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Paris

Région :
Île-de-France
Département :
Paris

Préfets :
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(1934 - 1940) Achille Joseph Henri Villey-Desmeserets, Préfet de la Seine (1878-1953)
Charles Paul Magny
(13/10/1940 - 19/08/1942) Préfet de la Seine (1884-1945)
François Bard
(14/05/1941 - 01/06/1942) Amiral François Marc Alphonse Bard, Préfet de police de la Seine (1889-1944)
Amédée Bussière
(01/06/1942 - 19/08/1944) Préfet de police de la Seine lors de la rafle du Vél d’Hiv (1886-1953)
René Bouffet
(19/08/1942 - 19/08/1944) Préfet de la Seine. Arrêté et révoqué par la Résistance le 19 août 1944 (1896-1945)
Marcel Pierre Flouret
(1944 - 1946) Préfet de la Seine (1892-1971)
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(1944 - 1947) Préfet de police de la Seine (1903-1947)

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Hélène Niederman

Texte pour ecartement lateral

Paris 75003 Paris
Nom de naissance: Ilona Krausz
Nom d'épouse: Niederman
Date de naissance: 05/12/1900 (Budapest (Hongrie))
Aidé ou sauvé par : - Joseph Gallo - Ludovina Gallo
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Helene-Niederman
Hélène Niederman née Ilona Krausz
source photo : Coll. Yad Vashem
crédit photo : D.R.
Histoire
Ludovina Ghione* était née le 10 août 1914 à Cassinasco, un village du Piémont. Elle est le cinquième des sept enfants de la famille Ghione. Elle a deux sœurs et quatre frères. Peu après sa naissance, son père est mobilisé et ne revient que cinq ans plus tard. Sa mère reste donc seule à la ferme avec ses beaux-parents et cinq enfants (l'aîné est âgé de huit ans). Son beau-père décède quelques mois plus tard et la famille se retrouve dans une situation très critique
Ludovina Ghione*, 16 ans, part travailler à Antibes, logée chez une de ses tantes. Elle est dès lors « placée » dans différentes familles. Son travail est plus difficile que pour une autre car elle ne parle pas le français, mais il lui permet d'envoyer de l'argent à ses parents. 
Sa famille, sur les conseils d'un grand oncle établi dans le Var depuis plusieurs années, vient s'installer à Sclos de Contes où elle prend en charge une métairie.
Ludovina Ghione* continue son travail à Antibes et y fait la connaissance de Joseph Gallo* qui vient lui aussi d'Italie. Joseph est né le 7 mai 1915 à Canelli, dans la province d'Asti, célèbre pour ses vins. Il est le quatrième d'une famille de cinq enfants (une fille et quatre garçons). Il a sept ans lorsqu'il arrive à Antibes avec ses parents qui s'établissent comme restaurateurs. Deux de ses frères travaillent dans le bâtiment et lui devient apprenti boulanger. 
Ludovina* et Joseph Gallo* se marient en 1936.
 
Peu après leur mariage, Joseph Gallo* se retrouve sans travail. Ils essayent alors la floriculture, tandis que parallèlement, Joseph Gallo* commence à travailler dans l'hôtellerie. Il est portier à l'Hôtel du Cap d'Antibes lorsque la crise l'oblige à abandonner l'horticulture. 
Deux de ses frères partent alors pour la Lorraine et ses mines. 
 
Au début de la guerre, son frère aîné est expulsé et retourne vivre en Italie où son épouse, ses deux enfants et son père le rejoignent. La sœur de Joseph Gallo*, mère de deux enfants, décède, et la grand-mère paternelle qui recueillera et élèvera les enfants à Antibes. 
 
Pour fuir les réquisitions du S T O, Joseph Gallo* et un de ses frères se rendent à Sclos de Contes. Ludovina* et leur fils Charles, âgé de 6 ans, les accompagnent. 
La situation n'est pas bien brillante car, vivant dans la clandestinité comme bûcherons, Joseph Gallo* et son frère n'ont plus ni papiers d'identité ni cartes de rationnement. De plus, les jeunes cousins doivent  leur grand-mère à Antibes et viennent également se réfugier à Sclos pendant quelque temps. 
Bienheureusement, les parents de Ludovina* et ses frères participent largement à la subsistance de la famille grâce aux produits de la ferme. 
 
Joseph Gallo* avait adhéré à un réseau comme passeur et agent de liaison entre les Résistances française et italienne. C'est à cette période que Ludovina* et Joseph Gallo* rencontrent les Niederman.
 
Géza Niederman est arrêté à Paris le 16 juillet 1942. Il sera déporté sans retour de Drancy vers Auschwitz le 22 juillet 1942 par le convoi n° 9. Son épouse, Hélène Niederman, née Krausz en 1900 à Budapest, et leurs deux fils, Robert, né en 1935, et Emile, né en 1927, partent se réfugier dans le midi de la France.
En septembre 1943 il faut fuir de nouveau après que les Allemands aient envahis la zone libre. Hélène Niederman et ses deux fils, Robert, 18 ans, et Emile, 16 ans, arrivent de Nice pour rejoindre leur famille et s’installent comme locataires dans une maison voisine de la demeure des Gallo à Contes. 
Les Allemands étendirent la traque contre les Juifs jusqu’à cette localité, y opérant de nombreuses arrestations. 
 
A partir de mars 1944, les Niederman et leurs proches errèrent dans les bois. Robert a témoigné : « Joseph Gallo* nous aida, d’abord pour la nourriture... Ensuite il hébergea ma mère à qui il avait donné son propre lit. Tous les jours il nous apportait de la nourriture… »
 
Malheureusement, Emile sera arrêté parce que juif et déporté sans retour le 30 juin 1944 de Drancy à Auschwitz.
 
La famille Gallo* s'agrandit d'une nouveau bébé. Joseph Gallo* et son frère, recherchés, se réfugient au col de Braüs, dans le haut pays Niçois avec leur famille et exercent le métier de bûcheron jusqu'à la libération. 
Après la Libération, ils retournent à Antibes puis plus tard au Cap d'Antibes, où les Gallo* habitent jusqu'à leur départ en retraite. Entre temps, ils rachètent et rénovent la maison dans laquelle les parents de Ludovina Gallo* ont vécu, à Sclos, à leur arrivée en France. C'est là qu'ils habitent jusqu'au décès de Joseph Gallo*, le 18 octobre 2002. 
 
 
Le 9 aôut 2004, l'institut Yad Vashem de Jérusalem a décerné à Ludovina* et Joseph Gallo* le titre de Juste parme les Nations.
Joseph Gallo* a toujours insisté sur le fait que, s'ils ont pu aider les Niederman, c'est grâce à toute une chaîne de solidarité : dans des secteurs d'activité très divers, un grand nombre de personnes a été impliqué ; tous ces gens ont risqué leur vie et celle de leur famille. 

05/09/2018

[Compléter l'article]

Hélène, une jeune Viennoise au début du XXe siècle

Hélène (Ilona en hongrois) est née à Budapest, le 5 décembre 1900. Son père s'appelait Alexandre Krauz, et sa mère s'appelait Charlotte Bock. Elle était le premier enfant de ses parents. Après elle vinrent Irène et Louis. Son père était bijoutier. Il avait un atelier dans lequel il fabriquait surtout des bagues, car il était spécialisé dans le métier de baguiste. Alexandre et Charlotte étaient très heureux de la naissance de leur fille Hélène. Ils avertirent la grand-mère qui habitait à 500 km de là, dans une petite ville de Slovaquie qui appartenait à la Hongrie à cette époque. La grand-mère fit le voyage pour voir le bébé. Plus tard, on raconta à Hélène que la grand-mère, arriva un soir, et qu'Alexandre, tout heureux de la naissance de sa fille, lui montra l'enfant à la lueur d'une lampe à pétrole et demanda : « Avez-vous déjà vu un aussi beau bébé ? » Hélène s'est toujours plue à rapporter les propos émerveillés de son père. Pendant un an, Hélène et ses parents vécurent à Budapest, puis la famille déménagea pour Vienne. 

A Vienne, Alexandre commença à changer de situation : il n'était plus établi à son compte mais il travaillait comme ouvrier bijoutier dans des ateliers. Il avait quitté Budapest parce que la manière dont on y travaillait ne lui convenait pas. Il se sentait mieux à Vienne où les gens lui paraissaient plus sérieux. Hélène explique : « Ce n'est peut-être pas bien de le dire, mais il trouvait qu'à Budapest, le gens faisaient trop de combines en affaires. Lui était un homme très droit et ça ne lui convenait pas. » Après cinq ans de travail comme ouvrier, Alexandre eut l'occasion de reprendre l'atelier d'un homme âgé qui cherchait un successeur. L'homme lui permit de payer petit à petit, et c'est comme ça qu'Alexandre s'établit à son compte. A propos de son enfance, Hélène raconte : 

« Mon père parlait le hongrois, et il parlait l'allemand aussi. Ma mère parlait le Hongrois et parfaitement l'allemand. En effet, il y avait de écoles religieuses et ma mère avait fréquenté l'école juive où l'on apprenait le hongrois et l'allemand, alors que dans les autres écoles on n'apprenait que l'allemand. On voulait donner aux enfants une instruction plus importante. C'était des écoles privées. Après, au lycée il n'y avait plus de différence, tout le monde fréquentait le même. Ma mère parlait aussi le slovaque parce que la population là où elle habitait était une population de travailleurs, de gens de la campagne qui parlaient le slovaque. C'était la langue du pays, mais en ville on parlait le hongrois. Enfant, je parlais l'allemand, mais par l'oreille j'ai appris le hongrois, et le slovaque aussi quand j'étais toute petite, parce que pendant l'été j'étais chez ma grand-mère en Slovaquie, et elle avait des bonnes qui venaient de la campagne et ne parlaient que le slovaque (et peut-être un peu le hongrois). Alors tout ne le monde ne parlait que le slovaque avec elles et moi j'entendais et j'ai appris un peu. Avec mes parents je ne parlais qu'allemand mais je comprenais le hongrois. Quand ils voulaient dire quelque chose que les enfants ne devaient pas comprendre, ils parlaient hongrois et moi je comprenais tout. Mes parents parlaient souvent hongrois entre eux. Ils ont fait le choix de ne m'apprendre que l'allemand parce que c'était la langue qui était enseignée dans les écoles à Vienne, et qu'ils voulaient que je puisse suivre plus facilement. » 

« Dans ma famille seuls mes grands-parents et ma mère pratiquaient la religion, mon père était parfaitement libre-penseur, moi aussi. Je n'allais pas dans une école juive. J'allais dans une école communale où tous les enfants allaient, comme en France, et il y avait un enseignement religieux obligatoire. Des professeurs venaient dans des classes spécialement aménagées dans lesquelles on amenait les enfants pour qu'il assistent à cet enseignement. Il y avait un prêtre pour les catholiques, un rabbin pour les juifs, et un pasteur pour les protestants. C'était assez libéral. Je ne me sentais pas du tout différente des autres enfants. J'avais des amis de toute confession, indifféremment. Et ça ne posait aucune difficulté. » 

 « J'ai commencé à travailler à Vienne. J'ai fait l'apprentissage de la bijouterie dans l'atelier de mon père, à partir de 14 ans, après l'école, jusqu'à 17 ans, et après j'ai fréquenté une école commerciale. J'ai recommencé l'école à 17 ans. C'est moi qui ai choisi d'aller travailler avec mon père, car c'était la Grande Guerre, mon père était obligé de faire son service militaire et comme j'étais l'aînée, il m'a proposé de rester avec ma mère pour l'aider dan l'atelier et aussi dans le commerce, parc qu'il fallait faire des courses, livrer de la marchandise, faire toutes sortes de courses qui concernaient le métier. C'est pour ça que je n'ai pas continué mes études. On allait à l'école de commerce le matin seulement, donc je pouvais aider ma mère l'après midi, dans le courses et la comptabilité etc. 

« J'avais une soeur, et un frère qui était le plus jeune. Les deux ont fait des études, puisque moi j'aidais ma mère. A Vienne, les années de guerre étaient difficiles. Nous-mêmes n'avions pas trop à souffrir, car mon père faisait son service à la campagne. Il était déjà trop âgé pour aller au front. Donc on l'employait pour ramasser des métaux non ferreux, probablement pour fabriquer des munitions, de choses comme ça. Il avait l'occasion de voir de villageois qui nous apportaient souvent à manger, alors on avait à peu près ce qu'il nous fallait. Mais la population a terriblement souffert. »

« Pendant ces années de guerre, nos relations avec la population autrichienne de souche étaient normales. Nous n'étions pas considérés comme des Hongrois. Autriche et Hongrie étaient le même pays, une seule monarchie dans laquelle nous avions tous les mêmes droits.. A la fin de la guerre il y a eu une révolution et la monarchie a été abolie. »

« L'empereur François Joseph qui était mort en 1916 avait eu pour successeur son neveu Otto. Mais après la guerre, en 1918, la population ne voulait plus d'un empereur, elle voulait un pays démocratique. Le pays était démocratique avant aussi, parce qu'il y avait un parlement, il y avait des députés. Mais les socialistes étaient arrivées au pouvoir et c'en était fini de la monarchie. Mon père était socialiste dans sa jeunesse car la vie d'ouvrier était très dure et il était contre les injustices. Il voulait que tout le monde ait les mêmes droits. Les ouvriers travaillaient 12 ou 14 heures par jour, il n'y avait pas de vacances, on était mal payé. Après la révolution, les Socialistes ont eu la majorité et ont gouverné. C'était démocratique, ça ne fonctionnait pas mal. Il y avait aussi des Chrétiens Socialistes. Leur chef était un homme d'Eglise qui s'appelait Seibel, il était en minorité chez les Socialistes, mais avait tout de même une place. 

« On a fait beaucoup de progrès à cette époque, on avait plus de droits qu'avant. Les Socialistes ont diminué le temps de travail, faisaient beaucoup pour la population, pour les enfants, ils ont créé des écoles maternelles, ce qui n'existait pas avant. La ville de Vienne était un modèle d'administration. Il paraît qu'on est venu de l'étranger pour visiter Vienne et s'inspirer du modèle Viennois. On est venu par exemple d'Uruguay, pour prendre modèle sur nos écoles. » 

« A cette époque la vie culturelle viennoise était intense. Ma mère était très intéressée par la culture. Elle nous a doné l'habitude de lire. C'est elle qui nous aidait à faire nos devoirs pour l'école. Elle nous faisait réciter nos poèmes, etc. Mon père, lui, était socialiste et lisait tous les jours un journal, l'Arbeiterzeitung, qui était un journal d'ouvriers mais aussi d'intellectuels. On pourrait le rapprocher du journal Libération, par exemple. Il était toujours au courant de ce qui se passait. Mes parents étaient curieux, s'intéressaient a l'actualité. 

« Dans mon entourage on aimait beaucoup la musique et le théâtre. C'est mon frère qui m'accompagnait en général. Il avait cinq ans de moins que moi. Il jouait du violon et il aimait aller à l'opéra. Nous y allions presque toujours ensemble, une ou deux fois par semaine. C'était magnifique. On allait au théâtre, il y avait le Burgtheater qui était un peu l'équivalent de la Comédie Française, et le Volkstheater où on jouait aussi des pièces un peu plus faciles. Au Burgtheater on voyait des tradutctions de Molière, de Shakespeare, il y avait de très grands acteurs. Naturellement il y avait des pièce de Goethe, de Schiller, et d'autres. Au Volkstheater, on avait donné par exemple Die Reuber (Les Brigands), l'une des pièces les plu célèbres de Schiller. C'était très intéressant, il y avait des artistes internationaux. A l'opéra on jouait Strauss, mais Johann Strauss était surtout joué au Theater an der Wien, où l'on ne donnait que des opérettes. J'ai de très bons souvenirs de tout cela, c'était très agréable. » 

« A l'opéra j'ai entendu le ténor Leo Slezak, et d'autres dont j'ai oublié le nom. J'ai entendu beaucoup de concerts, avec par exemple Bruno Walter, le gendre de Toscanini. Il y avait de magnifiques pianistes. A Vienne il y avait des salles de concert magnifiques, spécialement construites pour la musique. Tout cela m'a beaucoup manqué quand je suis arrivée à Paris, car autour de moi ça n'intéressait personne. C'est un an plus tard, quand mon frère est arrivé, qu'on a recommencé à aller au théâtre et au concert, et j'ai entendu une fois Furtwängler diriger à Paris. 

« Le dimanche, on allait à la campagne. On faisait des excursions dans la forêt viennoise, c'était très agréable. Mon frère, des amis et moi y passions toute la journée. Il y avait des trains pour y aller, c'était très facile. Les environs de Vienne étaient très beaux. Tout le monde y allait le dimanche. Et l'été on allait aussi au bord du Danube, il y avait des plages. Ma maman nous préparait un casse-croûte, ou bien là-bas on trouvait des saucisses avec de la moutarde ou du raifort. Ce sont mes meilleurs souvenirs, avant de venir à Paris. Là, naturellement, ma vie a changé. »

Hélène arriva en France en 1924, quelques années après la guerre. Naturellement à Paris aussi on en voyait encore les traces, et la ville lui fit une impression assez triste. 

Geza, son futur mari, se trouvait déjà à Paris quand Hélène arriva. Geza Niederman était d'origine hongroise. Il était né à Munkacs le 16 mai 1893. Il était venu à Paris en 1910 parce qu'il exerçait le métier de joaillier et voulait se perfectionner dans ce domaine. Il se plaisait beaucoup à Paris et voulait y rester. Ce n'etait pas une difficulté à l'époque. Il avait tout de suite trouvé un emploi dans un atelier. Il voulait travailler à Paris parce que Paris était célèbre pour la perfection de sa joaillerie, la plus prestigieuse du monde. Geza était un très bon joaillier, de l'avis d'Hélène. 

Quand la guerre éclata, il fut considéré en France comme un ennemi, de même que tous les ressortissants de l'Autriche-Hongrie, car c'était l'Autriche-Hongrie qui avait déclaré la guerre aux côtés de son allié allemand. Geza fut interné en Corse. Les conditions d'internement n'étaient pas les mêmes que pendant la Deuxième Guerre. D'après les souvenirs d'Hélène, Geza et les autres prisonniers étaient rassemblés dans un couvent. Dans ce couvent Geza rencontra un homme qui était ami avec Alexandre, le père d'Hélène. Lorsque la guerre fut terminée, cet homme demanda à Geza, qui s'apprêtait à se rendre visite à sa mère en Autriche-Hongrie, de s'arrêter à Vienne pour apporter un paquet à son ami Alexandre Krausz. Geza accepta car il devait de toute façon traverser Vienne pour se rendre chez sa mère. C'est ainsi que Geza fit connaissance d'Alexandre et de sa fille Ilona, Hélène. Il travailla même quelque temps dans l'atelier d'Alexandre, puis regagna Paris.

Après la guerre, le père d'Hélène envoya sa fille, joaillière, se perfectionner à Paris dans le travail des perles auprès d'un de ses amis, marchand de perles reconnu. Ce marchand engagea tout de suite Hélène comme stagiaire dans son atelier de la rue La Fayette. Elle y apprit le métier d'enfileuse et d'experte en perles. Hélène aime à expliquer combien cette expérience fut enrichissante : à cette époque en effet, les perles de culture n'étaient pas encore vulgarisées. Il fallait donc pêcher les perles fines en pleine mer, dans leur environnement naturel. De ce fait, l'atelier de la rue La Fayette recevait en permanence des gens arrivant des quatre coins du monde : l'Inde, l'Amérique du sud... Tous ces voyageurs apportaient des sacs de perles en vrac que les experts devaient ensuite trier selon leur qualité. Hélène s'y plaisait beaucoup et y passa quelques mois, jusqu'à ce que Geza, qu'elle avait retrouvé à Paris, demande sa main.

Voici comment les choses se passèrent : Hélène rentra à Vienne, accompagnée de Geza qui y demanda sa main à ses parents. Geza regagna ensuite Paris pour y chercher un appartement. Il en trouva un au 37 bld Saint Martin, dans le 3ème arrondissement de Paris1. L'appartement une fois trouvé, Geza envoya un télégramme au père d'Hélène pour lui dire qu'il pouvait venir avec sa fille. Il avait également fait toutes les démarches à la mairie : les deux jeunes gens pouvaient se marier. 

C'est ce qu'ils firent à la mairie du 9ème arrondissement, rue Drouot, après quoi on déjeuna au Café des Anglais, au coin de la rue Drouot et des Grands Boulevards, pour fêter l'événement.

A la fin de la Première Guerre Mondiale, la Hongrie, l'Autriche et tous les autres pays de l'Empire austro-hongrois étaient devenus des États indépendants. A Vienne, désormais capitale de l'Autriche, la famille d'Hélène, d'origine hongroise, avait dû choisir : rester hongroise ou devenir autrichienne. Le père d'Hélène choisit la nationalité autrichienne puisque la famille avait fait toute sa vie en Autriche, et que ses enfants avaient grandi à Vienne. Puis par son mariage, comme le pays d'où venait son mari était devenu la Tchécoslovaquie, Hélène était ensuite devenue tchécoslovaque.

Émigrer à Paris n'avait posé aucun problème. Les autorités françaises acceptaient sans difficulté la venue d'étrangers. Cependant, après son mariage, Hélène demanda la naturalisation française. En effet, en 1925 et 1927, Geza et elle avaient eu deux garçons, Robert et Emile, nés en France. De ce fait, elle pouvait obtenir facilement la nationalité française. Mais les formalités prenaient tout de même du temps, et la guerre les ayant interrompues, ce n'est qu'après la guerre qu'Hélène devint française.

En 1925, Hélène pouvait vivre très tranquillement en France avec la nationalité tchécoslovaque, selon ses propres mots. Mais son mari et elle préféraient devenir français, parce qu'ils avaient les enfants, et souhaitaient pour eux les mêmes droits que pour les autres Français. Robert et Emile allaient à l'école à Paris, et ne connaissaient même pas la langue maternelle de leurs parents. Bien intégrés à la jeunesse de leur quartier, et excellents élèves l'un comme l'autre, ils fréquentèrent l'école communale Montgolfier jusqu'au certificat d'études, puis le lycée Voltaire. 

Tant que ses enfants étaient petits, Hélène passa la plus grande partie de son temps à s'occuper d'eux et de son foyer. Il lui arrivait toutefois régulièrement d'aider son mari, dont l'atelier occupait une pièce de leur appartement. Les services qu'elle lui rendait prenaient souvent la forme d'une course chez un client auquel il fallait livrer un travail. 

Durant cette période, Hélène dit avoir été très heureuse, en particulier auprès de ses enfants et de son mari, ainsi que de tout leur entourage. Elle raconte : « On était bien, on avait notre petite famille, les frères de mon mari étaient à Paris aussi, ils étaient bijoutiers également. C'étaient les oncles de mes enfants, ils vivaient avec nous, on déjeunait ensemble, moi j'étais un peu la mère pour toute la famille. Ils aimaient beaucoup mes enfants, et pendant la guerre on est resté ensemble aussi longtemps que possible. »

Pendant ce temps-là, les membres de la famille restés en Europe de l'Est suivirent des parcours divers, mais beaucoup devaient finalement essayer de fuir vers la France ou l'Angleterre. 

En 1938, après l'Anschluss, le frère d'Hélène, Louis, l'avait rejointe à Paris accompagné de sa femme, connue dans la famille sous le nom de Tante Hélène. Louis était bijoutier-joaillier lui aussi et travailla chez Geza. Dans la famille, on l'appelait Lali. Sa femme entreprit quant à elle de donner des cours de français aux réfugiés. La soeur d'Hélène, Irène, fit des études, et devint professeur d'histoire-géographie à Vienne. Son mari était professeur d'anglais dans une Ecole de Commerce, ils avaient un fils prénommé Otto. Quand la guerre commença et que les Allemands occupèrent le pays, Irène, qui avait cessé de travailler pour s'occuper de son enfant, ne put reprendre l'exercice de sa profession. En outre, son mari souffrait de graves problèmes cardiaques, et quand un Comité juif s'occupant d'envoyer des enfants en Grande-Bretagne (avant que ce pays n'entrât en guerre contre l'Allemagne et ses alliés) se chargea en 1938 d'y conduire leur fils, Irène et son mari ne purent le suivre tout de suite. Irène devait rester auprès de son mari, malade et incapable de voyager. Ce dernier mourut finalement d'une crise cardiaque, « à cause de toutes ces histoires », dit Hélène, et à ce moment, il était déjà trop tard pour Irène : elle ne pouvait plus gagner la Grande-Bretagne. Son fils, neveu d'Hélène, grandit tout seul en Grande-Bretagne, dans des orphelinats et des familles d'accueil où il ne passa pas une enfance heureuse.

     Tout ce petit monde à présent séparé, même si certains étaient parvenus à reconstituer une famille unie à Paris, avait grandi ensemble. « Enfants nous avions été élevés ensemble, moi et mes cousins, comme des frères et soeurs. A Trencin nous rencontrions à chaque vacances ma cousine de Budapest, Ella. », explique Hélène, qui évoque très souvent les deux mois de vacances qu'elle passait chaque année à Trencin, en Slovaquie, chez sa grand-mère. Ces vacances restent semble-t-il un des souvenir les plus joyeux de son existence. 

Trencin était au début du 20ème siècle une très jolie petite ville de province, bien différente de la ville industrielle qu'elle est devenue. Hélène raconte que sa grand-mère y avait une petite maison qui donnait sur la rue, et devant laquelle se trouvaient un tilleul ainsi qu'un petit banc où les enfants s'amusaient avec d'autres enfants du voisinage. Ils allaient aussi se promener dans la forêt. « C'était les Carpates. On montait aussi haut qu'on le pouvait. C'était magnifique. Le soleil et la lumière étaient magnifiques. Enfants, nous étions très heureux ensemble ».

Hélène entretint des relations suivies avec sa famille durant les années 30, mais elle ne retourna à Vienne qu'une seule fois, en 1937, avec ses enfants. Il eût été coûteux et compliqué pour elle de faire ce voyage plus souvent, car il fallait vingt-quatre heures pour aller de Paris à Vienne.

Elle dit s'être très vite adaptée à la France, dont elle parlait déjà la langue en arrivant. Dès l'enfance, ses parents lui avaient fait donner des leçons particulières de français. Parler des langues étrangères, et notamment le français, faisait partie de l'instruction. On apprenait aussi l'anglais, mais le français avait la préférence des intellectuels viennois qui croyaient profondément dans l'idéal français résumé par la formule « liberté, égalité, fraternité ». Napoléon inspirait également une immense admiration. 

Hélène avait donc choisi un pays pour lequel elle avait une attirance particulière. Elle avoue aujourd'hui avoir ressenti une certaine déception face au peu d'ouverture témoigné par les Français envers les communautés immigrées. Les « Français de souche », selon son expression, étaient pour la plupart courtois, mais n'avaient pas l'habitude de se mélanger aux étrangers, et ne les fréquentaient pas. Les voisins avec lesquels les Niederman avaient des relations étaient tous d'origine étrangère : en-dessous de chez eux, des Juifs polonais, au-dessus une famille juive qui venait de Roumanie. Avec les autres, les échanges se limitaient au bonjour dans l'escalier, ce qu'ils regrettaient un peu. Cependant, leurs enfants étaient dans une situation différente, car ils étaient scolarisés à Paris, et en étaient donc venue à fréquenter naturellement des enfants de familles françaises. 

Dans les premiers moments de sa vie à Paris, Hélène a parfois regretté l'Autriche et la Hongrie. Elle voyait peu de monde en dehors de son mari qui travaillait beaucoup. 

Toutefois, Hélène a le souvenir d'avoir pris « beaucoup de bon temps » avec lui, en fréquentant régulièrement les théâtres, les salles de concert et les cinémas parisiens. Ils sortaient chaque fois qu'ils en avaient le temps : ils allaient au cinéma toutes les semaines, mais aussi au Petit Casino, où de nombreux artistes firent leurs débuts, et dans bien d'autres salles célèbres. 

Geza aimait beaucoup les spectacles de Music-Hall. Il était arrivé en France bien avant la guerre, et la vie culturelle parisienne lui était déjà familière quand Hélène l'épousa. 

C'est au Gaumont Palace, célèbre cinéma, qu'ils virent pour la première fois un film parlant, Le pêcheur de perles.

Nous sommes toujours dans les années 30. Par les membres de leur famille restés en Europe de l'Est, les Niederman étaient informés des grosses difficultés que commençaient à rencontrer les Juifs là-bas. Mais Hélène explique qu'ils n'étaient pas tellement conscients de ce qui allait se passer, d'autant que, directement ou non, ils avaient parfois dans leur jeunesse vécu des incidents isolés, ou essuyé des mouvements d'hostilité qu'ils avaient toujours jugés marginaux . 

Hélène raconte : « Déjà en 1919, quand on faisait des promenades avec mon frère dans la montagne il y avait des écriteaux où l'on pouvait lire « Juden inhaus » [Juifs dehors]. Ça avait déjà commencé, mais on ne pouvait pas imaginer les proportions que ça prendrait. Il se passait des choses anormales, il existait une propagande. Mais qui a pu imaginer que des cruautés pareilles se produiraient ? Surtout qu'on était libres. Il y avait des antisémites, peut-être un peu plus virulents qu'ailleurs [Hélène évoque Karl Lueger, maire de Vienne bien connu pour ses positions pro-nazies], mais sans commettre d'excès. Ils pouvaient vous insulter éventuellement, mais alors l'insulte antisémite leur échappait au cours d'une querelle dont le point de départ n'était pas le racisme. Enfant, je n'ai jamais eu à me plaindre de problèmes de racisme. J'avais des copines catholiques, juives, aucune différence. Lors d'un séjour à l'hôpital, j'étais dans une chambre de quatorze enfants ; il y avait un panneau où figuraient des renseignements sur nous, parmi lesquels notre religion, j'étais la seule juive. Aucune fille n'aurait osé me faire la moindre remarque, jamais, et si l'une d'elles l'avait fait, elle aurait été réprimandée par les soeurs qui travaillaient dans cet hôpital. Ces choses étaient impensables. Je ne vais pas dire avec ça que les Nazis n'ont pas trouvé beaucoup d'amis là-bas. Il y avait énormément de gens qui étaient pour eux, mais c'est plus tard que ça s'est développé. Ça a commencé après la première guerre mais on n'en sentait pas encore l'effet. »

Ce qu'Hélène nous explique, c'est, semble-t-il, que l'antisémitisme auquel elle avait pu être confrontée dans son enfance n'était pas généralisé, mais utilisé ponctuellement par certains pour insulter ou discréditer des personnes qu'ils n'aimaient pas ou auxquelles un différend les opposait. Plusieurs fois, elle dira que cet antisémitisme n'était pas « du racisme », affirmation déconcertante sur laquelle on aurait aimé pouvoir l'interroger plus, mais dont on entrevoit le sens : ce n'est pas une communauté entière qui était visée par les mots ou actes antisémites qui étaient prononcés ou accomplis, mais une personne dont l'adversaire prenait pour cible l'origine religieuse, sans pour autant s'en prendre à l'ensemble des Juifs par ailleurs. Ces explications plutôt inattendues nous permettent vraisemblablement de percevoir la manière progressive, diffuse, insidieuse dont des idées déjà inacceptables se sont installées dans la société et dans les moeurs, au point que les Juifs eux-mêmes ont appris à vivre avec en les minimisant. 

A Vienne, Hélène pouvait croiser des gens venant de toutes les communautés qui formaient cet Empire austro-hongrois aux frontières si changeantes. Autant de mélanges culturels et d'abord linguistiques, qui se faisaient en parfaite harmonie selon elle. Il y avait parfois quelques moqueries, envers certaines tournures de langues ou certains accents, mais toujours sur un ton amical et dans le but de plaisanter.

Une partie de l'actuelle Pologne, la Galicie, appartenait à l'Empire, et on y parlait l'allemand comme partout, même si bien sûr les langues locales subsistaient. Les enfants qui habitaient l'actuelle Pologne recevaient à l'école le même enseignement que les petits Viennois ou les petits Slovaques. Hélène, feuilletant un livre, montre à son interlocuteur des photographies sur lesquelles on voit, semble-t-il, de jeunes écoliers polonais. Elle fait remarquer : « Vous voyez ces enfants qui allaient dans une école religieuse, ils étaient déjà parfaitement émancipés, il s'habillaient comme tout le monde, il n'y avait pas de traditions arriérées. » Elle nous renvoie de son pays l'image qu'elle en garde au fond d'elle depuis son adolescence, celle d'un Empire civilisé et raffiné, ouvert à la modernité et au monde extérieur, un Empire où les enfants d'artisans prennent des cours particuliers pour apprendre les langues vivantes, où il y a un piano dans chaque foyer, où la vie intellectuelle est foisonnante... 

Comme elle le répète souvent, Hélène menait une vie de famille heureuse en France depuis 1924, avec les soucis, les peines et les joies de n'importe quelle famille. Elle se souvient par exemple que ses enfants allaient aussi souvent que possible respirer l'air de la campagne en Normandie, à Verneuil-sur-Avre, chez leur oncle Hugo qui les aimait beaucoup. 

Bien sûr, les effets de la crise de 1929 s'étaient faits violemment sentir, et avaient considérablement affecté les affaires de Geza et Hélène, mais ils continuèrent à travailler tant bien que mal, les enfants poursuivirent leurs études au Lycée Voltaire, et la vie suivit son cours. L'arrivée du gouvernement de Front-Populaire en 1936 s'accompagna d'une reprise économique pleine de promesses. Hélène garde de la fin des années 30 le souvenir d'une période agréable, au cours de laquelle toute la famille vécut heureuse à Paris. Par-delà les petits soucis du quotidien, pour Geza et elle, la chose la plus importante était le bien-être de leurs enfants.

A partir de 1938 étaient arrivés à Paris le frère d'Hélène accompagné de son épouse, et en 1939, c'est leur cousin Andy qui les rejoignait, fuyant Prague à après l'occupation de la Tchécoslovaquie par les Allemands. 

Lorsque la guerre éclate, en septembre 1939, les Niederman inscrirent leurs enfants au collège de Verneuil-sur-Avre, où ils furent internes, respectivement en classes de 5ème et de 3ème. Mais lors de la débâcle, ils rentrèrent à Paris, et en juin 1940, les Niederman cherchèrent comme tout le monde à fuir Paris désormais occupée par l'armée allemande. C'était l'exode. 

Là, malgré la panique ambiante, Geza parvint à se procurer une voiture d'occasion, et la famille quitta Paris. Il y avait Hélène et Geza, leurs deux fils, le cousin Andy, Tante Hélène (belle-soeur d'Hélène), et Tante Elly (belle-soeur de Geza). Lali, l'époux de Tante Hélène, était absent car interné à cette époque dans le camp de Meslay-du-Maine, sa nationalité autrichienne faisant de lui « le ressortissant d'un pays ennemi ». Explication bien ironique, quand on sait comment cette Autriche « ennemie de la France » considérait à la même époque ses ressortissants Juifs. « L'adage " les ennemis de mes ennemis sont mes amis " ne fonctionnait pas à l'époque », comme me l'expliquait récemment Robert. 

Dans leur voiture, les Niederman se dirigèrent vers Orléans, pour échapper aux Allemands. Hélène raconte : « Quand nous sommes sortis de Paris, à la porte d'Italie, il y avait la police qui arrêtait la circulation, et on nous a dirigés vers la porte de Choisy. Robert, qui ne voulait pas venir avec nous dans la voiture, était parti à bicyclette, et avait donné un rendez-vous à mon mari à la mairie d'Etampes, mais nous n'y sommes jamais arrivés. Nous n'avions plus d'essence, nous avons été obligés de laisser la voiture. Je ne sais pas comment Robert est arrivé à Etampes, mais nous, nous avions été obligés de nous arrêter. C'est le propriétaire d'une petite villa qui nous a laissés entrer pour la nuit. Nous avions perdu Robert et mon mari était très inquiet. Mais quand nous étions encore dans la voiture, nous avions croisé un camion qui transportait de la glace, et il y avait un vélo dessus. Mon cousin Andy a demandé au chauffeur du camion s'il pouvait lui prêter ce vélo, le chauffeur a accepté et mon cousin est parti pour Etampes, à la recherche de Robert. 

Il y avait à Etampes une auberge de jeunesse où les scouts descendaient, et c'est là-bas qu'il l'a trouvé. Ils avaient chacun une bicyclette. 

La maison où nous nous étions arrêtés avec la voiture s'appelait la « Petite Folie ». Quand nous y sommes arrivés mon mari est lui aussi parti à la recherche de Robert.

A la « Petite Folie », on nous avait dit qu'on distribuait de l'essence à la mairie, alors pendant que mon mari n'était pas là, je suis allée avec Emile, munie d'un bidon, chercher de l'essence. Quand mon mari est revenu on a continué avec la voiture jusqu'à Etampes pour chercher Robert mais on ne l'a pas trouvé, alors on est allé jusqu'à l'auberge de jeunesse. On y est arrivé à peu près vers 7h du soir, nous avons trouvé un petit mot écrit par Robert et mon cousin, qui disait : « Comme les Allemands avancent nous avons décidé de partir pour Bordeaux ». Alors nous pensions qu'ils étaient partis. Et comme nous étions une famille, la directrice de l'auberge de jeunesse nous donna une chambre. En fait Robert et mon cousin étaient présents cette nuit-là dans la même maison, un étage plus haut. Ils dormaient dans une salle commune. Mais je ne l'ai appris qu'après, je ne pouvais pas le savoir. On ne s'est pas revus le lendemain. A notre réveil, nous sommes repartis. En route, de nouveau on a manqué d'essence et on a laissé la voiture. Les Allemands étaient déjà dans Orléans et nous n'avons pas continué. Notre voiture était inutilisable, alors on a dû la laisser sur le bord de la route et on a continué à pied. Il y avait un exode terrible des deux côtés, ceux qui arrivaient du front et ceux qui arrivaient de Paris. Du front, arrivait une voiture à cheval, certainement volée par un soldat, et qui était pleine d'épicerie. Ma belle-soeur a arrêté cet homme en uniforme et lui a demandé s'il pouvait la prendre, parce qu'elle ne pouvait plus marcher. Il était gentil, il a dit oui. Mon mari, le pauvre, était cardiaque, alors on a demandé à l'homme s'il pouvait nous prendre aussi et il nous a pris. Quand nous sommes revenus à Paris, pendant un mois je suis allée partout où on pouvait aller pour avoir des renseignements à propos de Robert, mais il n'y en avait pas.  »

Robert avait continué sa route vers Bordeaux, avec Andy. Au bout d'un mois, Hélène reçut des nouvelles de Robert par une personne qui arrivait de là où il se trouvait. Avec Andy, il avait gagné Agde, où se tenait le régiment tchécoslovaque. Les Tchèques avaient envoyé en France un régiment qui était destiné à combattre en Angleterre. Les deux frères de Geza se trouvaient là-bas aussi. Alors la Tante Elly, épouse de l'un d'entre eux, parvint à prendre un dernier train pour Agde, afin d'y rejoindre son mari. Elle y retrouva Robert qui resta quelque temps avec elle à Agde. Un jour, Hélène entendit qu'on montait l'escalier de l'immeuble, et elle dit à son mari : « Robert est là ». Hélène l'avait reconnu à son pas. Tout cela se passait en 1940. 

Cette même année 1940, au mois d'octobre, l'atelier de bijouterie-joaillerie des Niederman fut « aryanisé » et administré par un gérant nommé d'office. C'est également à cette période qu'on demanda aux Juifs de se déclarer au commissariat. Robert refusa de la faire, parce que pour lui c'était « se jeter dans la gueule du loup ». 

Pour n'avoir pas participé au recensement, Robert reçut en novembre 1941 une convocation de la police, qui lui demandait de se présenter au commissariat du 3ème arrondissement. Hélène raconte : 

« Quand j'ai vu ça, naturellement, je suis allée au commissariat moi-même, et j'ai dit : « Je regrette, il n'est pas là, je ne sais pas où il est, il est parti ». L'employé était quelqu'un de bien, il m'a dit : « Heureusement pour vous, c'est bien, parce qu'on ne sait pas ce qui arrivera aux gens qu'on appelle. » C'était organisé par la Préfecture, il y avait les listes de tous les Juifs de Paris. Il faut dire qu'on avait été tellement idiots... Il avait fallu se présenter au commissariat, où l'on nous mettait un tampon « Juif » sur la carte d'identité. On s'était présentés nous-mêmes pour être en règle... Vous vous rendez-compte si on était idiots... Toute la famille s'était présentée sauf Robert, mais on a quand-même reçu la convocation parce que la préfecture avait les listes. C'est pour ça qu'on a fait partir Emile, qui n'est plus allé à l'école, mais est resté avec mon beau-frère et ma belle-soeur à Verneuil. Son ami B., qui est maintenant avocat, était là-bas aussi ». 

Second départ de Robert pour la zone libre

Quant à Robert, qui ne s'était pas présenté au commissariat, il lui fallut fuir. Hélène explique comment les choses se passèrent : « Mon beau-frère Marcel était resté dans le midi à Nice, et on a expédié Robert là-bas avec un passeur. J'avais une amie qui connaissait un passeur. C'était terrible. On est allé à la gare d'Austerlitz, il y avait plein de policiers, c'était en novembre 1941. Le mari de mon amie et Robert devaient passer avec le même passeur. On était nous-mêmes en danger. Finalement ce passeur est arrivé, lui aussi se méfiait de la police. Ils ont enfin pu prendre le train et c'est à Mont-de-Marsan qu'ils ont franchi la frontière, la ligne de démarcation. 

« Qui était ce passeur ? Je ne le sais pas. On ne connaissait pas les gens, on l'avait seulement présenté à mon amie. C'est ainsi que les choses se passaient, l'un donnait une adresse à l'autre, et ensuite on s'en remettait à notre bonne fortune. On ne savait rien. Tout était risqué. 

« Dans le village où il emmenait les gens, il y avait un bistrot où les gens se rassemblaient par groupes de cinq ou six, puis traversaient une forêt qui aboutissait à la zone libre. Là-bas on ne les arrêtait pas à l'époque, et la population était assez compréhensive, on leur a montré où prendre le train et ils sont allés à Nice.  »

A Nice, hébergé par son oncle Marcel, Robert fut immédiatement inscrit au lycée du Parc Impérial, en classe de Première. En juin 1942, il passa son premier baccalauréat et partit ensuite en vacances près de Lyon, chez son oncle Lali, le frère d'Hélène. Lali avait d'abord été interné au camp de Meslay-du-Maine en raison de sa nationalité autrichienne, puis le camp avait été déplacé au fur et à mesure de l'avancée des Allemands et finalement, Lali s'était retrouvé à Bogharie, en Algérie, d'où il était rentré en 1941 pour rejoindre Tante Hélène à Lyon. Quand Robert se rendit chez eux pour les vacances en juin 1942, Lali et sa femme étaient toujours autrichiens et vivaient pour cette raison en résidence surveillée, dans une situation très précaire. Robert, de nationalité française, n'était pas inquiété. Alors qu'il n'avait que dix-sept ans, c'est lui qui organisa en juillet la

05/09/2018
Auteur : Hélène Niederman

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Etoile jaune: le silence du consistoire centrale , Mémoire ou thèse 7 pages, réalisation 2013
Auteur : Thierry Noël-Guitelman - terminal
Lorsque la 8e ordonnance allemande du 29 mai 1942 instaure l'étoile jaune en zone occupée, on peut s'attendre à la réaction du consistoire central. Cette étape ignoble de la répression antisémite succédait aux statuts des juifs d'octobre 1940 et juin 1941, aux recensements, aux rafles, aux décisions allemandes d'élimination des juifs de la vie économique, et au premier convoi de déportés pour Auschwitz du 27 mars 1942, le consistoire centrale ne protesta pas.


Liens externes [Ajouter un lien vers un article d'intérêt ou un site internet]
1 Juifs en psychiatrie sous l'Occupation. L'hospitalisation des Juifs en psychiatrie sous Vichy dans le département de la Seine (Par une recherche approfondie des archives hospitalières et départementales de la Seine, l'auteur opère une approche critique des dossiers concernant des personnes de confession juive internées à titre médical, parfois simplement préventif dans le contexte des risques et des suspicions propres à cette période. La pénurie alimentaire est confirmée, influant nettement sur la morbidité. Ce premier travail sera complété par un examen aussi exhaustif que possible des documents conservés pour amener une conclusion. )
2 Héros de Goussainville - ROMANET André (Héros de Goussainville - Page ROMANET André )
3 Notre Dame de Sion : les Justes (La première religieuse de Sion à recevoir ce titre en 1989 est Denise Paulin-Aguadich (Soeur Joséphine), qui, à l’époque de la guerre, était Ancelle. Depuis, six autres sœurs de la congrégation, ainsi qu’un religieux de Notre-Dame de Sion ont reçu la même marque de reconnaissance à titre posthume. Ils ont agi à Grenoble, Paris, Anvers, Rome. L’action de ces religieuses et religieux qui ont sauvé des Juifs pendant la deuxième guerre mondiale mérite de ne pas être oubliée. Et il y en a d’autres, qui, même s’ils n’ont pas (encore ?) reçu de reconnaissance officielle, ont œuvré dans le même sens, chacun à leur place. )
4 L'histoire des Van Cleef et Arpels (Blog de Jean-Jacques Richard, très documenté. )
5 Résistance à la Mosquée de Paris : histoire ou fiction ? de Michel Renard (Le film Les hommes libres d'Ismël Ferroukhi (septembre 2011) est sympathique mais entretient des rapports assez lointains avec la vérité historique. Il est exact que le chanteur Selim (Simon) Halali fut sauvé par la délivrance de papiers attestant faussement de sa musulmanité. D'autres juifs furent probablement protégés par des membres de la Mosquée dans des conditions identiques.
Mais prétendre que la Mosquée de Paris a abrité et, plus encore, organisé un réseau de résistance pour sauver des juifs, ne repose sur aucun témoignage recueilli ni sur aucune archive réelle. Cela relève de l'imaginaire. )
6 La Mosquée de Paris a-t-elle sauvé des juifs entre 1940 et 1944 ? une enquête généreuse mais sans résultat de Michel Renard (Le journaliste au Figaro littéraire, Mohammed Aïssaoui, né en 1947, vient de publier un livre intitulé L’Étoile jaune et le Croissant (Gallimard, septembre 2012). Son point de départ est un étonnement : pourquoi parmi les 23 000 «justes parmi les nations» gravés sur le mémorial Yad Vashem, à Jérusalem, ne figure-t-il aucun nom arabe ou musulman ?
Il mène une enquête, cherche des témoins ou des descendants de témoins, évoque la figure de Si Kaddour Ben Ghabrit, directeur de l’Institut musulman de la Mosquée de Paris de 1926 à 1954, fait allusion à d’autres personnages qu’il a rencontrés, et plaide pour une reconnaissance mémorielle d’actes de solidarité, de sauvetage, de juifs par des musulmans durant cette période. Et pour leur reconnaissance et inscription sur le mémorial de Yad Vashem.
Cet ouvrage est fréquemment mentionné par voie de presse, avec force sympathie. Mais… rares sont les critiques, positives ou négatives, réellement argumentées. On a le sentiment que ce livre est légitime, généreux, qu’il "tombe" bien en cette période.
C'est ce que le sociologue américain Merton avait repéré dans les phénomènes d'identification et de projection même si le rapport à la réalité est totalement extérieur. Aujourd'hui, l'Arabe musulman, sauveteur de juifs, devient un type idéal auxquels de nombreux musumans ont envie de croire. La réalité n'est pas celle-ci, mais peu importe ! On reproduit la quatrième de couverture du livre (qu'on n'a pas lu), on ose quelques citations d’extraits… Mais personne ne se hasarde à une évaluation de la validité historique de sa teneur. )
7 Paroles et Mémoires des quartiers populaires. (Jacob Szmulewicz et son ami Étienne Raczymow ont répondu à des interviews pour la réalisation du film "Les garçons Ramponeau" de Patrice Spadoni, ou ils racontent leur vie et en particulier leurs actions en tant que résistants. On peut le retrouver sur le site Paroles et Mémoires des quartiers populaires. http://www.paroles-et-memoires.org/jan08/memoires.htm. (Auteur : Sylvia, Source : Canal Marches) )
8 Les grands entretiens : Simon Liwerant (Témoignage de Simon Liwerant est né en 1928. Son père Aron Liwerant, ouvrier maroquinier né à Varsovie, et sa mère Sara née Redler, seront arrêtés et déportés sans retour. )

Notes

- 1 - La famille Niederman vivait dans un appartement du 37 bld Saint Martin, Paris 3ème, où Geza avait installé son atelier de bijouterie-joaillerie. L'immeuble possédait (et possède toujours) une entrée secondaire au 44 rue Meslay. Hélène y a vécu de 1924 à 1997, avant que son grand âge ne la pousse à rejoindre son fils Robert en Amérique du Sud.

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