouré des déportés revenus avec lui
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Retour de déportés : Le Père Fleury, Monseigneur Metzinger et M. Petit (futur commissaire de police de Poitiers puis adjoint au maire de Ligugé)
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Plaque de la rue du Père Jean Fleury à Poitiers
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Le Père Fleury plantant l’arbre du Juste à Yad Vashem en Israël dans la forêt Elie Bloch
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Le père Jean Fleury, devant l'arbre du Juste qu'il vient de planter, à Yad Vashem en Israël dans la forêt Elie Bloch, entouré de ceux qui lui rendent hommage.
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Le père Jean Fleury* nait en 1905 dans une famille modeste d'Ile-et-Vilaine.
Son père est cordonnier et sa mère tient l’auberge et le bureau de tabac de La Selle-en-Luitré près de Fougères.
Il passe trois années au grand séminaire de Rennes, puis après son service militaire il entre au noviciat des Jésuites à Beaumont-sur-Oise en novembre 1925.
II est ordonné prêtre en 1938.
Il est affecté au début de la guerre à l’hôpital de Francheville près de Lyon en tant qu’aide-soignant.
Il est nommé à Poitiers à l’automne 1941. Il est chargé de l'aumônerie de la troisième division au collège Saint-Joseph et de l'École Apostolique rue Saint-Denis de 12 grands élèves de 18 à 25 ans, vocations tardives à qui il enseigne le latin.
Dans le cadre de ses fonctions sacerdotales à Poitiers, il se rend tous les jours dans un camp de détention pour Tsiganes adjacent au camp de la Route de Limoges. Dans ce camp, séparés par des barbelés, sont internés des Juifs.
C'est ainsi qu'il se rend plus de deux cent fois dans la partie réservé aux Juifs, grâce à l'aide des Gitans et des Tsiganes qui lui permettent de tromper la surveillance allemande.
En 1979, dans son témoignage, le père Fleury* raconte : "J'ai vu passer 1 800 Juifs au Camp de la Route de Limoges à Poitiers, dont un peu plus de 800 arrêtés dans la Vienne où la plupart étaient réfugiés de la Moselle. Des centaines m'ont parlé, m'ont confié des affaires à remettre à leurs familles, m'ont donné des lettres que j'ai fait parvenir. Des centaines d'autres sont venus me voir au Collège Saint-Joseph où j'étais alors professeur. De la sorte, un grand nombre ont pu être prévenus à temps et se cacher".
En mai 1942, les hommes juifs avaient été envoyés au camp de travail de Saintes.
Le père Fleury* se met au service du jeune rabbin Élie Bloch, qui n'avait pas le droit de pénétrer dans le camp et qui dira de lui, sur un ton admiratif : "ça c’est un goy !".
Le prêtre communique au rabbin des nouvelles du camp, où dès juillet 1942, les Allemands séparent les mères de leurs enfants.
D'août à décembre 1942, le père Fleury* fait sortir des enfants du camp :
"Avec le rabbin Élie Bloch, sa secrétaire Régine Breidick et d’autres personnes de son équipe, notamment M. Friedmann et Mme Cerf, j’intervins pour faire sortir du camp un grand nombre d’enfants juifs. Nous ne pûmes malheureusement pas les placer dans des familles chrétiennes. Nous dûmes les confier à des familles juives courageuses, où ils furent contrôlés deux fois par semaine par la Gestapo, une autre fois par la police française. Je me souviens qu’un jour, nous en sortîmes dix-neuf, une autre fois, onze, en tout probablement une centaine. Ils furent malheureusement repris au cours de l’année 1943. Emmenés à Paris dans divers centres, notamment le centre Lamarck, un petit nombre seulement réussit à s’évader, ainsi les petites Barbanel, Welner, Zaydmann, les petits Stem, Bialek, Rozenblum... Le sort des autres fut tragique. Le 20 juillet 1944, les Allemands vinrent les prendre pour les emmener à Drancy. Ils ne devaient pas y rester. Le 31, ils partirent quatre cents dans un convoi qui devait les amener à Auschwitz...".
En janvier 1943, la femme du rabbin Élie Bloch est arrêtée et en février 1943, le rabbin est arrêté à son tour. Ils seront déportés avec leur bébé à Auschwitz.
Désormais le prêtre assuma seul la liaison entre les Juifs du camp et le reste du monde et notamment l'UGIF (Union Générale des Israélites de France).
Il continue le même travail avec Régine Breidick.
Il réussit à faire libérer des enfants et leur trouva des familles d'accueil. Il put aussi faire passer les enfants en zone sud, après leur avoir fourni des faux papiers et des autorisations de voyage.
Avec Hélène Durand* (qui cachera Régine Breidick), Constance de Saint-Seine* et Germaine Ribière* et des aides dans l’administration, il réussit à placer en lieu sûr de nombreux Juifs dont des enfants.
Claire Chauveau* à Iteuil qui cache deux enfants dont les parents sont cachés dans le même village, sera soutenue par ce réseau.
"Arrivé à Poitiers en septembre 1941 j'étais chargé de l'aumônerie de la troisième division au collège Saint-Joseph et en même temps à l'École Apostolique rue Saint Denis de 12 grands élèves de 18 à 25 ans, vocations tardives à qui j'enseignais le latin dont ils n'avaient encore aucune connaissance.
L'aide aux gitans
A partir du 10 mai 1942, à la demande de Mgr Pennier, curé de la cathédrale, je suis allé régulièrement trois fois par semaine au camp de la route de Limoges où se trouvaient internés les nomades, gitans, tsiganes. J'y allais dire la messe le dimanche à 11 h, et je revenais l'après-midi, ainsi que l'après-midi du jeudi. J'ai été très aidé dans ma tâche par Madame L'Huillier, femme d'un professeur de la faculté de Droit et par les institutrices lorraines, Mesdemoiselles Huber et Richard, qui me secondaient dans toutes mes activités, y compris religieuses, tandis qu'une assistante sociale et deux infirmières s'occupaient du service social et des soins de santé. Nous avons formé une équipe très soudée pour le plus grand bien des internés. Sur le plan religieux, dès le 12 juillet 1942, vingt enfants qui suivaient le catéchisme, 6 garçons et 14 filles faisaient leur première communion.
A Noël de la même année, 6 autres garçons, 11 grandes filles et 7 petites filles la faisaient à leur tour dans une baraque en plâtras. Le premier juillet 1943 c'était le tour de 12 garçons et de 10 filles. Ce même jour Mgr Mesguen donnait la Confirmation à cinquante d'entre eux, dont 15 garçons, 15 grandes filles et 20 petites filles.
26 jeunes gens suivaient alors régulièrement les cours de catéchisme. Une dizaine de mariage venait d'être régularisés. Près de trente autres étaient amorcés, quand survint la catastrophe que nous ne pûmes éviter.
Le 13 janvier 1943, la plupart des hommes de seize à soixante ans furent emmenés à Compiègne pour être déportés huit jours plus tard dans les camps de la mort. Au mois de juin eut lieu un nouveau départ et seuls restèrent au camp de Poitiers les vieillards, les femmes et les enfants.
L'aide aux juifs
Ces départs avaient été précédés, dans le camp juif voisin, par des déportations massives, à intervalles plus ou moins réguliers. Le 18 juillet 1942, sans doute en relation avec les évènements du vélodrome d'hiver à Paris, les femmes juives, déjà séparées de leurs maris qui se trouvaient en camp de travail à Saintes, furent transférées à Drancy, laissant leurs enfants à la charge d'un tout petit nombre de restantes. C'est alors que je décidai d'aller me mettre à la disposition du rabbin Elie Bloch pour me rendre au camp juif chaque fois qu'il me serait possible. Je me trouvais à pied d'œuvre pour y pénétrer, puisque la dernière baraque qui servait de chapelle aux gitans était contigüe au camp juif auquel on accédait par un portillon barbelé ou par un grand portail qui s'ouvrait parfois aux camions de ravitaillement. Je ne raconterai pas toutes les péripéties ni les ruses de Sioux que je dus employer pour aller en fraude au camp juif, dans des conditions périlleuses puisque, je le savais depuis septembre 1942, les allemands parlaient de m'arrêter.
Je veux simplement témoigner ma reconnaissance aux gitans et tsiganes qui m'ont permis de tromper la surveillance allemande et, quand les hommes ont été arrêtés, ce sont les jeunes eux-mêmes de douze ou quatorze ans qui m'ont aidé à passer. Ma reconnaissance envers eux est d'autant plus vive qu'en me protégeant moi-même, sans qu'ils pussent encore le savoir, ils m'ont permis de sauver de nombreuses vies humaines. S'il plait à Dieu, je le raconterai dans mes " Mémoires " qu'on me demande de tous côtés d'écrire. Que ma reconnaissance fraternelle aille aussi à toutes les personnes qui m'ont aidé à poursuivre mon travail et à sauver elles-mêmes des juifs souvent au péril de leur vie ! Grâce à Dieu, tous ceux que nous avons pu cacher ont été sauvés.
A la fin de 1943, le bruit courut que les nomades de Poitiers allaient être transférés au camp de Montreuil-Bellay, près de Saumur. Je courus aussitôt chez le Préfet Régional pour lui demander de nous les laisser. Il n'aurait pas demandé mieux, mais les ordres des autorités d'occupation étaient formels. Le camp devait être affecté à un groupe important de femmes venant des camps de Monts, près de Tours, de Beaune-la-Rolande et de Pithiviers. C'étaient, pour la plupart, des militantes communistes de la région parisienne. C'est ainsi que je devins aumônier des nouvelles internées. Qu'il me soit permis simplement de dire qu'ayant déjà, par les Tsiganes, un pied dans l'étrier, je pus continuer à travailler sur place dans des conditions souvent tragiques, en liaison avec tous les organismes de la Résistance, jusqu'au jour où avec l'appui du nouveau directeur du camp, M. Bazin, lui aussi lorrain comme par hasard, j'allai chez le Préfet Régional pour le forcer à transférer les femmes et les juifs qui restaient au collège Saint-Joseph et à l'Hôtel-Dieu. Grâce à Dieu, je pus sauver tout le monde avant le départ des Allemands.
Aumônier National des Gitans
Chargé à la Libération, de l'aide sociale aux victimes de la répression nazie dans le département de la Vienne, je ne pouvais manquer d'y inclure les gitans et tsiganes de la région. Je devais en retrouver quelques-uns lors d'une expédition menée au camp de Dachau, d'où je pus sortir en mai 1945 cent deux déportés que je devais ramener à Poitiers. Par la suite en octobre 1945 je fis une autre expédition en Allemagne, cette fois à Wolfenbuttel, pour ramener les corps de nos camarades qui avaient été guillotinés le 2 décembre 1943. Parmi eux se trouvaient le Père Aimé Lambert et le chanoine Duret, ce dernier décédé peu de temps avant l'exécution qu'il allait lui aussi subir. Leurs corps ont été ramenés par la suite au cimetière de Chilvert à Poitiers où ils reposent sous les mêmes coussins de pierre où on les avaient enterrés à Wolfenbuttel. Je n'en dis pas plus pour le moment si ce n'est que par la suite, je soutins vigoureusement l'action de Madame L'Huillier, retournée à Paris où elle continua de s'occuper des gitans. Telle fut la raison qui me fit nommer, quand je commençai à me retrouver un peu plus libre, Aumônier National de l'Aide aux Nomades, au cours de l'Assemblée des Cardinaux et Archevêques des 18 et 19 octobre 1948, il y a maintenant trente quatre ans."
Le 5 mai 1945, le Commissaire de la République, Monsieur Schuler lance l’idée d’une mission en Allemagne pour ramener les déportés de la Vienne. Le Père Fleury (aumônier du camp de la route de Limoges) propose de participer à "l’expédition". Dirigeant alors le Comité des Œuvres Sociales de la Résistance (COSOR) avec Monsieur Henri Février, il décide d'affréter un car des Rapides du Poitou et de partir chercher les déportés de la Vienne internés au camp de Dachau.
Après maintes péripéties, l’expédition arrive au camp qui vient d’être libéré. Une épidémie de typhus s’y était déclarée. Accompagné d’un étudiant en médecine, Jacques Chalut, lui-même rapatrié de Buchenwald, le Père FLeury* rassemble un certain nombre de Poitevins. Mais il doit surmonter de multiples difficultés pour les ramener à Poitiers. Outrepassant les ordres du Général De Lattre de Tassigny qui les avait consignés en quarantaine en raison du typhus, il lui faut négocier avec les autorités américaines qui finissent par accepter une liste de 96 rapatriables :
" Au moment où nous nous regroupâmes au delà des barbelés, des dizaines d’hommes se soulevèrent d’un élan unanime... Chacun respirait plus à l’aise. Une immense satisfaction brillait dans leurs regards..."
Alors qu’il se trouve à Mulhouse, dernière étape avant Poitiers, le Père Fleury* conclut en ces termes :
"Les gens de Dachau affluaient, rapatriés dans des camions rapides que conduisaient des noirs américains. Ainsi, huit jours après notre passage, le camp de Dachau était entièrement libéré. On venait de brûler l’ancien camp où les détenus avaient été entassés jusqu’à trente mille...Notre insistance était sans doute pour quelque chose dans ce rapatriement plus rapide et massif de tous les déportés de Dachau."
-Rapport du Père Fleury au COSOR, juin 1945
-Centre Presse , 28 Avril 1995, article de Rolland Barrat.
Texte rédigé par Marie-Claude Albert
Chronologie[Ajouter]
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Pierre Berger
(1941 - 1942) Pierre Jean Berger, Préfet de la région de Limoges (Corrèze, Creuse et Haute-Vienne et les parties non-occupées de la Charente, du Cher, de la Dordogne, de l'Indre, de l'Indre-et-Loire et de la Vienne)
Louis Bourgain
(18/07/1940 - 1944) Vice-amiral, Préfet de de la Vienne et préfet régional de la région de Poitiers (Charente-Maritime (Charente-Inférieure jusqu'en 1941), Deux-Sèvres et Vendée et les parties occupées de la Charente, de Dordogne et de la Vienne. Condamné à huit ans de prison à la Libération (1881-1970)
M. Holveck
(1941 - 1943) Préfet de la Vienne
Antoine Lemoine
(01/05/1942 - 1943) Antoine Jean Marcel Lemoine, Préfet de la région de Limoges (Corrèze, Creuse et Haute-Vienne et les parties non-occupées de la Charente, du Cher, de la Dordogne, de l'Indre, de l'Indre-et-Loire et de la Vienne)
René Rivière
(Jan. 1943 - 1943) René Édouard Rivière, Préfet de la région de Limoges (Corrèze, Creuse et Haute-Vienne et les parties non-occupées de la Charente, du Cher, de la Dordogne, de l'Indre, de l'Indre-et-Loire et de la Vienne)
M. Darpheuille
(1943 - 1944) Préfet de la Vienne
Marc Freund-Valade
(11/09/1943 - 10/05/1944) Marc Paul Freund dit Freund-Valade, Préfet de la région de Limoges (Corrèze, Creuse et Haute-Vienne et les parties non-occupées de la Charente, du Cher, de la Dordogne, de l'Indre, de l'Indre-et-Loire et de la Vienne)
M. Schuhler
(1944 - 1945) Préfet de la Vienne
André Fourcade
(10/05/1944 - 06/1944) André Fourcade dit Vergnaud, Commissaire régional de la République de la région de Limoges (Corrèze, Creuse et Haute-Vienne et les parties non-occupées de la Charente, du Cher, de la Dordogne, de l'Indre, de l'Indre-et-Loire et de la Vienne), arrêté par la Gestapo en juin 1944, fusillé à Buzet-sur-le-Tarn le 17 août 1944
Pierre Boursicot
(23/10/1944 - 1946) Commissaire régional de la République de la région de Limoges (Corrèze, Creuse et Haute-Vienne et les parties non-occupées de la Charente, du Cher, de la Dordogne, de l'Indre, de l'Indre-et-Loire et de la Vienne)
Jean Schuhler
(06/1944 - 1946) Commissaire régional de la République de la région de Poitiers (Charente-Maritime (Charente-Inférieure jusqu'en 1941), Deux-Sèvres et Vendée et les parties occupées de la Charente, de Dordogne et de la Vienne)
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