La famille Mendels, dont la petite Jacqueline, est protégée au Got, à Mazeyrolles, grâce à la bienveillance et à l'aide du maire, Paul Delpech, le fermier, Marcel Vigié, l'instituteur et sa femme, M. et Mme Lalbat, la postière, le boulanger, leurs voisins et tous les habitants du Got (Mazeyrolles), de septembre 1942 à novembre 1944. En cas de danger, Marcel Vigié cachait M. Mendels dans une cabane.
Le témoignage de Jacqueline, rédigé en vue de la commémoration du 27 juin 2010 pour faire honneur au village Le Got/Mazeyrolles, Dordogne.
Nous avons traversé la ligne de démarcation le 1er aout 1942 vers minuit avec 2 passeurs à Ponteyraud (Dordogne).
Les autorités de Ribérac ont arrêté mes parents, les ont interrogés, et les ont détenus par corps pendant un mois, après quoi, mes parents et nous 2, ma sœur et moi avons eu la permission de résider sous surveillance dans un village à moins de 100kms de Périgueux. Mes parents ont du payer une forte amende.
Les autorités de Sarlat-la-Canéda et de Vichy savaient où nous étions et pouvaient venir nous chercher à tout moment. Donc, mes parents vivaient dans la terreur.
Ma sœur Manuela Mendels, et moi, Jacqueline Mendels, sommes allées à l'école de Mazeyrolles, elle chez Monsieur Lalbat, moi, la petite, chez Madame Lalbat.
Monsieur Delpech nous a accueillis à la gare en septembre 1942. Je pense qu'il était ami de Monsieur Maurial, le propriétaire de la maison en face de la gare, où mes parents avaient loué 2 chambres.
Au début, il y avait de l'électricité, mais dès le début, pas d'eau, pas de toilettes, ma sœur et moi allions chercher de l'eau à la pompe derrière la gare. Il fallait traverser les rails, et j'avais peur.
Paul Delpech a présenté mon père Frits Mendels, à Monsieur Vigié, qui a écrit une lettre disant que Marcel Vigié avait besoin d'un ouvrier agricole pour l'aider. De cette façon, mon père n'a pas été recruté dans le STE, le service des travailleurs étrangers. En tant que juif, il aurait été immédiatement interné.
Paul Delpech a créé des fausses cartes d'identité pour mes parents. En même temps mes parents avaient une carte de circulation temporaire avec le tampon JUIF en lettres rouges. De cette façon, ils pouvaient aller à Villefranche le samedi pour les provisions. Ils risquaient d'être arrêtés à tout moment, s'il y avait un contrôle de pièces d'identité. Ces cartes devaient être renouvelées tous les 3 mois à de Sarlat-la-Canéda.
Il nous prévenait chaque fois qu'il y avait un danger, et nous allions dans les bois. Les Vigié étaient des gens merveilleux. A la Trappe, sur leurs terres, il y avait une cabane et une cave dans laquelle mon père se cachait, quand c'était vraiment dangereux. Paul Delpech a fourni de fausses cartes d'identité à mes parents, mais également des cartes de circulation temporaire pour aller à Villefranche le samedi. Malheureusement ces cartes portaient le tampon JUIF en rouge. Il fallait obéir aux ordres de Vichy.
Ma mère, Ellen Mendels, est devenue enceinte, une naissance terrible. En août 1943, il a fallu la transporter d'urgence à la clinique installée dans le Château de Salomon à Montayral, où le Dr. Boquet lui a sauvé la vie. Mon frère Franklin Mendels, Franklin Roosevelt étant le seul espoir de mes parents. a survécu miraculeusement, et ma mère aussi.
La vie devenait de plus en plus dangereuse, mes parents levaient leur verre chaque dimanche en disant "A dimanche prochain", espérant vivre encore une semaine. Mes parents avaient sur eux des pilules de cyanure, et nous disaient : "si les Allemands viennent, vous prendrez une pilule, vous mourrez tout de suite et vous ne souffrirez pas". Nous avions 9 ans et 7 ans. Le village savait que nous étions Juifs et que nous allions nous suicider si nécessaire. Voilà en quelques phrases notre histoire. Toute notre famille, (mes parents étaient hollandais), fut déportée. Ils ont tous péri.
Nous sommes rentrés à Paris en novembre 1944, l'affaire de mon père qui avait été aryanisée, n'existait plus et mon père a recommencé à zéro. La vie fut très dure pour mes parents, mais nous étions en vie.
Mes parents ont mis des objets au Mont de Piété pour avoir un peu d'argent. Nous allions en ville dans un centre pour avoir des vêtements d'occasion qui venaient d'Amérique. Ma sœur et moi avons obtenu une bourse d'études pendant 4 ans dans une excellente école privée pour rattraper le temps perdu pendant la guerre.