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Paris

Région :
Île-de-France
Département :
Paris

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(1934 - 1940) Achille Joseph Henri Villey-Desmeserets, Préfet de la Seine (1878-1953)
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(14/05/1941 - 01/06/1942) Amiral François Marc Alphonse Bard, Préfet de police de la Seine (1889-1944)
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(01/06/1942 - 19/08/1944) Préfet de police de la Seine lors de la rafle du Vél d’Hiv (1886-1953)
René Bouffet
(19/08/1942 - 19/08/1944) Préfet de la Seine. Arrêté et révoqué par la Résistance le 19 août 1944 (1896-1945)
Marcel Pierre Flouret
(1944 - 1946) Préfet de la Seine (1892-1971)
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Texte pour ecartement lateral

Maurice Goldberg

dit Bernard Guillot ou Bernard Guyot
Texte pour ecartement lateral

Paris 75012 Paris
Date de naissance: 1935 (Paris)
Parcours : Rodez, Camp Joffre, Lyon, Moissac, caché par le Réseau Garel, Le Poët Laval
Aidé ou sauvé par : - Marie Amblard - Sully Amblard
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Maurice-Goldberg
Photo de classe, année scolaire 1943-1944 à Poët-Laval. Maurice est au 1er rang à droite
source photo : Arch. Le Poët-Laval
crédit photo : D.R.
Histoire

Témoignage de Maurice Goldberg

Avant la guerre
Mes parents sont nés à Varsovie, en Pologne, ma mère en i 896, mon père, plus jeune, en 1904. Ils arrivent en France vers 1931, et après diverses pérégrinations, ouvrent commerces à Paris, dans le l2e,92 bis, rue Claude Decaen. Mes parents se sont mariés en France, mais uniquement à la synagogue, ignorant la nécessité de passer devant Monsieur le maire. De ce fait, ma mère garde son nom de jeune fille, alors que les enfants sont reconnus, plus tard, par le père.
Une épicerie et une boucherie mitoyennes, dédiées à une clientèle d'originaires, qui, pour beaucoup, habitent au 72 de la même rue, dans les immeubles mis à disposition par le Baron de Rothschild.
Nous même habitons en face des boutiques, au 89, où je figure dans le
recensement de 1936, car je suis né en 1935, à Paris.
La vie est difficile, mais s'améliore progressivement. J'ai même une nourrice française, afin de pouvoir aller sans problème à l'école maternelle, puis communale.
Une nourrice française, puisque apparemment je ne parle que le yddish, langue maternelle et sociale de mes parents et de leur clientèle.
En 1939 l'antisémitisme est tel que je suis placé chez des retraités, non loin de Paris, mais à l'époque, c'est encore très rural.

04/03/2012
Auteur : Maurice Goldberg

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La déclaration de guerre

La guerre éclate, et mon père s'engage, comme beaucoup d'étrangers vivant en France. Après formation il est incorporé au 23e Régiment de Marche de Volontaires Étrangers. Presque tous sont juifs.
Il aura le temps de recevoir une citation, et après de très violents combats dans l'Aisne, il est fait prisonnier. Il s'évade, et gagne la "zone libre".
Les Gendarmes sont souvent chez nous, car ma mère "ne peut ignorer où se trouve son mari". Il est vrai que mon père et d'autres prisonniers, se sont évadés très brutalement ! Ma mère prend peur. Nous nous sauvons, en laissant tout derrière nous.
A la Libération, nous ne retrouverons, en fait, que les murs.

Passage de la ligne de démarcation, en plein jour, avec des milliers de personnes. Le train c'est arrêté en rase campagne, et aux coups de sifflet, c'est vidé de ses voyageurs. Je me souviens d'avoir dévalé le talus qui menait à la Loire, où des centaines de passeurs, en barques, nous ont conduit en ZONE LIBRE. Où et quand ?
Nous arrivons à Rodez, dans l'Aveyron, où se trouve déjà mon père, depuis quand, je l'ignore. Combien de temps y avons-nous séjourné, je l'ignore également.
Puis c'est la catastrophe.
Dénonciation, car il est interdit aux Juifs de franchir la Ligne de démarcation.
Les Gendarmes, deux, nous arrêtent le 10 février 1942. Curieux gendarmes, d'abord, ils passent le matin et annoncent qu'ils vont revenir l'après midi pour nous emmener dans un camp d'internement, et comme ma mère ne comprend pas très bien le français, ou, n'ose pas comprendre le message, nous les attendons avec les bagages aux pieds.
A leur retour, l'après midi, ils se mettent en colère, et c'est à ce moment là, que ma mère comprend son erreur, c'est-à-dire le message, car elle ne m'en a jamais plus parlé, mais n'a jamais dit de mal des gendarmes. Un autre évènement de même nature c'est produit avec d'autres. Par contre, les gardes et les employés civils du camp, alors là. ...
Curieux gendarmes, je le répète. Et ce ne sont pas les seuls.
Nous sommes début Février 1942, soit 6 mois avant la fameuse lettre diocésaine de Monseigneur Jules Saliège*, à Toulouse, suite à la Grande Rafle dite du Vel' d'Hiv. Pendant tout ce temps l'Episcopat ne s'est pas manifesté, du moins en tant que tel.
Quel contraste avec l'Eglise Réformée de France qui, par l'intervention vigoureuse du Pasteur Marc Boegner* dès la parution du 1er Statut des Juifs, fin 1940, écrit au Maréchal Pétain.
J'aurais aimé retrouver ces gendarmes pour les remercier, mais c'est un peu tard, d'autant que tous n'avaient pas ce courage, cette éthique.
Savaient-ils quelque chose ? Où cette besogne leur déplaisait-elle suffisamment pour qu'ils prennent le risque de prévenir.

L'autre évènement impliquant d'autres gendarmes, c'est produit sur la route, entre la gare de Rivesaltes, et le camp.
Ma mère m'a raconté, longtemps après la guerre, que les deux autres gendarmes qui nous convoyaient, ont bavardé gentiment avec elle, et sitôt la dernière maison de la ville derrière nous, l'ont aidé à porter ses bagages, et les lui ont rendu, avant l'entrée du camp, pour ne pas être vus par le personnel.
Il est bon de nous rappeler que, si la Pologne, a donné le plus grand nombre de Justes, la France tient, et de loin, la première place en pourcentage de population juive sauvée. Ces gendarmes, et bien d'autres Français, y sont pour beaucoup.
Le Camp Joffre à Rivesaltes, construit face à l'Espagne en guerre civile, était tellement insalubre, qu'avant même sont inachèvement, l'Armée française, l'avait évacué. Le vent incessant, la boue, le froid, plus la sous-alimentation chronique, organisée par le personnel, ont eu raison de bien des vies.
De 120 décès par an, avant guerre, Rivesaltes, 4.000 habitants passe à 650 décès annuels. Pour ma part, je n'ait, depuis, qu'une otite chronique, et une dentition en vrac. Il parait que ce n'est pas trop cher payé, comparé à d'autres cas.
C'est aussi dans ce camp, que je perds toute trace de mon frère Raymond, né le 25 juin 1939, à Paris. En fait, j'ignore ce qui lui est arrivé, quand, comment et où. Le mutisme de mes parents, fut total. Je ne suis même pas sûr de son internement, avec moi.
A l'occasion, d'une permission, ma mère, ne renouvellera pas son erreur du jour de l'arrestation. Nous ne reviendrons pas mourir à petit feu, et le 25 avril 1942, nous sommes déclarés évadés. De ce jour commence notre dissidence.
Nous arrivons à Lyon, peu après. Ma mère travail, en partie, pour une organisation juive, et malgré un indéniable coude à coude, de protection de la communauté juive, entre Monseigneur Pierre-Marie Gerlier*, le Primat des Gaulles, et Édouard Herriot, le maire, les rafles deviennent fréquentes, fin 1942.
Entre temps, je retourne en zone sud, à la Maison de Moissac, la Maison des E.I.F., quai du Port. J'y séjourne jusqu'à la dispersion définitive, au printemps 42143,peut-être en conséquence, soit des rafles de l'été, soit de l'invasion de la "zone libre" par la Wermacht, le 11 novembre 1942, suite au débarquement américain du 8, en Algérie.
A Moissac, havre de paix relatif, notre scolarité est de courte durée. Certains élèves ( aryens ) nous obligent à rester au Foyer, Bien que 1es faits se produisent en pleine classe, les instituteurs, ne voient rien, n'entendent rien, donc ne peuvent réagir.
Dans la la Maison de Moissac, par contre, la vie est extraordinaire, une bulle hors du temps. Chansons, danse, instruction, plein de copains. Et, comme c'est une maison d’Éclaireurs, je passe, avec succès, ma première étoile de Louveteau, sous l'égide de mon moniteur, Héron. J'ai appris tout récemment, et son héroïsme, et sa fin tragique.
Les meilleurs moments, ceux qui laissent des souvenirs rêveurs, durent peu de temps. Il me faut repartir. Comme je ne suis pas typé, car blond/bleu, et parfaitement francophone, je peux rester en "milieu ouvert". Les autres enfants seront "enfermés" dans des couvents, monastères et autres écoles chrétiennes. La division du "travail" entre les E.I.F. et I'OSE, me fait, probablement, dépendre du Réseau Garel, car j'ai
moins de 14 ans.
Pendant, environ, 6 mois, disons l'hiver 42143,je vit en montagne. Seul, ou à 3/5 enfants, je suis fréquemment déplacé, d'un foyer ou d'une ferme à l'autre. Hélas, pas d'archives au Réseau Garel, pour les noms vrais et faux, lieux de villégiatures et dates. Sécurité oblige : la chasse aux juifs est ouverte.

04/03/2012
Auteur : Maurice Goldberg

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Le Poët Laval

Courant 1943, j'arrive chez Sully* et Marie Amblard*, à Le Poët-Laval, près de Dieulefit, dans la Drôme, où, sous le nom de Bernard Guyot, ou Guillot, je reste à Labry, nom du hameau, que je confonds, dans mes souvenirs d'enfant, avec "y être à l'abri". J'y suis, jusqu'à l'arrivée de mes parents, que je ne reconnais pas, en septembre ou octobre 1944, à la Libération. Quand je réalise : plus d'un an au même endroit, sous la même identité !
Comme je ne porte pas le nom des Amblard*, je suis, soit un parent de la ville, car le nom Guyot est assez répandu dans la région, soit un quelconque petit citadin en pension, situation fréquente à l'époque. Je ne m'en souviens pas, et Samuel Amblard, le fils, non plus.
La vie est rude dans la ferme, car se sont des paysans durs à la tâche. Je fais comme eux, sauf que, vu mon âge, je vais à l'école communale de Le Poët-Laval. J'en suis souvent absent, l'otite chronique, (attrapée au camp de Rivesaltes), me fait beaucoup souffrir, par crises violentes, et pas de médicaments appropriés, d'une part, et d'une autre part, dès que des rumeurs de passage de la Milice, toute récente et très zélée, se font entendre, Pépère* et Mémère Amblard*, mystérieusement prévenus, jugent plus prudent de me garder au "chaud".
Leur fils Samuel, âgé de 20 ans à l'époque, est lui-même un réfractaire du S.T.O. Lorsque la pression deviendra trop forte, comme beaucoup d'autres, il ira au maquis. A signaler, que Samuel rejoindra les Forces Françaises Libres, et ne reviendra qu'en 1946, après la Victoire.
Les précautions me concernant, indiquent clairement que la famille Amblard*, sait pertinemment qui, et surtout ce que je suis, et la dangerosité que je représente.
Une anecdote significative : Au début, lorsque Samuel est encore là, nous mangeons côte à côte. Mais, son couvert est posé sur une petite planche en bois. Les chiens aboient en bas, dans la cour. Aussi tôt, Samuel ouvre le tiroir de la table, et y pose tout son couvert, referme, et disparaît par la porte d'une chambre, elle-même donnant derrière la maison, au cas ou... Si tout va bien, il réapparaît.
Les chiens aboient joyeusement, ou sans grande conviction, le visiteur leur est connu, mais on ne sait jamais... Les chiens aboient frénétiquement, alors là, c'est l'alerte générale. J'ai dit au début, pour Samuel, car bientôt, avec la peur de la Milice, moi aussi, je disparais.
Monsieur Debus, le pasteur, a placé d'autres enfants dans les environs (selon le témoignage de Maryse Courberand). Chacun le sait, nul n'en parle. A l'école on ne nous pose qu'un minimum de questions, pour les registres, hélas, jetés beaucoup plus tard, après la guère, pour faire de la place, mais en partie retrouvées aux Archives départementales.
Je doit signaler que nous les "enfants cachés", n'avions pas de relations entre nous, pour ne pas faire groupe repérable. Sur conseil, ou d'instinct ?
Peu de questions, vue les circonstances, d'autant que les Protestants, ont appris à se taire devant l'autre, à se méfier des curieux et des mouchards, et cela depuis des siècles. J'ai appris avec eux, les vertus du silence, tout en parlant, afin de ne pas se faire remarquer par un mutisme hors de propos.

Mes parents arrivent à la ferme en septembre ou octobre 1944. Je le répète, je ne les reconnais pas, car j'avais été entraîné à Moissac, ou ailleurs, à ne pas reconnaître "les cousines, grandes sœurs, tantes et autres parentes" qui me déplacent d'un foyer à l'autre, sauf si elles viennent vers moi, et encore. Ne pas les reconnaître, surtout si elles sont accompagnées d'un autre enfant, et même si elles sont seules, car elles peuvent être suivies par des méchants qui veulent savoir qui elles rencontrent.
Retrouvailles familiales :
Pépère Amblard* m'appelle, et, devant eux et mon mutisme, me dit : "Tu ne dis pas bonjour ?"
Moi, poli : "Bonjour, madame, bonjour monsieur." (Je remarque qu'il s'agit d'un couple, et que ces gens-là, sont beaucoup plus âgés que mes "parents usuels", de plus, "elle" retient ses larmes, et "lui" tortille nerveusement son chapeau.)
Pépère*, estomaqué : "Mais, se sont tes parents !"
Moi, sans broncher, toujours poli : "Bonjour, maman, bonjour, papa."
Ma "mère", alors craque. Elle éclate en sanglots, et se jette sur moi, dégoulinante de larmes. Je recule, scandalisé, en voilà des façons, jamais mes cousines et autres parentes ne se sont comportées comme ça ! Qu'est-ce que c'est çà ?
Mémère, emmène mes "parents" à part, et Pépère me dit : "Bernard, se sont tes parents, tu retournes avec eux à Paris, la guerre se termine, dis moi ton vrai nom."
Moi : "Bernard Guyot.
Pépère* : "Oui, je sais, mais tes parents m'ont montrés leurs papiers, avec leur vrai nom, comment tu t'appelles réellement ?"
Moi : "Bernard Guyot".
Pépère* : "Écoute, tu as vu passer les chars américains devant la maison, tu est même monté dessus, tu vois bien que c'est fini, comment tu t'appelle, pour de vrai ?"
Moi : "Bernard Guyot." Je n'en démords pas. Je parts, comme je suis arrivé : Bernard Guyot. Je sait pertinemment comment je m'appelle, rien à voir avec Guyot. Je sais aussi que je ne suis pas Huguenot, même si je ne sait pas vraiment se qu'être Juif signifie réellement, "en temps normal".
La famille Amblard*, après les précautions d'usage, m'a plus fait confiance que réciproquement. Je n'ai jamais pus oublier l'éducation de survie, et avant cette éducation, les évènements la justifiant. Comme je ne suis pas bavard, très vite, je suis intégré.
D'autres anecdotes me reviennent à l'esprit, toutes très dangereuses :
Parfois, le jeudi, jour sans école, par petits groupes d'enfants, nous partons en foret, cueillir des champignons, ou ramasser des escargots. Avec notre goûter, et quel goûter ! Du beurre, du lard, des œufs... Mais aussi des chaussettes, des chandails, et du linge beaucoup trop grand pour nous. Sans oublier le courrier, les lettres des parents narrant le quotidien, et celles des promises, pour l'avenir.
En fait, nous allons rejoindre, en foret, les Maquisards, les recherchés et autres réfractaires du S.T.O. C'est ainsi, qu'à 8/9 ans, je tire au fusil-mitrailleur, un Château, avec le chargeur recourbé, au-dessus.
Si pépère* et mémère Amblard* ne m'avaient pas adopté, je n'en aurais rien su, car à l'école, nul ne parle, et les fermes sont suffisamment éloignées, pour ne rien remarquer.
Ce n'est que tout récemment que j'ai retrouvé la famille Amblard*. En effet, pour l'enfant que j'étais à l'époque, tout est codifié : les noms, les lieux, les histoires personnelles ou familiales, tout est faux, car la vérité est trop dangereuse à dire.

Je sais que je ne m'appelle pas Amblard, que je ne suis pas Protestant, alors imaginez :
Dieulefit : Dieu le fit. Tout ce que je subis depuis si longtemps, c'est son œuvre, bravo ! Car Dieu, pour moi, c'est le leur. Je ne me rappelle que Adonaî, Eloïm, Hashem, etc. Et pourtant, j'ai un immense respect pour le Pasteur, dont je sais ce que je lui dois. Or, lui
aussi, le dimanche, au Temple, nous parle de Dieu, le sien ? Alors, comme je ne comprends pas, je me tais, il est évident que tout est faux, travesti, codifié pour donner le change, et survivre.
Le Poët-Laval : Laval, le copain de Pétain ! Un poète ! Et quoi encore ! Un code.
Labry : Oui, c'est vrai, chez pépère* et mémère Amblard*, je suis à l'abri. Un code.
Entre 7/8 ans, ce genre de situation s'inscrit en profondeur, se fige, devient mémoire.
Amblard = J'avais "oublié" le nom de mes sauveurs. En voyant, un camion citerne, à Grenoble, tout m'est revenu d'un coup. Le camion est peint aux couleurs de la Sté Amblard !

04/03/2012
Auteur : Maurice Goldberg

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Retour à la vie normale, à Paris

Mon père, revolver en main, récupère l'appartement. Le couple d'occupants a été placé là par la police, tient donc, et le prennent de haut. La police, profile bas, arrive et déménage le couple. Il parait que des gens ont mis des années de procédure à rentrer chez eux, quand ils ont réussis. Sacré papa.
Je reconnais le quartier, les boutiques, l'appartement. Tout doucement, je réalise que c'est fini. Je retourne à l'école, rue de la Brèche aux loups. Je change plusieurs fois de classes, en montant, car j'ai d'énormes lacunes scolaires, compensées par de stupéfiantes avances pour mon age. Presque nul en toutes matières, je lis remarquablement bien, sans bouger les lèvres.
En fait, la lecture fut mon seul passe temps, lorsque l'école était jugée trop dangereuse.
Peu après la guerre, mon père meurt, en 1948, ma mère en I976. Je crois que mon père s'est laissé aller par écœurement. Trop d'amis "d'avant guerre" ont disparus. Il avait 48 ans, et n'était jamais malade. Je ne me souviens pas que l'un ou l'autre ne m'ait particulièrement reparlé de "cette époque". Moi-même, je ne pose aucune question.
Mon père retournait, une fois l'an, dans le Tarn et Garonne, ou le Lot et Garonne, retrouver, à la chasse, ses anciens camarades du Maquis. Également, ceux des Engagés Volontaires, mais à Paris. Sa mort subite en moins de trois heures, en février 48, mit un terme à tout espoir d'en savoir plus un jour. J'allais sur mes 13 ans.
Quand ma mère m'amenait au cimetière de Bagneux, elle m'y faisait réciter le Kaddish, et nommait 177 membres de la famille restés en Pologne, la majorité sans sépulture.
Il est vrai, qu'elle avait 17 frères et sœurs, tous mariés, avec enfants. Mon grand père, son père, était Rabbin, et n'avait jamais trop d'enfants.

Pour en revenir à "cette époque", quelle n'est pas ma surprise, des dizaines d'années plus tard, en passant à Montélimar, de voir un panneau indicateur, signalant que Dieulefit est à 25 km. J'ai failli avoir un accident, le traumatisme enfoui, cachait la réalité !
Après, tout va très vite. Les survivants commencent à parler, à témoigner, leur nombre s'amenuise, car beaucoup ont déjà disparut. Tout à la fois, une demande de mes enfants d'écrire mes souvenirs, pour eux et leurs enfants, cette notion de Justes, à laquelle je ne savais pas comment répondre, par quel bout commencer. Et aussi, la haine, la résurgence au grand jour de l'antisémitisme, déguisé en anti-sionisme, au prétexte de la seconde Intifada, m'ont amené à la présente démarche.
Le même peuple peut produire des héros discrets, et des salopards bruyants. Rendons hommage aux premiers, et affrontons les seconds.
Recherches dans les archives de I'OSE, de Moissac, de la ville de Rivesaltes, du camp de Rivesaltes. Obtenir, non sans difficultés, car je n'ait aucune date, l'acte de naissance de mon frère Raymond. Aucunes mentions en marge, donc, administrativement, me dit-on, il est toujours vivant. Tout cela, avant d'arriver à Dieulefit, ou de proche en proche, je renoue, le cœur battant, avec la famille Amblard*, dont le fils Samuel, est toujours là, et se souviens.
Hélas, trop tard, depuis longtemps, pour pépère* et mémère*.
Par lui, je prends contact, pour témoignage, avec Maryse Courberand, née Boulard, sa voisine, de mon age, et à l'école en même temps que moi, Elle se souvient, non seulement de moi, mais aussi d'autres enfants, dont elle apprend, après guerre, la véritable situation. Avec son frère, elle recherche des photos de groupes d'élèves de l'époque.
Devoir de mémoire, devoir de reconnaissance. La famille Amblard*, et d'autres, risquait gros, et je désir que leur soit rendu l'hommage qui est dû, à leur courage et à leur humanisme. Sauver un enfant, c'est permettre la vie future.
Pour mes deux enfants, pour mes quatre petits-enfants, et qui sait, dans quelques années, pour mes arrières petits-enfants, je me dois de les informer que toutes les raisons d'espérer en l'être humain demeurent intactes, même si le doute est permis, et la prudence recommandée.

04/03/2012
Auteur : Maurice Goldberg

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Etoile jaune: le silence du consistoire centrale , Mémoire ou thèse 7 pages, réalisation 2013
Auteur : Thierry Noël-Guitelman - terminal
Lorsque la 8e ordonnance allemande du 29 mai 1942 instaure l'étoile jaune en zone occupée, on peut s'attendre à la réaction du consistoire central. Cette étape ignoble de la répression antisémite succédait aux statuts des juifs d'octobre 1940 et juin 1941, aux recensements, aux rafles, aux décisions allemandes d'élimination des juifs de la vie économique, et au premier convoi de déportés pour Auschwitz du 27 mars 1942, le consistoire centrale ne protesta pas.


Liens externes [Ajouter un lien vers un article d'intérêt ou un site internet]
1 Juifs en psychiatrie sous l'Occupation. L'hospitalisation des Juifs en psychiatrie sous Vichy dans le département de la Seine (Par une recherche approfondie des archives hospitalières et départementales de la Seine, l'auteur opère une approche critique des dossiers concernant des personnes de confession juive internées à titre médical, parfois simplement préventif dans le contexte des risques et des suspicions propres à cette période. La pénurie alimentaire est confirmée, influant nettement sur la morbidité. Ce premier travail sera complété par un examen aussi exhaustif que possible des documents conservés pour amener une conclusion. )
2 Héros de Goussainville - ROMANET André (Héros de Goussainville - Page ROMANET André )
3 Notre Dame de Sion : les Justes (La première religieuse de Sion à recevoir ce titre en 1989 est Denise Paulin-Aguadich (Soeur Joséphine), qui, à l’époque de la guerre, était Ancelle. Depuis, six autres sœurs de la congrégation, ainsi qu’un religieux de Notre-Dame de Sion ont reçu la même marque de reconnaissance à titre posthume. Ils ont agi à Grenoble, Paris, Anvers, Rome. L’action de ces religieuses et religieux qui ont sauvé des Juifs pendant la deuxième guerre mondiale mérite de ne pas être oubliée. Et il y en a d’autres, qui, même s’ils n’ont pas (encore ?) reçu de reconnaissance officielle, ont œuvré dans le même sens, chacun à leur place. )
4 L'histoire des Van Cleef et Arpels (Blog de Jean-Jacques Richard, très documenté. )
5 Résistance à la Mosquée de Paris : histoire ou fiction ? de Michel Renard (Le film Les hommes libres d'Ismël Ferroukhi (septembre 2011) est sympathique mais entretient des rapports assez lointains avec la vérité historique. Il est exact que le chanteur Selim (Simon) Halali fut sauvé par la délivrance de papiers attestant faussement de sa musulmanité. D'autres juifs furent probablement protégés par des membres de la Mosquée dans des conditions identiques.
Mais prétendre que la Mosquée de Paris a abrité et, plus encore, organisé un réseau de résistance pour sauver des juifs, ne repose sur aucun témoignage recueilli ni sur aucune archive réelle. Cela relève de l'imaginaire. )
6 La Mosquée de Paris a-t-elle sauvé des juifs entre 1940 et 1944 ? une enquête généreuse mais sans résultat de Michel Renard (Le journaliste au Figaro littéraire, Mohammed Aïssaoui, né en 1947, vient de publier un livre intitulé L’Étoile jaune et le Croissant (Gallimard, septembre 2012). Son point de départ est un étonnement : pourquoi parmi les 23 000 «justes parmi les nations» gravés sur le mémorial Yad Vashem, à Jérusalem, ne figure-t-il aucun nom arabe ou musulman ?
Il mène une enquête, cherche des témoins ou des descendants de témoins, évoque la figure de Si Kaddour Ben Ghabrit, directeur de l’Institut musulman de la Mosquée de Paris de 1926 à 1954, fait allusion à d’autres personnages qu’il a rencontrés, et plaide pour une reconnaissance mémorielle d’actes de solidarité, de sauvetage, de juifs par des musulmans durant cette période. Et pour leur reconnaissance et inscription sur le mémorial de Yad Vashem.
Cet ouvrage est fréquemment mentionné par voie de presse, avec force sympathie. Mais… rares sont les critiques, positives ou négatives, réellement argumentées. On a le sentiment que ce livre est légitime, généreux, qu’il "tombe" bien en cette période.
C'est ce que le sociologue américain Merton avait repéré dans les phénomènes d'identification et de projection même si le rapport à la réalité est totalement extérieur. Aujourd'hui, l'Arabe musulman, sauveteur de juifs, devient un type idéal auxquels de nombreux musumans ont envie de croire. La réalité n'est pas celle-ci, mais peu importe ! On reproduit la quatrième de couverture du livre (qu'on n'a pas lu), on ose quelques citations d’extraits… Mais personne ne se hasarde à une évaluation de la validité historique de sa teneur. )
7 Paroles et Mémoires des quartiers populaires. (Jacob Szmulewicz et son ami Étienne Raczymow ont répondu à des interviews pour la réalisation du film "Les garçons Ramponeau" de Patrice Spadoni, ou ils racontent leur vie et en particulier leurs actions en tant que résistants. On peut le retrouver sur le site Paroles et Mémoires des quartiers populaires. http://www.paroles-et-memoires.org/jan08/memoires.htm. (Auteur : Sylvia, Source : Canal Marches) )
8 Les grands entretiens : Simon Liwerant (Témoignage de Simon Liwerant est né en 1928. Son père Aron Liwerant, ouvrier maroquinier né à Varsovie, et sa mère Sara née Redler, seront arrêtés et déportés sans retour. )

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