Victor* était un commerçant retraité et Clémentine* avait été pendant 30 ans employée de maison chez Edmond et Marguerite Bernard et leur fille Germaine, née le 2 janvier 1901 à Paris.
Edmond Bernard était le frère de Bernard Lazare.1
Germaine est traductrice en anglais et en allemand. En 1930, elle épouse Abraham Cherchevsky, né le 6 mars 1901 à Hébron (Palestine), qui est journaliste. La famille d'Abraham, originaire de Lituanie, avait émigré en Palestine au milieu du XIXe siècle. Abraham vécut sa petite enfance à Jérusalem et la famille arriva à Paris vers 1910 où il fut scolarisé à l’école Lucien de Hirsch.
Abraham avait obtenu la nationalité française en 1924.
Germaine et Abraham Cherchevsky furent mariés religieusement par le rabbin Henri Schilli le 9 décembre 1930 à la synagogue de la rue Chasseloup-Laubat, à Paris.
Abraham et Germaine Cherchevsky habitaient 6, rue Voisembert à Issy-les-Moulineaux avec leurs trois filles, Ève Line, née le 30 mars 1932, Sylvie, née le 5 mars 1935 et Mireille, née le 9 mars 1938 à Issy-les-Moulineaux.
En 1938, Abraham avait créé un petit journal juif bimensuel, Grégoire, en hommage au curé d’Embermesnil, membre de la Convention, qui soutint la cause de l’émancipation des Juifs. Il ne publia que cinq numéros, le premier datant du 15 novembre 1938 et le dernier du 30 mars 1939…
Abraham et Germaine durent quitter leurs fonctions en raison des ordonnances allemandes de 1941 interdisant aux Juifs la plupart des emplois et travaillèrent au service administratif des maisons d'enfants de l'UGIF. Ils dirigent des maisons d'accueil à Montreuil et à Neuilly.
Entre 1940 et 1941, fuyant l’invasion allemande, comme beaucoup de familles, ils quittent la région parisienne et séjournent dans différentes villes, notamment en Eure-et-Loir, puis à Royan.
Abraham et Germaine Cherchevsky soucieux de mettre leurs enfants à l'abri, envoient deux de leurs trois filles, Ève Line, 11 ans, et Sylvie 8 ans, sous le nom de "Bernard" en pension à Levroux chez Clémentine* qui les avait vu naître.
Elles arrivèrent le 1er juillet 1943 pour des retrouvailles joyeuses et furent choyées par Clémentine et Victor.
Le 31 juillet 1943, Germaine Cherchevsky née Bernard, est arrêtée lors d'une rafle dans les locaux de l'UGIF. Âgée de 42 ans, elle sera déportée sans retour le 2 septembre 1943 par le convoi n° 59 de Drancy vers Auschwitz.
Après l’arrestation de Germaine, Abraham dut cacher la petite Mireille dans une famille à la campagne près de Dijon, contre le versement d'une pension. Victor* et Clémentine Couagnon*, acceptent bien volontiers de garder Ève Line et Sylvie chez eux.
À la rentrée scolaire, en octobre 1943, elles sont inscrites à l’école du village.
Les enfants poursuivent l'été à Levroux, sans connaître le sort de leur mère et sont très heureuse de rester chez Victor* et Clémentine Couagnon*.
Abraham se cache à Paris chez une amie rue du Mail, sans sortir. Sa cachette est située à 300 mètres du commissariat aux questions juives. Mais le mardi 11 avril 1944, il sort de sa cachette et est repéré par un collabo2. Il est pris dans un contrôle d'identité et arrêté à son tour. A 43 ans, Abraham sera déporté sans retour le 15 mai 1944 par le convoi n° 73 à destination des Pays Baltes, à Kaunas en Lituanie et à Reval (aujourd'hui Tallinn) en Estonie.
Ève Line et Sylvie mènent une une vie insouciante et paisible, soignées avec tendresse par leurs protecteurs et ne manquent de rien, mangeant les légumes du jardin, le raisin et les fruits de la vigne, les poulets et les lapins, le lait et le beurre frais...
Après l’arrestation de leur père, un cousin est arrivé de Paris tandis que Ève Line et Sylvie sont à l’école. Il fut alors décidé que les petites quitteraient Victor* et Clémentine Couagnon* pendant quelques jours, pour le cas où les Allemands les rechercheraient.
C'est ainsi qu'elles partent en carriole passer quelques semaines dans une ferme, à quelques kilomètres de Levroux, au milieu des animaux et des travaux agricoles, sans retourner à l’école.
Lorsque l’alerte fut passée, Ève Line et Sylvie reviennent à Levroux et y resteront jusqu’en décembre 1944.
Un peu avant Noël 1944, leur grand-père maternel et leur tante décident de faire rentrer les Ève Line, Sylvie et Mireille à Paris. Ils accueillent chez eux, leurs trois petites-filles désormais orphelines. La plus jeune avait été cachée pendant un an dans une famille à qui son père l’avait confiée, mais y avait été malheureuse.
Lorsque l’alerte fut passée, Ève Line et Sylvie, quant à elles, quittent à regret Victor* et Clémentine Couagnon* qui les avaient gardées dix-huit mois. Ève Line dira : "aussi paradoxal que cela puisse paraître à première vue - la période la plus heureuse de toute mon existence. Je n’avais jamais réalisé, jusqu’à ces toutes dernières années, et plus encore ces dernières semaines, en apprenant l’histoire personnelle de chacun de mes "cousins" des voyages de la mémoire en Lituanie, à quel point ces braves gens nous avaient sauvé la vie, à ma sœur et à moi".
Leur tante devint leur tutrice. Entrée très tôt dans la Résistance, elle reçut la Médaille de la Résistance et la Croix de guerre 1939-1945. Elle élèvera les trois fillettes de sept, dix et treize ans avec beaucoup de tendresse et de dévouement.
Lorsque les jeunes filles quittent son foyer, elle continuera à venir en aide à chacune d'elles trois, d’une manière ou d’une autre, chaque fois que ce fut nécessaire.
En 1952, Ève Line, essayiste et historienne, rencontre André Blum, né le 22 septembre 1928, qui deviendra son mari l’année suivante. Sylvie épousera Jean Legrand, né le 29 novembre 1937, et Mireille épousera Jean-Noël Gurgand, né en 1936.
C'est encore leur tante qui s'occupera des onze enfants de ses trois nièces lorsque, devenus adolescents, ils connurent des difficultés. Elle décèdera au mois de mai 1997, à l’âge de quatre-vingt-treize ans.
Tardivement, en 1998, Ève Line demande pour eux la Médaille des Justes. "J’ai dû rechercher des témoins de l’époque où j’étais cachée à Levroux, dans ce Berry accueillant, et j’ai retrouvé, cinquante ans après les avoir perdues de vue, quelques camarades de classe qui ont accepté volontiers de m’apporter leur concours. Que Jeanne, Monique, et Jean-Paul, au nom de Françoise, en soient ici remerciés, ainsi qu’Alain, qui recevra la médaille au nom de sa grand-tante et de son grand-oncle, Victor* et Clémentine Couagnon*, mes sauveteurs".
Chronologie[Ajouter]
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Témoignages, mémoires, thèses, recherches, exposés et travaux scolaires [Ajouter le votre]
- 1 - Bernard Lazare (1865-1903), né Lazare Bernard, il fut le premier Juif qui se leva pour défendre le capitaine Alfred Dreyfus, proclamer son innocence et exiger sa réhabilitation.
- 2 - André H., 35 ans, sera condamné deux fois par contumace à la peine de mort (en 1944 et en 1949) pour trahison ou intelligence avec l’ennemi, s’était enfui en Allemagne en août 1944 et s’était présenté, libre, le 16 février 1955, devant le Tribunal Permanent des Forces Armées de Paris. Il a été acquitté en 1957.
Raoul Grimal
(Mai 1938 - Juin 1940) Préfet de l'Indre
Léon Gonzalve
(06/1940 - 09/1940) Préfet de l'Indre
Jacques Moranne
(25/06/1940 - 1942) Jacques Alexandre Moranne, Préfet régional d’Orléans (Eure-et-Loir, Loiret et Loir-et-Cher et les parties occupées du Cher et de l'Indre) (1901-1982)
René Faugère
(09/1940 - 09/1940) Préfet de l'Indre
Raoul Grimal
(09/1940 - 08/1941) Préfet de l'Indre
André Jacquemart
(08/1941 - 08/1944) Préfet de l'Indre
Pierre Berger
(1941 - 1942) Pierre Jean Berger, Préfet de la région de Limoges (Corrèze, Creuse et Haute-Vienne et les parties non-occupées de la Charente, du Cher, de la Dordogne, de l'Indre, de l'Indre-et-Loire et de la Vienne)
Antoine Lemoine
(01/05/1942 - 1943) Antoine Jean Marcel Lemoine, Préfet de la région de Limoges (Corrèze, Creuse et Haute-Vienne et les parties non-occupées de la Charente, du Cher, de la Dordogne, de l'Indre, de l'Indre-et-Loire et de la Vienne)
Jacques Bussière
(25/11/1942 - 1944) Jacques Félix Bussière, Préfet régional d’Orléans (Eure-et-Loir, Loiret et Loir-et-Cher et les parties occupées du Cher et de l'Indre). Arrêté, interné au camp de Compiègne puis déporté en Allemagne, il mourra en déportation (1895-1945)
René Rivière
(Jan. 1943 - 1943) René Édouard Rivière, Préfet de la région de Limoges (Corrèze, Creuse et Haute-Vienne et les parties non-occupées de la Charente, du Cher, de la Dordogne, de l'Indre, de l'Indre-et-Loire et de la Vienne)
Marc Freund-Valade
(11/09/1943 - 10/05/1944) Marc Paul Freund dit Freund-Valade, Préfet de la région de Limoges (Corrèze, Creuse et Haute-Vienne et les parties non-occupées de la Charente, du Cher, de la Dordogne, de l'Indre, de l'Indre-et-Loire et de la Vienne)
Angelo Chiappe
(06/02/1944 - 08/1944) Ange Marie Pascal Eugène Chiappe, Préfet régional d’Orléans (Eure-et-Loir, Loiret et Loir-et-Cher et les parties occupées du Cher et de l'Indre). Arrêté à la Libération, il est fusillé le 23 janvier 1945. (1889-1945)
André Fourcade
(10/05/1944 - 06/1944) André Fourcade dit Vergnaud, Commissaire régional de la République de la région de Limoges (Corrèze, Creuse et Haute-Vienne et les parties non-occupées de la Charente, du Cher, de la Dordogne, de l'Indre, de l'Indre-et-Loire et de la Vienne), arrêté par la Gestapo en juin 1944, fusillé à Buzet-sur-le-Tarn le 17 août 1944
Jean-Georges Laporte
(08/1944 - 03/1946) Préfet de l'Indre
Pierre Boursicot
(23/10/1944 - 1946) Commissaire régional de la République de la région de Limoges (Corrèze, Creuse et Haute-Vienne et les parties non-occupées de la Charente, du Cher, de la Dordogne, de l'Indre, de l'Indre-et-Loire et de la Vienne)
André Mars
(1944 - 1946) Commissaire régional de la République d’Orléans (Eure-et-Loir, Loiret et Loir-et-Cher et les parties occupées du Cher et de l'Indre) (1896-1957)
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