Haut fonctionnaire, secrétaire général de la Préfecture de Châteauroux devient fin 1942, secrétaire général de la préfecture régionale de Limoges, avec plusieurs départements sous son autorité et met tout en œuvre pour sauver des enfants juifs et le docteur Gaston Lévy et sa famille.
En 1940, le D' Gaston Lévy, replié d'Alsace dans la région de Montpellier, s'occupe des Juifs nécessiteux réfugiés dans les environs. Avec le Dr Malkin, il apporte aide et réconfort aux internés du camp d'Agde. En 1941, il rencontre le D` Joseph Weill, qu'il a connu à Strasbourg. Médecin pédiatre, Gaston Lévy se met alors au service de l'OSE. Celle ci lui confie la responsabilité de la pouponnière de Poulouzat à Limoges (Haute Vienne) et le nomme inspecteur médical des homes d'enfants. Après les rafles des Juifs étrangers en zone Sud en août 1942, Gaston Lévy procure des cachettes des familles juives grâce à Germaine Ribière* (reconnue en 1967 Juste parmi les nations). Simultanément, il établit des liens d'une exceptionnelle qualité avec Edmond Dauphin* qui lui facilite le placement de nombreux enfants juifs préalablement "aryanisés" dans les établissements de son département. Edmond Dauphin*, malgré les lois de Vichy, établit également pour Gaston Lévy une dérogation lui permettant de continuer à travailler dans les camps et à aider les internés de Nexon (près de Limoges) et de Douadic dans l'Indre.
Au printemps 1944, Edmond Dauphin* fait arrêter Gaston Lévy et avertit sa famille que la Gestapo s'est lancée à leur poursuite et qu'ils doivent s'évader en Suisse par la filière que Georges Loinger a mise au point. Ils passeront en Suisse.
A Limoges, le haut fonctionnaire qui sauva des enfants juifs.
En ce mois d'août 1942, Edmond Dauphin*, secrétaire général de la préfecture de l'Indre, reçoit la visite du docteur Gaston Lévy, responsable de l'OSE (Organisation de secours aux enfants) et directeur de la section médico-sociale de l'Ugif (Union générale des Israélites de France). Le médecin explique la situation des petits enfants qui se trouvent dans la pouponnière de l'OSE à Limoges. Pendant les premières rafles d'août, au nom du regroupement familial, quelques uns de ces enfants ont déjà été arrêtés à la pouponnière.
Conscient de la menace de déportation qui pèse maintenant sur tous les petits pensionnaires de cette crèche déclarée, le médecin a alors décidé de les sortir de la pouponnière et de les cacher, sous de fausses identités, dans des familles adoptives du département de l'Indre. Il vient prévenir les services préfectoraux de Châteauroux de la nécessité d'organiser l'entrée de ces enfants en clandestinité. Le secrétaire général de la préfecture l'écoute, et convoque aussitôt les responsables du service de l'assistance publique de son département. Il leur annonce que la préfecture va se charger de la protection de ces enfants et tout mettre en œuvre pour les sauver de la déportation : "Si les Allemands veulent un jour toucher à ces enfants, vous affirmerez que ce sont des enfants français placés par l'administration de l'assistance publique", ordonne Edmond Dauphin* aux employés de sa préfecture. "Les enfants resteront ainsi cachés dans trois villages de l'Indre jusqu'à la Libération", témoigne le docteur Gaston Lévy (chevalier de la Légion d'honneur, chevalier de l'Ordre du mérite militaire). Presque tous orphelins, ils seront récupérés par l'OSE à la fin de la guerre." Edmond Dauphin*, dont la carrière n'est pas freinée par son action en faveur des enfants juifs, monte en grade et devient, fin 1942, secrétaire général de la préfecture régionale de Limoges, avec plusieurs départements sous son autorité (l'équivalent exact du titre et des fonctions de Maurice Papon à la préfecture régionale de Gironde). Il continue et amplifie encore son aide au sauvetage des enfants. A partir de 1943, les maisons d'enfants des organisations juives, loin d'être des refuges, sont plutôt des souricières, antichambres de la déportation pour les petits et leurs monitrices. Pour justifier aux yeux de Vichy et des Allemands la dispersion des enfants, Edmond Dauphin* décide de faire réquisitionner ces maisons d'enfants par des organismes non-juifs. Le secrétaire général de la préfecture régionale organise ensuite leur fuite, les plaçant dans des familles, dans les couvents de la région, ou aidant à leur passage clandestin vers la Suisse ou l'Espagne. Le commandant de réserve Robert Job (chevalier de la Légion d'honneur, croix de guerre), à l'époque inspecteur du réseau des Maisons d'enfants, qui a travaillé avec le secrétaire général de la préfecture de Limoges, a témoigné que "jusqu'à la fin de la mise en sécurité des enfants et de la fermeture des derniers maisons d'enfants en mars 1944, Edmond Dauphin* a en maintes occasions pu rendre à la cause de l'OSE d'éminents services par une disponibilité toujours mobilisable au service des enfants et des cadres juifs menacés de déportation."
Après la guerre, Edmond Dauphin* poursuivra une carrière normale dans l'administration. Moins brillante que celle de Maurice Papon : ministère de l'Intérieur, puis préfet à Laval dans le département de la Mayenne, et à Chartres, préfet de l'Eure-et-Loir. En 1978, il recevra la "médaille des Justes" de Yad Vashem (le mémorial de la Shoah à Jérusalem), pour avoir prouvé qu'un secrétaire général de la préfecture pouvait refuser d'envoyer les enfants juifs à la mort.Robert Job, témoignant en 1977 du rôle d'Edmond Dauphin*, a eu ces mots qui résonnent fortement vingt ans plus tard, dans le contexte du procès Papon : "Je puis certifier combien sa conscience d'homme imprégnait ses devoirs de fonctionnaire." Edmond Dauphin* est mort il y a quelques années.
Après l'arrestation d'enfants en bas âge à la Pouponnière, que j'ai relatée plus haut, je suis allé dans l'Indre (je pense que c'était le 27 juillet), créer un centre clandestin de placements familial d'enfants pour quelques enfants en danger à la Pouponnière. Dans trois villages autour de Villedieu, j'ai trouvé des familles de paysans qui acceptèrent volontiers ces enfants. Avec l'aide de l'institutrice-secrétaire de Mairie d'un des villages, Mme Apart-Prandi, on a munit ces enfants d'une fausse identité pour parer aux bavardages de village qui auraient pu mettre leur sécurité en danger. Mais il restait la possibilité d'une inspection des services de protection des enfants qui pouvait découvrir le pot-aux-roses. Je connaissais, d'une démarche quinze jours auparavant, le fonctionnaire du Service des Étrangers de la Préfecture, mais qui dans ce cas n'était pas compétent. Sur les conseils de Melle Schwob, assistante sociale de l'UGIF à Châteauroux, je suis allé voir Edmond Dauphin*, secrétaire général de la Préfecture.
Après avoir écouté mes doléances, Edmond Dauphin* a réuni les responsables de l'Assistance Publique de son administration et leur a dit textuellement : "si “le boche” met jamais nez dans ces cachettes, faites passer ces enfants comme placés vos soins, c'est-à-dire comme enfants de l'Assistance Publique".La crainte d'une éventuelle inspection des Services de protection de l'enfance s'avéra un peu plus tard comme justifiée, car le 13 octobre 42 une lettre de l'Inspecteur de l'Assistance Publique m'enjoignait de respecter les règlements en vigueur pour les placements d'enfants à la campagne. Edmond Dauphin* me dit plus tard que l'Inspecteur était venu le trouver pour se plaindre de gens inconnus qui plaçaient des enfants à un tarif supérieur à celui de l'Assistance Publique.
Mis au courant des faits par Edmond Dauphin*, cet Inspecteur non plus n'a vendu la mèche de mes placements familiaux clandestins qui ont pris un peu plus tard de plus en plus d'importance.
Mais là ne s'arrêta pas le bon vouloir et l'efficacité d'Edmond Dauphin*. Quelques jours après ma visite à Châteauroux pour faire part au secrétaire général de la Préfecture de mon centre clandestin de placement familial, c'était les tous premiers jours de Septembre, un coup de téléphone de Edmond Dauphin* me pria sans autre indication d'être le lendemain matin à la station d'Argenton-sur-Creuse. Je devais apporter mes appareils d'auscultation et de tension. En arrivant à Argenton, il m'attendait pour m'amener avec sa voiture officielle de la Préfecture au camp de Douadic. C'est ce camp qui, pareil à Nexon, servait de camp de triage pour les pauvres populations juives étrangères raflées dans les départements de l'Indre et du Cher. Edmond Dauphin* m'avait amené là-bas pour examiner les gens et en libérer autant que possible. Sans qu'il me le dise, j'avais compris qu'il avait délibérément écarté le médecin départemental de ces examens vu son attitude "Maréchal, nous voilà", et surtout anti-juifs étrangers. Je n'ai pas déçu les intentions d'Edmond Dauphin* et j'ai passé toute la journée avec stéthoscope et tensiomètre, à rajeunir les adolescents et à vieillir les adultes (souvent leurs papiers d'identité s'y prêtaient) et à trouver des motifs de libération. Je dois d'ailleurs ajouter que le personnel qui m'assistait ne semblait pas dupe de l'opération, et était du côté des internés qui avaient éveillé leur sentiments de pitié et de compassion. Malheureusement il y eut quand même beaucoup de monde partant à la nuit tombante de Douadic sur Nexon.
N'ayant plus eu matériellement le temps d'examiner les anciens engagés volontaires, j'ai fait donner une lettre par la Direction du camp, avertissant la Direction de Nexon du fait. Je n'ai jamais su si cette lettre a servi à quelque chose. Comment Edmond Dauphin* s'est-il arrangé pour faire signer le protocole des examens ? Je l'ignore. Mon nom ne devait et ne pouvait certainement pas y figurer. Je pense qu'on est arrivé à le faire signer soit par le Dr Robini lui-même ou une signature quelconque de médecin.
Les gens libérés ont pu quitter Douadic sans autre empêchement.
Je pense qu'au lieu de retourner dans l'endroit où on les avait arrêtés, les Services Sociaux de l'UGIF leur ont porté aide pour se cacher.
13/04/2009 Auteur : Docteur Gaston Lévy Source : Souvenirs d'un médecin d'enfants à l'O.S.E. Lien : Judaisme
Après l'occupation de la zone libre, novembre 1942
Dans les fonctions d'inspecteur général des Homes d'enfants, M. Jacques Bloch avait été remplacé en mars 1943 par M. Robert Job qui dirigeait auparavant la maison récemment ouverte de Poulouzat. Le hasard fait quelquefois bien les choses. Robert Job, rayé des cadres de l'enseignement dès 1940 avait été maintenu, malgré l'opposition du Commissariat aux questions juives, dans l'administration de l'intendance du Département des Hautes.-Alpes, à Gap. A ce moment, le Directeur du cabinet du Préfet à Gap était Edmond Dauphin* dont j'ai raconté plus haut l'aide qu'il m'avait apportée pour camoufler des enfants dans mon centre familial clandestin de l'Indre et en me convoquant à Douadic pour libérer dans la mesure du possible des internés en partance vers le sort inconnu de la déportation. Un autre hasard fit muter en 1943 Edmond Dauphin* de son poste de secrétaire général de la Préfecture de Châteauroux à celui de directeur du cabinet du préfet régional à Limoges, poste où fut pour nous d'une grande utilité.
13/04/2009 Auteur : Docteur Gaston Lévy Source : Souvenirs d'un médecin d'enfants à l'O.S.E. Lien : Judaisme
Familles hébergées, cachées, aidées ou sauvées par Edmond Dauphin Gaston Lévy Renée Lévy
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Témoignages, mémoires, thèses, recherches, exposés et travaux scolaires [Ajouter le votre]
Raoul Grimal
(Mai 1938 - Juin 1940) Préfet de l'Indre
Léon Gonzalve
(06/1940 - 09/1940) Préfet de l'Indre
Jacques Moranne
(25/06/1940 - 1942) Jacques Alexandre Moranne, Préfet régional d’Orléans (Eure-et-Loir, Loiret et Loir-et-Cher et les parties occupées du Cher et de l'Indre) (1901-1982)
René Faugère
(09/1940 - 09/1940) Préfet de l'Indre
Raoul Grimal
(09/1940 - 08/1941) Préfet de l'Indre
André Jacquemart
(08/1941 - 08/1944) Préfet de l'Indre
Pierre Berger
(1941 - 1942) Pierre Jean Berger, Préfet de la région de Limoges (Corrèze, Creuse et Haute-Vienne et les parties non-occupées de la Charente, du Cher, de la Dordogne, de l'Indre, de l'Indre-et-Loire et de la Vienne)
Antoine Lemoine
(01/05/1942 - 1943) Antoine Jean Marcel Lemoine, Préfet de la région de Limoges (Corrèze, Creuse et Haute-Vienne et les parties non-occupées de la Charente, du Cher, de la Dordogne, de l'Indre, de l'Indre-et-Loire et de la Vienne)
Jacques Bussière
(25/11/1942 - 1944) Jacques Félix Bussière, Préfet régional d’Orléans (Eure-et-Loir, Loiret et Loir-et-Cher et les parties occupées du Cher et de l'Indre). Arrêté, interné au camp de Compiègne puis déporté en Allemagne, il mourra en déportation (1895-1945)
René Rivière
(Jan. 1943 - 1943) René Édouard Rivière, Préfet de la région de Limoges (Corrèze, Creuse et Haute-Vienne et les parties non-occupées de la Charente, du Cher, de la Dordogne, de l'Indre, de l'Indre-et-Loire et de la Vienne)
Marc Freund-Valade
(11/09/1943 - 10/05/1944) Marc Paul Freund dit Freund-Valade, Préfet de la région de Limoges (Corrèze, Creuse et Haute-Vienne et les parties non-occupées de la Charente, du Cher, de la Dordogne, de l'Indre, de l'Indre-et-Loire et de la Vienne)
Angelo Chiappe
(06/02/1944 - 08/1944) Ange Marie Pascal Eugène Chiappe, Préfet régional d’Orléans (Eure-et-Loir, Loiret et Loir-et-Cher et les parties occupées du Cher et de l'Indre). Arrêté à la Libération, il est fusillé le 23 janvier 1945. (1889-1945)
André Fourcade
(10/05/1944 - 06/1944) André Fourcade dit Vergnaud, Commissaire régional de la République de la région de Limoges (Corrèze, Creuse et Haute-Vienne et les parties non-occupées de la Charente, du Cher, de la Dordogne, de l'Indre, de l'Indre-et-Loire et de la Vienne), arrêté par la Gestapo en juin 1944, fusillé à Buzet-sur-le-Tarn le 17 août 1944
Jean-Georges Laporte
(08/1944 - 03/1946) Préfet de l'Indre
Pierre Boursicot
(23/10/1944 - 1946) Commissaire régional de la République de la région de Limoges (Corrèze, Creuse et Haute-Vienne et les parties non-occupées de la Charente, du Cher, de la Dordogne, de l'Indre, de l'Indre-et-Loire et de la Vienne)
André Mars
(1944 - 1946) Commissaire régional de la République d’Orléans (Eure-et-Loir, Loiret et Loir-et-Cher et les parties occupées du Cher et de l'Indre) (1896-1957)
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