Juin 1940. L'État déserte Troyes, provoquant la panique de la population. Le maire, l'évêque, le directeur de l'hôpital restent pour assister la cité.
Après la percée allemande de mai 1940, quand tout semble déjà perdu, Troyes n'est pas déclarée "ville ouverte", à l'instar de Paris où de Dijon.
La ville est un nœud ferroviaire, un croisement routier et un pont sur la Seine crucial mais susceptible d'offrir une résistance à l'envahisseur. C'est l'endroit où une contre-offensive française est possible. Et c'est ce qui semble se dessiner quand mardi 12 juin, le général Requin installe à Troyes le poste de commandement de la IVe Armée. Son objectif : regrouper dans la ville les forces françaises "pour mener une dernière bataille". Elles se campent à l'est, de Pont-Sainte-Marie à Saint-Parres-aux-Tertres. Le plan est cohérent mais ne tient pas compte de la réalité de la situation.
Le soir du jeudi 13 juin, les Allemands entrent dans l'Aube à Romilly après avoir franchi la Seine. Les régiments d'infanterie Germania, Deutschland et Der Führer suivent, annoncés par des bombardements sur le nord du département. Arcis tombe le 15 juin.
De part et d'autre de la Seine, les agresseurs prennent en tenaille les forces françaises. Et à revers : le vendredi 14 juin, Pont-Sainte-Marie, le Faubourg Saint-Jacques et le Quartier Bas limitrophe sont pilonnés et le samedi 15 juin, les Allemands entrent à Troyes par les routes de Sens et de Paris.
Au matin du 16 juin, la ville tombe. Le gros des forces françaises, massé à l'est, est balayé. Le sous-lieutenant Michel Taittinger est seul à faire front avec une poignée d'hommes sur Saint-Parres.
En ville, de petites unités disséminées tentent une résistance brève et désespérée.
Le maire, René Plard1, s'est laissé imposer un arrêté municipal qui enjoint à la population de rester sur place. Requin lui a garanti avec optimisme qu'il "tiendra". Mais les premiers bombardements, le spectacle de la débandade de pans entiers de l'armée et la rumeur des exactions allemandes ont provoqué la panique.
Dès jeudi soir, la population s'est lancée dans une fuite éperdue. À la prise de Troyes, ne restent dans l'agglomération qu'environ 4 000 Troyens, vieillards, femmes enceintes, handicapés et enfants oubliés. Sur plus de 80 000 ! Le récit de l'abbé Benoit (curé de Saint-Nizier et du Quartier Bas)2, est atroce, des bombardements, à l'exode et aux combats. Ce qui se passe est terrifiant.
L'État se désagrège dans toutes ses composantes. Le préfet et l'administration centrale ont fui dès le vendredi pour se replier à Ervy-le-Châtel. "L'après-midi, on pouvait se promener à la préfecture comme dans un moulin, toutes portes ouvertes et l'électricité encore allumée…", raconte l'abbé Benoit. Le préfet entraîne dans son sillage la Police nationale, les sapeurs-pompiers, dont le chef de corps refuse même de mettre à disposition du maire les motopompes alors que le Quartier Bas flambe. Oublié le "Je tiendrai" : Requin et l'État-major de la IVe Armée ont également quitté la ville dès la veille !
Rien n'a été prévu pour ceux qui restent. Dans la nuit du jeudi au vendredi 14 juin, l'évêque et le maire se rencontrent pour la première fois. Ils sont résolus à rester et à assister ceux qui restent en regroupant malades, vieillards et femmes enceintes à l'Hôtel-Dieu. Avec une poignée de volontaires, infirmières, bonnes sœurs, agents de la défense passive, M. Curie (pharmacien) et le Dr Paris (chirurgien), quelques policiers courageux dont le commissaire Parvenchères, ils feront masse autour de Jean Schiffer, héroïque directeur de l'hôpital, pour nourrir et soigner 4 000 Troyens pendant plus d'une semaine.
René Plard
(1935-1940) Ouvrier PTT, avocat, rédacteur en chef de la Dépêche de l'Aube
René Douet
(1940-1944) désigné par le Korpskommando
Fernand Giroux
(1944-1947) nommé par le préfet en 1944, élu en 1945
Henri Terré
(1947-1972) président du Comité local de Libération
Cultes à Troyes
Joseph-Charles Lefèbvre
Évêque de Troyes ( 1938-1943 ) Transféré à Bourges en 1943
Julien Le Couëdic
Évêque de Troyes ( 1943-1967 ) Retiré en 1967 Roger Rieber
*
Curé de la paroisse Saint-Martin Nommé Juste parmi les Nations
1 Familles réfugiées à Troyes[Compléter]
1943 / 1944 Famille Smith - Rachel et sa fille Jacqueline, deux anglaises, sont raflées et internées, parce que juives, au Camp Jules Ferry, situé dans les locaux d'une école réquisitionnée. Grâce à l'aide d'un enfant de l'école, elles parviendront à s'échapper pour être recueillies par ses parents qui les hébergeront jusqu'à l'automne 1944. [Témoignage dans Paroles d'étoiles] 9 Familles arrêtées (Troyes)[Compléter]
09/10/1942Famille Bercowitz - Maurice Bercowitz, 74 ans, né le 24 juillet 1868 à Chazanow (Pologne) était réfugié à Noeux-les-Mines (Pas-de-Calais) puis à Troyes où il habitait 31, rue Gautherin. Arrêté parce que juif le 9 octobre 1942, il est interné à Chalon-sur-Marne, puis envoyé à Drancy avant d'être déporté sans retour vers Auschwitz par le convoi n° 40 du 3 novembre 1942. Déportation : 03/11/1942 convoi no 40 JO : DAF-ED 238882
28/01/1944Famille Berr - Louis Berr, 59 ans, né le 5 octobre 1885 à Baccarat (Meurthe-et-Moselle), et son épouse Pauline, 55 ans, née Dietisheim le 23 mars 1889 à La Chaux de Fonts (Suisse) habitaient 1 avenue de la Gare à La Chapelle-Saint-Luc (Aube). Arrêtés parce que juifs, lors de la rafle de Troyes le 28 janvier 1944, ils sont déportés sans retour de Drancy vers Auschwitz le 10 février 1944 par le convoi n° 68. Déportation : 10/02/1944 convoi no 68 JO : DAF-ED 2040418
28/01/1944Famille Bloch - Jean-Paul Bloch, 55 ans, né le 21 décembre 1889 à Colmar (Haut-Rhin), habitait à Strasbourg. Réfugié à Troyes, il habitait 9 rue Diderot. Arrêté parce que juif, lors de la rafle à Troyes du 28 janvier 1944, il est transféré à Drancy le 30 janvier 1944 avant d'être déporté sans retour vers Auschwitz le 10 février 1944 par le convoi n° 68. Déportation : 10/02/1944 convoi no 68 JO : DAF-ED 238891
20/10/1942Famille Bortensztajn - La famille habitait 11, rue Jean de Mauroy à Troyes. La mère, Marie, 41 ans, née Miodowicz à Garwolin (Pologne) le 16 avril 1902, est arrêtée parce que juive avec ses trois enfants : Henri, 10 ans, né le 15 décembre 1932 à Troyes, Ludovic (Lazare), 8 ans, né le 27 mars 1934 à Troyes et Ginette, 6 ans, née le 28 mai 1936 à Troyes. Ils sont transférés à Chalon-sur-Marne avant d'être envoyé à Drancy puis déportés sans retour vers Auschwitz par le convoi n° 46, le 9 février 1943. Leur père, Jacques (Jacob), 39 ans, né le 19 juillet 1905 à Varsovie (Pologne) est arrêté en janvier 1943, envoyé au Camp de Noé, puis au Vernet avant d'être interné à Drancy et déporté sans retour vers Auschwitz par le convoi n° 75 du 30 mai 1944. Déportation : 09/02/1943 convoi no 46
28/01/1944Famille Cohen - Henri, né le 2 juillet 1918 à Marseille, est arrêté parce que juif au cours de la rafle à Troyes le 28 janvier 1944. Il sera déporté sans retour vers Auschwitz. JO : DAF-ED 97718
- 1 - Denis Coton, René Plard. Un député-maire de Troyes, 1888-1946, éd. Dominique Guéniot, Langres, 2006.
- 2 - Les journées de juin 1940 au Quartier Bas. Notes et impressions par un témoin, abbé Benoit, curé de Saint-Nizier, éd. La Renaissance, 1941.
je suis à la recherche de personnes ayant été internées, déportées au camp de troyes école jules ferry, ou de toutes personnes ayant des informations sur ce camp ma famille a été dans ce camp et je voudrais retrouver les raisons de cette déportation
[répondre]
Bonjour : sans pouvoir apporter une réponse précise à votre question, je vous joins la biographie de Cyrille Chaumette, qui avant d’être déporté à Auschwitz passe lui aussi par le centre Jules Ferry de Troyes. Il en est extrait à la demande de la Feldkommandantur de Troyes, pour suspicion d’activités communistes.
Comme le lien n'est pas pris en compte par ce message, Taper CHAUMETTE CYRILLE DEPORTE
Biographie sur le blog de mon épouse, Claudine Cardon-Hamet, historienne de la déportation.
Cordialement
Pierre Cardon [répondre]
Georges Hilaire
(09/1940 - 11/1941) Préfet de l'Aube
René Bousquet
(28/08/1941 - 1942) Préfet régional de la région de Châlons-sur-Marne (Marne, Haute-Marne et Aube) (1909-1993)
Louis de Peretti
(18/05/1942 - 1944) Louis Alexandre Valère de Peretti della Rocca, Préfet régional de la région de Châlons-sur-Marne (Marne, Haute-Marne et Aube)
Marcel Grégoire
(1944 - 1946) Commissaire régional de la République de la région de Châlons-sur-Marne (Marne, Haute-Marne et Aube)(1884-1969)
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