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Das versteckte Kind

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Ariège

Région :
Occitanie
Département :
Ariège

Préfets :
Léopold Chénaux de Leyritz
(25/06/1940 - 24/01/1944) Léopold Marie Frédéric Chéneaux de Leyritz, Préfet de Haute-Garonne et préfet régional de la région de Toulouse à partir de 1941 (Ariège, Gers, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées, Lot, Lot-et-Garonne, Tarn et Tarn-et-Garonne et les parties non occupées des Basses-Pyrénées, de la Gironde et des Landes (1896-1970)
) secrétaire général de la sous-préfecture de Saint-Girons (Ariège), résistant
André Sadon
(24/01/1944 - 06/02/1944) André Paul Sadon, Préfet régional de la région de Toulouse (Ariège, Gers, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées, Lot, Lot-et-Garonne, Tarn et Tarn-et-Garonne et les parties non occupées des Basses-Pyrénées, de la Gironde et des Landes (1891-1965)
Jean Cassou
(1944 - 1944) Commissaire régional de la République de la région de Toulouse (Ariège, Gers, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées, Lot, Lot-et-Garonne, Tarn et Tarn-et-Garonne et les parties non occupées des Basses-Pyrénées, de la Gironde et des Landes (1897-1981)
Pierre Berteaux
(1944 - 1946) Pierre Félix Berteaux, Commissaire régional de la République de la région de Toulouse (Ariège, Gers, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées, Lot, Lot-et-Garonne, Tarn et Tarn-et-Garonne et les parties non occupées des Basses-Pyrénées, de la Gironde et des Landes (1907-1986)

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Juste parmi les Nations

Rösli Näf


ou Rosa Naef
Dossier Yad Vashem : 3195
Remise de la médaille de Juste : 07/05/1989
Sauvetage : Montégut-Plantaurel 09120 - Ariège
Profession: Infirmière, directrice du château de La Hille
Qualité: De nationalité suisse
Date de naissance: 1911 (Glaris (Suisse))
Date de décès: 1996 (Glaris (Suisse))
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Rosli-Naf
Les Justes de France au Panthéon
source photo : YV _ FMS
crédit photo : D.R.
Notice

Rösli Nâf* est née à Glaris, au centre de la Suisse.

Infirmière, Rösli Nâf*, rejoint le docteur Albert Schweitzer à Lambaréné, puis s’engage dans le Secours suisse aux enfants. Elle dirige la colonie du château de La Hille durant les années terribles 1941 et 1942.

Ruth Tamir, Margot Kern, Peter Salz et Aliza Domka étaient des petits réfugiés juifs allemands.
Leurs parents les avaient envoyés d'Allemagne en Belgique pour les mettre en sécurité à la suite de la nuit de cristal.
Lorsque les Allemands envahirent le pays en mai 1940, les jeunes s'enfuirent en France avec une centaine d'autres enfants juifs réfugiés d'Allemagne.
Après avoir erré de ville en ville, ils furent pris en charge par le Secours suisse et arrivèrent ainsi au château de La Hille dans l'Ariège.

Maurice Dubois* venait régulièrement leur rendre visite, parfois en compagnie de sa femme, Ellen.

En août 1942, les arrestations de juifs de plus de 15 ans commencèrent dans la région. Les jeunes arrêtés étaient envoyés au camp du Vernet.

Aliza Domka, se trouvait parmi les enfants arrêtés le 27 août 1942, raconta après la guerre que Maurice Dubois* s'occupa personnellement du sort des jeunes internés et obtint leur libération.

Rösli Nâf* et Maurice Dubois* mettent alors en place une filière de passage clandestin de la frontière pour envoyer les enfants en Suisse.

Germaine Hommel* dirigeait depuis 1939 les Feux Follets, un home d'enfants situé sur une terrasse montagneuse à Saint-Cergues, une petite commune de Haute-Savoie. Ce home avait été construit dans les années 30 par des antifascistes italiens, réfugiés à Annemasse et à Genève, pour servir de colonie de vacances à leurs enfants.

Il y avait peu de pensionnaires juifs aux Feux Follets, mais l'endroit servait de relais pour la filière de passage clandestin de la frontière mise en place par Rösli Nâf* et Maurice Dubois*, un des dirigeants du Secours Suisse aux Enfants et utilisée par les pensionnaires du château de La Hille dans l'Ariège, une autre institution pour jeunes sous l'égide de la Croix-Rouge suisse.
En effet, le homme d'enfants, les Feux Follets, se trouvait à trois kilomètres de la frontière.

Avec l'aide de son adjointe, Renée Farny*, et de Marthe Bouvard* qui était responsable de la lingerie, Germaine Hommel* avait accepté de faire des Feux Follets une étape sur le chemin du salut des enfants juifs au mépris des instructions de la Croix-Rouge et à l'insu de cette organisation.

Les enfants de la Hille étaient plus âgés que ceux des Feux Follets, et étaient tous juifs.

En août 1942, plusieurs d'entre eux avaient déjà été arrêtés par la gendarmerie et remis en liberté grâce à l'intervention énergique et courageuse de certains membres de l'organisation sous la houlette de Maurice Dubois* et Rösli Nâf* qui dirigeait le château de La Hille.

Les jeunes juifs arrivaient à Saint-Cergues par petits groupes de trois ou quatre. Ils passaient la nuit aux Feux Follets et "partaient se promener" le lendemain avec les enfants des Feux Follets le long de la frontière suisse.

Des militaires suisses patrouillaient le long de la frontière, mais Léon Balland*, un jeune français de 19 ans, agriculteur, qui habitait chez ses parents à Saint-Cergues, à côté de l'établissement, connaissait l'endroit précis où il était possible de passer et conduisait les fugitifs vers un fourré dans la forêt que traversait la frontière et les faisait passer quand les gardes suisses étaient occupés ailleurs.
Les enfants des Feux Follets poursuivaient leur promenade et rentraient au home sagement.

Les premiers enfants à partir du château de La Hille sont Peter Salz, Jacques Roth, Regina Rosenblatt et Margot Kern.
Ils prennent le train pour Toulouse puis pour Lyon puis encore un autre train, avant d'arriver aux Feux Follets. Là ils sont chaleureusement accueillis par Germaine Hommel* et Renée Farny*.
Le lendemain, Renée Farny* les présente à Léon Balland* qui va les prendre en charge.
Léon Balland* emmène plusieurs enfants "acheter un sapin de Noël". Mais il va perdre en route les quatre jeunes juifs...

Entre le 24 et le 31 décembre 1942, sept jeunes juifs parvinrent à passer la frontière en sécurité. Trois autres parviendront en Espagne.
Entre le 1er et le 2 janvier 1943, Rösli Nâf* enverra un autre groupe de six jeunes du château de La Hille à la frontière : Hans Garfunkel, Kelga Klein, Betty Schütz, Lotte Nussembaum, Inge Joseph et Léon Lewin.
Seule Inge Joseph réussit à passer.
Les autres furent tous pris et relâchés.

Liselotte Nussbaum qui avait 19 ans fut rattrapée par les gardes suisses qui la renvoyèrent du côté français. Léon Balland* lui refit passer la frontière.

Margot Kern, munie de l'adresse d'une amie de Rösli Nâf* à Zurich, y passera quelques semaines.

Le 9 septembre 1943, la région fut occupée par les Allemands et dès lors la frontière fut surveillée nuit et jour.

Les autorités suisses ayant appris leurs activités, Germaine Hommel* et Rösli Nâf* furent congédiées.

Léon Balland*, convoqué au STO, entra dans la clandestinité et dut se cacher.

Toutefois Germaine Hommel* poursuivit ses activités avec l'aide de Renée Farny* et de Marthe Bouvard* et firent alors passer la frontière aux enfants.

Germaine Hommel* sera arrêtée sera déportée au camp de concentration de Ravensbrück.

Rösli Nâf* rentre à Genève et travaille au Centre d'enfants réfugiés Henri-Dunant, un centre de la Croix-Rouge, où elle continue à s'occuper des enfants sauvés. Elle trouvera un emploi à Régina Rosenblatt et à Margot Kern.

Rösli Nâf* s’établit au Danemark après la guerre.

Après la guerre, Jacqueline Veuve mit en scène la vie de Rösli Nâf* dans un film, La filière, basé sur le livre d'Anne-Marie Im Hof-Piguet et produit par Aquarius Films à Lausanne en 1987.

Rösli Nâf* s’éteint à Glaris

Lorsqu'en 1989, Yad Vashem l'a nommée Juste parmi les Nations, elle a modestement décliné l'honneur qui lui était fait et a refusé la médaille des Justes. Lorsque Germaine Hommel a été honorée le 4 octobre 1992, Rösli Nâf* a accepté.

Elle sera honorée par Yad Vashem le 4 octobre 1992 à Saint-Cergues-les-Voirons (France) pour elle en même temps que pour l’équipe des Feux-Follets.

Lien vers le Comité français pour Yad Vashem


Histoire

Témoignage de Rösli Näf

Rodolfo Olgiati, qui cherchait des collaborateurs pour le Secours Suisse aux Enfants dans la zone non occupée de la France, m’envoya, au début de mai 1941 à Toulouse, où je devais me présenter à Maurice et Eleonor Dubois. Dès le passage de la frontière je remarquai à quel point la France avait déjà été changée par la guerre. Tous les trains étaient plus que combles.
Au bureau de Toulouse, on m’expliqua le travail qui m’attendait, ce qui me fit voir de plus en plus clairement la gravité de la guerre. Des faits, qu’en Suisse nous pressentions seulement, devenaient réalité.
Je fus chargée de me rendre au village de Seyre – sur la ligne Toulouse – Carcassonne où une centaine de réfugiés juifs – la plupart des enfants – étaient abrités depuis mai 1940 dans les conditions les plus précaires. Les Dubois, lors d’une visite, avaient constaté l’état lamentable de ce lieu.
On me reçut poliment, mais avec une certaine crainte. Je fus tout de suite frappée par l’étonnante discipline de tant d’enfants de cet âge, et pourtant les conditions d’habitation étaient effroyablement défectueuses, surtout en hiver. Beaucoup d’enfants présentaient des blessures, surtout aux jambes. Effets du gel, ou d’une nourriture insuffisante ? Celle-ci consistait jusqu’alors exclusivement en maïs cuit à l’eau. La graisse et les albumines manquaient.
Chaque goutte d’eau devait être pompée une fontaine assez éloignée. Il était impossible de se procurer du savon ou tout autre produit de nettoyage. En raison des poux – ou du danger d’en attraper – garçons et filles avaient tous les chevaux courts.
Avant de m’endormir, je parcourus encore en pensée ce que j’avais vu et éprouvé. Je fus envahie de crainte et de doutes, me demandant si je serais à la hauteur de ma tâche à venir.
Dès avant mon arrivée à Seyre les Dubois avaient trouvé une demeure plus appropriée.
C’était, dans le département de l’Ariège, un château à moitié en ruines et inhabité depuis des années, nommé "La Hille". Avant notre déménagement, on avait pu, avec l’aide de réfugiés de la guerre d’Espagne et celle des plus grands "enfants" de Seyre (dont l’âge allait de 3 à 17 ans), faire de La Hille un home d’enfants simple, mais très habitable.
Les "grands" montrèrent avec fierté aux "moyens" et aux "petits" le résultat de leurs efforts, avec l’aide d’artisans espagnols, pour rendre "La Hille" habitable. Maintenant, chacun avait son propre lit, muni d’assez de couvertures pour n’avoir plus à craindre un nouvel hiver froid.
Le château avait une belle grande salle à manger et, à côté, une cuisine qui offrait la possibilité de préparer un repas pour une centaine de personnes. ... Mais le plus important serait que les marmites puissent être remplies. ... Derrière la cuisine, des robinets où l’on pouvait se laver et, à côté, une buanderie pour la lessive hebdomadaire. En été, on pouvait se baigner dans l’Alèze et y rincer le linge. On installa un vestiaire primitif, afin que chaque enfant ait une petite place pour ses affaires. A l’occasion, nous recevions des vêtements de Suisse, ceux que les enfants avaient étant très insuffisants. Au début, l’occupation principale des grands consistait à nous procurer du bois des forêts voisines, seule ressource pour la cuisine et le chauffage. Puis vinrent les nettoyages, la préparation des repas et éventuellement les raccommodages.
Aussitôt qu’il fut paré aux besoins quotidiens, s’éveilla le désir d’organiser une école. Il existe bien dans la loi française, le droit et le devoir pour les enfants de fréquenter une école, mais la petite école du village n’avait que deux maîtres, dont l’un était en captivité en Allemagne. Les "grands" proposèrent que l’un d’eux fonctionne comme "maître" pour les "moyens", et ce n’est que plus tard que ces derniers purent fréquenter l’école du village. Mais les "grands" aussi avaient faim d’apprendre. A Toulouse, on eut connaissance de ce besoin, et bientôt nous reçûmes une grande et très précieuse aide en la personne de Eugen Lyrer. Il pouvait enseigner le français et l’anglais, et il entreprit de donner le dimanche matin des cours hautement appréciés.
Le zèle des "grands" pour l’étude était gigantesque. Nous reçûmes deux machines à écrire pour apprendre la dactylographie, et les élèves apprirent aussi la sténographie ; on se procura deux gros dictionnaires français, que je dus attacher à une chaînette, en un endroit accessible à tous, tant ils étaient appréciés. Pour la joie de tous, on put même avoir un piano et un accordoir ; il faut dire que nous avions parmi les "grands" deux artistes déjà avancés ; l’un pianiste, et l’autre, qui était parvenu à sauver son violon à travers ses pérégrinations, et qui s’exerçait plusieurs heures chaque jour. Les dimanches, il y avait des concerts lors desquels je remarquais toujours avec étonnement combien, malgré la présence des "petits", l’écoute était intense: on aurait pu entendre tomber une épingle.
Sur la proposition des enfants, on joua aussi du théâtre, en invitant des habitants du village. Le prix d’entrée était un œuf, ou quelque autre chose comestible. Dans une petite chambre où j’avais aménagé mon bureau était restée une petite bibliothèque qui poussa nos comédiens à se risquer à des pièces françaises classiques.
Si je me demande quelles furent, au fond, nos difficultés dans la période de mai 1941 à fin août 1942, je suis presque tentée de répondre que nous n’en avions aucune, sauf la faim dont souffraient les "grands" et que nous ne pouvions jamais apaiser.
Les plus grands suivaient la situation politique à la radio beaucoup mieux que moi. De plus, des bruits circulaient au sujet de déportations à partir des camps de la zone non encore occupée, vers le Nord et l’Est. Lorsque je les rassurais, leur disant que nous étions sous la protection de la Croix-Rouge, mes paroles ne résonnaient pas à leurs oreilles comme aussi dignes de foi qu’à moi-même. Nous ne savions pas qu’un danger mortel les guettait, qu’une action policière se préparait, qui devait débuter le 27 août 1942. Tous les réfugiés juifs qui vivaient en zone non occupée, soit légalement comme nos enfants de La Hille, sot cachés où que cela soit, furent tirés de leur sommeil et transportés en camps de concentration. ...
C’était une chaude nuit d’été. Il ne faisait pas encore tout à fait clair lorsque je fus réveillée par des coups frappés à ma porte. C’était Jean, tremblant de peur qui eut peine à articuler : "Mademoiselle Näf, il y a deux hommes en uniforme devant la porte d’entrée et sur la route, il y a deux bus". A mon tour effrayée, j’allai tout de suite à l’entrée et soulevai la poutre qui barrait la porte. Je demandai aux policiers pourquoi ils étaient là, et reçus une réponse évasive et mensongère. Lorsque je les invitai à entrer, en raison du vent qui soufflait fort ils refusèrent. Je me hâtai de m’habiller. A peine sortie de ma chambre – le tableau s’est pour toujours imprimé en moi, – je vis le large escalier qui conduisait aux chambres d’en haut plein à craquer d’une quarantaine d’hommes en uniformes et armés. Avant que, saisie de peur et de surprise, je pus dire un mot, un homme, qui portait quelque chose comme un uniforme d’officier, me tendit un papier disant que tous ceux qui habitaient ici, et dont les noms figuraient sur la liste étaient arrêtés et devaient descendre dans le cours. Tout d’abord, je regardai fixement cet homme, puis m’écriai, plutôt que je lui dis : "Comment pouvez-vous oser arrêter des enfants qui sont dans un home protégé par la Croix-Rouge suisse?" La réponse fut un haussement d’épaules, non sans me regarder dans les yeux, puis ces mots toujours répétés en situation de guerre : "J’en ai l’ordre !"
Les enfants n’avaient le droit d’emporter que ce qu’ils pouvaient tenir dans leurs mains. Je me sentais complètement abattue, envahie de honte, de colère et d’indignation. Comme nous n’avions pas le téléphone à la maison, je chargeai une Espagnole, dont le mari était un de nos précieux aides, d’informer le bureau de Toulouse dès l’ouverture de la poste.
Sans doute plus rapidement et plus facilement que la police ne l’avait escompté, le nombre et les noms de la quarantaine de gens arrêtés et rassemblés dans la cour se trouvèrent conformes à la liste. Tout s’était passé sans cris ni pleurs, à l’exception de moi-même. Je ne pouvais pas comprendre : la pensée que les "grands", et tous nos aides juifs allaient être emmenés comme des criminels était insupportable.
Puis ce fut la marche vers les bus qui attendaient, le passage devant les voisins des fermes alentour, qui pleuraient. Eux non plus ne pouvaient supporter que de leurs compatriotes aident à cette arrestation des enfants de La Hille. Pendant ce trajet jusqu’aux bus, alternaient en moi une fureur sans limites avec un sentiment d’impuissance que j’avais aussi vu dans des familles voisines dont les hommes étaient tombés à la guerre ou étaient en captivité. Quand les moteurs furent mis en marche, je demandai à un officier de me dire où les enfants seraient emmenés. "Non", répondit-il, "j’ai reçu l’ordre sévère de ne pas le dire".
A quel point les "moyens" et les "petits" furent courageux, je ne peux l’oublier. Pour me consoler, Toni, dont la grande sœur avait été emmenée, prit ma main et me dit que l’on m’aiderait pour le travail ! Toulouse nous envoya aussi de l’aide.
J’étais résolue à apprendre, de la part des autorités de Foix, où les bus s’en étaient allés. Le matin de bonne heure (Foix est à 20 kilomètres de La Hille), je frappai à leur porte. J’étais habituée à ce que l’on reçoive mes demandes aimablement. Mais je rencontrai une attitude étrange et de refus. "Ils ont été emmenés au Camp de Concentration du Vernet, avec 300 à 400 autres réfugiés. Pour combien de temps, nous n'en savons rien; durant cette action, le camp est absolument fermé, personne ne peut entrer, ni sortir". J'étais un peu soulagée de savoir du moins où se trouvaient les enfants.
La nuit suivante, de retour à La Hille, je dormis peu, me débattant avec la décision d’oser tenter de rejoindre les "grands". Il y avait environ 25 kilomètres jusqu’au Vernet. J’avais un vieux vélo en mauvais état, et le pris pour partir, dès qu’il fit clair. Bientôt, le vieux vélo fut hors d’état de servir, et je le laissai au bord de la route. Un char de laitier matinal me prit un bout de chemin, puis je marchai longtemps. Près de Pamiers, je pus persuader – en lui donnant un peu d’argent – le propriétaire d’un garage de me conduire au Camp de Vernet.
Ce que je décris dans ce qui suit frôle parfois l’invraisemblable, au point que je ne puis que dire: chaque mot est vrai !
En peu de temps, j’arrivai avec l’auto à l’entrée du camp, gardée par deux policiers armés. Je vis que c’était des noirs des Colonies françaises.
Le chauffeur profita de leur étonnement et de leur irrésolution pour entrer un peu dans le camp, et il fit demi-tour dès que j’eus sauté de la voiture. J’eus deux à trois minutes pour regarder autour de moi. À l’intérieur du camp aussi, des barbelés et toujours encore des barbelés. Et, derrière, des formes grises, courbées, aux allures de vieillards. Aussitôt, je fus entourée d’hommes en uniforme. Qui peut se représenter mon étonnement, lorsque j’entendis une voix discrète, mais pour moi bien audible, dire, en dialecte suisse allemand : "Vous êtes Mademoiselle Näf?. Faites tout ce qui est possible, pour que vos enfants soient libérés". Puis, à haute voix, en français et sur un ton de commandement: c’était une grave faute de m’avoir laissé entrer. Il informerait tout de suite le commandant, qui décidérait ce qui allait m’advenir.
Celui-ci arriva bientôt, me salua poliment, regretta la faute commise par les gardiens. A cause des règlements renforcés en ces jours, il était obligé de me retenir moi aussi, tant que cette "action" durerait. Je le remerciai, et eus même de la peine à ne pas trop montrer ma joie d’être auprès des enfants qui avaient été arrêtés. (Bien des années plus tard seulement, j’en vins à des réflexions réalistes et me demandai ce qui me serait arrivé si ce Français avait été un fanatique nazi – car il en existait aussi).
A côté des scènes dures, par trop dures, inoubliables, que je vécus les jours suivants, mais surtout le jour de la déportation, je fus l’objet de bienveillance et d’aide de la part du personnel. Je ne portais pas l’uniforme de la Croix-Rouge, mais tous savaient que "mes" enfants avaient été sous la protection de la Croix-Rouge.
On fit pour moi plus que je n’aurais osé espérer. Je reçus un logis, et un papier qui me permettait d’accéder sans difficulté au secteur où se trouvaient les prisonniers du 27 août. Je pouvais aussi téléphoner librement.
Beaucoup de réfugiés que je ne connaissais pas, tous choqués et déprimés, voulaient me parler. Le seul fait que quelqu’un ait pu entrer dans ce camp fermé leur donnait une lueur d’espoir. Je pus informer mes enfants, que Monsieur Dubois, très apprécie à cause de ses visites à La Hille, s’était immédiatement rendu à Vichy, et entreprenait tout pour obtenir des autorités leur libération. Madame Dubois, qu’ils connaissaient également bien, s’était rendue dans le même but à Berne.
Mais le jour de la déportation arriva. Tard, la veille, je fus appelée chez le commandant. Il m’informa que le départ des juifs était prévu pour le lendemain matin, et aurait lieu. Il me demanda de n’en rien dire encore aux enfants, afin de laisser encore dormir cette nuit ceux qui devraient partir. A la dernière minute, grâce aux efforts de Monsieur Dubois, tous ceux de La Hille furent libérés. Même quelques personnes inconnues, qui m’avaient demandé d’appeler tel ou tel numéro de téléphoner pour donner de leurs nouvelles, ne durent pas partir. Combien j’étais reconnaissante !
Le jour pointait à peine, quand tous furent réveillés. Un officier prit le commandement avec une brutalité incroyable. Ceux que l’on chassait étaient de tous âges. Tous les appelés devaient se présenter immédiatement, et étaient parqués dans des camions qui les emportaient vers la petite gare du Vernet, visible du camp, et, là, chargés dans des wagons à bestiaux ... Il y eut des scènes qui aujourd’hui encore m’empêchent de dormir, lorsque je vis comment des personnes faibles et âgées, ou des mères avec leurs enfants, étaient chassées.
Les jours précédents, des bruits avaient couru selon lesquels les parents qui avaient de petits enfants pourraient, s’ils le voulaient me les donner en garde. Je vois toujours encore devant moi cette mère qui voulait me donner ses deux jumeaux d’environ deux ans et quil malgré cela fut brutalement tirée en arrière et forcée, avec ses deux enfants, de monter dans le camion. Désespérée, elle cria à l’officier brutal : "Que voulez-vous faire de nous ?" Ma plume répugne à écrire sa réponse, mais c’est la vérité, il a crié à cette malheureuse mère : "Peut-être des saucisses".
A peine le dernier camion était-il parti, que le commandant du camp me chargea d’aller à la gare afin, dit-il, de satisfaire d’éventuelles demandes. C’était dur, j’étais complètement brisée intérieurement, cependant, je ne pouvais pas dire non. Comme on me l’avait demandé, j’allai de long du quai, d’un wagon à l’autre. Tous ces wagons étaient complètement fermés et verrouillés. Je reçus des commissions pour la Suisse, à faire plus tard. Il y avait des adresses, des papiers-valeur, des diamants, et des souvenirs. Avant que le train, auquel on avait encore accroché quelques wagons de voyageurs, se mit en marche, un des policiers furieux, cracha à terre, et s’écria : "Non,je ne participerai plus à une telle cochonnerie". J’appris plus tard que trois de ces policiers avaient perdu leur emploi.
Pendant que le train passait lentement à côté de nous, un homme cria, par une fente du wagon à bestiaux : "Vous devez raconter en Suisse ce qu’on fait ici à des hommes qui ont combattu pour la France. Vive la Suisse. A bas la France !"
Au camp, ceux de La Hille m’attendaient pour regagner la liberté. Il y avait vingt-cinq kilomètres à parcourir, mais nous n’eûmes pas besoin de les faire entièrement à pied. Le boulanger, qui nous livrait une fois par semaine notre pain rationné, fit spontanément, et tout rayonnant, des allers et retours. Au château, on avait, en signe de bienvenue, préparé une table de fête.
Bientôt la routine quotidienne revint, mais mon sentiment de sécurité était ébranlé. Je rassemblai les papiers nécessaires pour me rendre à Berne et me présenter au bureau de la Croix-Rouge suisse. J’arrivais avec la demande instante d’accueillir en Suisse tous les enfants des colonies. Bien que l’on connût les événements de La Hille et du Vernet, je ne trouvai aucune compréhension pour ma proposition. On me fit bien plutôt des reproches de ce que je montrais si peu de confiance, malgré l’heureuse libération du Vernet. Je vis qu’à Berne, malgré les nombreuses informations, on ne se représentait nullement le sérieux de la situation et que l’on ne pouvait, ou ne voulait pas, se représenter la réalité.
En novembre 1942, immédiatement après le débarquement américain en Afrique du Nord, les troupes allemandes envahirent le Sud de la France.
Dès lors, nous n’écoutâmes plus la radio sans avoir posté des gardes dans tous les coins alentour du château. Pour tous les juifs et les réfugiés politiques, l’occupation était un coup dur. Ils sentaient nettement le filet se resserrer autour d’eux. Chez nous, c’était surtout le cas des "grands" maintenant devenus de deux ans plus âgés.
Avec Jean tout d’abord commencèrent pour nous de nouveaux temps difficiles. Jean qui, avant Noël, une nuit, après sans doute de longues et dures réflexions, prit lui-même en mains son sauvetage.
Je les aidais encore au besoin avec un peu d’argent de poche. Bien que Lucien et Norbert aient réussi à atteindre l’Espagne, la plupart voulaient lenter de fuir en Suisse. Par les parrainages, ils y avaient déjà une adresse. De plus, Renée Fahrny, qui avait déjà fait passer la frontière à plusieurs personnes, offrait son aide.
Dès lors, nous vécumes tous une grande anxiété: qu’arriverait-il, si un groupe se faisant prendre ? J’appris quels dangers l’illégalité entraîne et maudis mon inexpérience. De toutes façons, je devais porter moi-même la responsabilité de ma faute. A Toulouse, on de devait rien savoir. Mais qu’arriverait-il si la police apprenait quelque chose ? Pouvait-on compter que nos écoliers se tairaient vraiment ? Comment pourrais-je mettre le château en quarantaine pendant la durée du voyage du groupe ? Si étrange que cela paraisse, nous n’avions jusque là jamais eu besoin d’un médecin. Sans savoir clairement comment j’allais m’exprimer, je me trouvai dans le cabinet du médecin le plus voisin et de nouveau j’eus de la chance ! Après que je lui eus dit qui j’étais, le médecin vit aussitôt que je craignais de lui formuler ma demande. En un éclair il saisit la situation, me tranquillisa, et me promit de déclarer à l’école et à la police, une épidémie de scarlatine à La Hille. Cela nous dispensait d’avoir des visiteurs de Toulouse, qui avaient déjà été invités pour les fêtes de Noël !
Ceux qui avaient décidé de s’enfuir avaient eux-mêmes choisi la période de Noël. Mais nous ignorions tous que précisément à ce moment, en Suisse, on surveillait mieux la frontière, et que même on l’avait fermée. Des gens qui étaient arrivés à atteindre le sol suisse avaient été en partie refoulés, ce qui pour beaucoup signifiait une mort certaine. Un téléphone de la frontière fit l’effet d’une bombe. Ce que l’on redoutait était arrivé. Le groupe de Walter et Inge étaient tombés aux mains des Allemands avant d’atteindre la frontière. Sans avoir mes papiers de circulation tout-à-fait en ordre, je pris le train le jour même, et voyageai toute la nuit jusqu’à Annemasse et Saint-Cergues. Dix fugitifs avaient réussi à atteindre la Suisse, et maintenant ce malheur! Je pus, sans être remarquée, frapper à la porte de notre home pour enfants de Saint-Cergues, où Renée me tira énergiquement à l’intérieur, avec ces mots : "Tu n’aurais pas dû venir, nous attendons les Allemands d’un instant à l’autre". J’appris alors que Renée comme à l’ordinaire, avait quitté le groupe au milieu de la nuit, en lui disant de marcher tant de mètres dans une certaine direction. Mais Inge était revenue encore avant l’aube, pour vite l’informer que le groupe avait soudain entendu un bruit suspect. Après un long moment d’attente silencieuse, Walter avait chuchoté qu’il avancerait très prudemment et que, si tout était tranquille, il reviendrait les chercher. Mais Walter n’était pas revenu, et elle-même avait été tout à coup arrêtée par des Allemands, et conduite au poste allemand. Pour les Allemands, il avait été facile d’obtenir les aveux des plus jeunes, épuisés et pris d’une terreur mortelle. Ainsi les Allemands connaissaient La Hille, et mon nom.
Comment aurais-je pu n’être pas profondément triste, ne pas me sentir honteuse et pleine de rage lorsque j’entendis que Inge, après avoir réussi une deuxième tentative de passer la frontière, avait été arrêtée par les Suisses ; "par chance", ils l’avaient remise à la police française. Renée avait raison, je ne devais pas rester plus longtemps et devais me douter qu’à La Hille, surtout parmi les "grands" qui n’avaient pas encore pris la fuite, la panique avait éclaté. Je gagnai Annemasse sans encombre et attendis sur le quai de la gare plein de monde un train en direction de Toulouse. Soudain, un mouvement se produisit dans la foule, et je vis Walter détenu entre deux policiers français. Il paraissait leur demander quelque chose avec insistance, et être encouragé par des femmes qui se trouvaient là par hasard. Lorqu’ils furent tout près de moi.
Walter parvint à me dire en allemand: "J’ai dit à la police d’où je viens, et que j’avais volé l’argent qu’ils ont trouvé sur moi. Ne pleurez pas, Mademoiselle Näf, je vais simplement être mis dans une prison française, et, comme je n’ai pas encore 18 ans, ils me renverront à La Hille".
Plusieurs heures plus tard, ma collaboratrice, Mademoiselle Tännler, à La Hille, me rapporta ce qui, entre-temps, s’y était passé.
Peu de temps après, je reçus par l’intermédiaire de Toulouse, une invitation à me présenter à la légation de Suisse à Vichy. Monsieur et Madame Dubois m’y accompagnèrent. Lorsque je fus interrogée par le Ministre Stucki, je me sentis comme un pauvre pécheur. En termes vifs, il condamna ma conduite, par laquelle j’avais mis en danger la grande activité de Secours de la Croix-Rouge suisse en France. Toutes ses paroles et les miennes furent notées par deux sténographes, puis je fus congédiée, et retournai à ma chambre d’hôtel.
Bien qu’heureuse de me retrouver dans la rue, j’étais en fureur, et comprenais de moins en moins ce monde de la guerre.
Après des heures passées dans ma chambre d’hôtel à réfléchir à ma situation stupide, mais plus encore à la condition toujours encore dangereuse des enfants, on frappa à ma porte. Un employé de la légation suisse m’apportait une invitation à me présenter encore une fois à la légation. J’étais d’autant plus étonnée, que ce n’était plus les heures de bureau. Mon état d’esprit, encore chargé des événements de la matinée, subit presque un choc quand le Ministre Stucki m’invita aimablement à entrer dans son bureau. Son attitude était toute différente de celle du matin. Il avait bien mieux compris la situation des enfants que je n’avais pu le pressentir le matin, et ce fut un vrai baume à mon désespoir et à mes incertitudes lorsqu’il me dit qu’il était heureux qu’il existe aussi des Suissesses comme moi. Comme un oncle bienveillant, il me demanda en conclusion si j’avais besoin d’argent. Il existait un fonds, occasionnellement alimenté par des industriels, et destiné à des buts utiles. Je dus honnêtement reconnaître que mes dépenses nécessaires étaient couvertes par la Délégation de Toulouse. "Alors, prenez ceci", dit-il, en ouvrant une armoire dans laquelle je vis à mon étonnement une grande quantité de chocolat suisse. ... Il m’en donna autant que j’en pouvais porter. Par le premier train, nous repartîmes, les Dubois et moi, vers le Sud, retrouver nos problèmes.
Alors que, le 23 février 1943, je revenais de Foix, où j’avais fait des achats, Eugen Lyrer, l’instituteur, ainsi que deux "grands" vinrent à ma rencontre. Je vis aussitôt, à leurs visages, qu’un nouveau malheur était arrivé. La police avait emmené Monsieur Schlesinger, Walter Strauss , Fritz Wertheimer , Charles Blumenfeld , Bertrand Eklan , Emil Dortort et les avait conduits immédiatement au Camp de Gurs. En dépit des promesses de Vichy et de Berne, ils furent aussitôt déportés.

Rösli Näf, Glaris, août 1989

28/06/2011
Lien : La Colonie du Château de la Hille

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Familles hébergées, cachées, aidées ou sauvées par Rösli Näf
Egon Berlin
Inge Berlin
Joseph Dortort
Édith Goldapper (dite "Eve Germain")
Adèle Hochberger (dit Dela)
Inge Joseph (dite Irène Marie Jérôme)
Margot Dvorah Kern Erel
Ruth Klonover
Lotte Nussembaum
Rudi Oehlbaum
Walter Rindsberg (dit Reed)
Jacques Roth
Isi Véléris
Ilse Wulff

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Vous êtes venus me chercher L'histoire de Rosa Goldmark, Récit 157 pages, réalisation 2014
Auteur : SYLVIE GOLL SOLINAS - terminal



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1 France 2 (Reportage. Portrait de Madeleine* et Victoria CORDIER*, deux sœurs, habitantes du Jura, qui ont aidé à sauver des juifs de la déportation pendant la seconde guerre mondiale. Elles ont été décorées de la médaille des Justes.Commentaires sur images factuelles des deux sœurs, interviewées chez elles dans le Jura.13. )
2 Hommage à Anne-Marie Im Hof-Piguet (La Vaudoise est décédée à l'âge de 94 ans. Originaire de la Vallée de Joux, elle avait sauvé des enfants juifs durant la Deuxième Guerre mondiale. )
3 Rencontre avec Paul Niedermann (Conférence de Paul Niedermann (1h24) enregistrée en mars 2011 au collège d'Estagel dans les Pyrénées-Orientales. Paul Niedermann retrace son parcours entre 1935 et 1945 de Karlsruhe à la Maison d'Izieu, en détaillant son passage au Camp de Rivesaltes. )
4 Page Facebook de Lois Gunden Clemens
5 Lien vers l'éditeur du livre "La Villa St Christophe à Canet-Plage" (La Villa Saint Christophe maison de convalescence pour enfants des camps d'internement avril 1941 février 1943 )
6 Vous êtes venus me chercher (Blog de l'auteur - parutions, conférences, signatures... )
7 Elie Cavarroc, Juste des Nations (M. Elie Cavarroc, nommé Juste des Nations. Référence du dossier n°10002 du Comité Français pour Tad Vashem )
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