Mayer Patalowski, né le 15 février 1903 à Nilava (Pologne), ingénieur-chimiste et son épouse Rivka Patalowski, née Knobler en 1905 à Bedzin (Pologne) arrivent en France en 1932. Ils s'installent en Normandie, à Caen. Leur fils Norbert naît le 26 janvier 1935 à Bénouville (Calvados).
La famille vient s'installer à Paris, au 4, rue des Panoyaux, dans le 20e arrondissement.
En septembre 1939, Mayer Patalowski s'engage dans un régiment de volontaires étrangers. Il est démobilisé en septembre 1940.
Son oncle, qui vit en Afrique du Sud l'attend pour diriger une usine de parfums et Mayer a tous les papiers nécessaires pour quitter la France, via Marseille.
Convoqué, Mayer se rend le 14 mai 1941 au camp de Beaune-la-Rolande. Il s'agit de ce qu'on appellera plus tard la "rafle du billet vert", convocation envoyée à 6 500 Juifs polonais, tchécoslovaques et autrichiens de Paris. Mayer est interné puis sera déporté sans retour vers Auschwitz où il périt le 2 juillet 1942.
Lors de la rafle du Vel d'Hiv, à partir des 16 et 17 juillet 1942, Rivka et son fils Norbert, âgé de 7 ans, se réfugient au rez-de-chaussée du 3 rue des Panoyaux, chez leurs voisins, René Harent* et son épouse Charlotte, où seront cachés une quinzaine de Juifs.
René Harent*, franc-maçon, est commerçant. Norbert évoque le courage de ses sauveurs et de Charlotte Harent que les voisins appelaient "la juive espagnole" en raison de la force de son verbe et qui a su repousser la visite de la police française sur le pas de sa porte.
Norbert est logé chez René* et Charlotte Harent, tandis que Rivka est cachée au fond d'un garage, dans de mauvaises odeurs d'essence. Mais ils sont saufs.
Après quelques semaines, René Harent* et son fils, Emmanuel, accompagnent en lieu sûr dans leur famille, Rivka et Norbert loin de Paris, cachés derrière des meubles, dans une camionnette Peugeot 202 conduite par Emmanuel et maquillée en voiture de la Croix-Rouge. René Harent* et Emmanuel sont revêtus d'une blouse blanche d'infirmier. Ils passent par Compiègne occupé. Ce sont des soldats allemands qui y règlent la circulation.
Ils arrivent dans l'Oise, dans un petit village à 120 km de Paris, Villeselve, chez Louis* et Marie-Édouard Greffe*. Norbert, pour sa part, est accueilli par la famille Greffe. Louis (Charles, Henri) né à Ham (Somme) en 1896, est bourrelier. Il est marié à Marie-Édouard*, née à Villeselve en 1895. Ils ont deux enfants, Pierre qui avait déjà quitté la maison, et Jean, le plus jeune qui était très habile de ses mains. Et puis il y a aussi le "grand-père" Greffe.
Norbert va vivre heureux durant 3 ans. Il est présenté comme un petit parisien malheureux qui avait faim dans la grande ville. Il va à l'école, dans la classe de M. Legrand et est baptisé par le curé du village, M. Maréchal. Il devient même enfant de chœur. Il connait tout de la guerre 1914/1918 et écoute Radio Londres avec Jean Greffe qui avait installé une grande antenne qui traversait le jardin.
René Harent* vient de temps en temps voir sa famille à vélo et manger la meilleure laitue du monde.
Rivka trouvera plusieurs emplois de bonne à tout faire dans les environs et à Ham (Somme), mais elle n'est pas bien traitée et se trouve être très malheureuse. Quand elle le peut, elle verse une petite compensation financière aux Greffe*.
Les Greffe sont dénoncés et par deux fois les gendarmes viennent enquêter, sans aller plus loin grâce aux relations de Louis Greffe* dans le village.
De très nombreux membres des familles Patalowski et Knobler ont péri dans les camps.
Rivka décédera nonagénaire, mais sa vie ne sera plus jamais heureuse après la disparition de tant des siens.