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Juste parmi les Nations

Marie-Françoise Borel


Mère de René Borel*
Dossier Yad Vashem : 11509
Remise de la médaille de Juste : 2009
Sauvetage : Romainville Ferme de Ville Vert 93230 - Seine-Saint-Denis
Vert-le-Petit 91710 - Essonne
Profession: Caneuse de chaises
Religion : Catholique
Nom de naissance: Lech'vien
Nom d'épouse: Borel
Date de naissance: 06/08/1877 (Plouezec)
Date de décès: 29/11/1964
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Marie-Francoise-Borel
Marie-Françoise Borel
source photo : Arch. fam.
crédit photo : D.R.
Marie-Francoise-Borel
La famille Kwiatek et Marie-Françoise Borel (à droite)
source photo : Arch. fam.
crédit photo : D.R.
Notice

Marie-Françoise Lech’vien*, veuve Borel était une Bretonne de Plouezec. Canneuse de chaises de son état, personnage intéressant, joyeux, difficile, terriblement entêtée (Bretonne...).

Elle ne m’a jamais parlé de ce qu’elle a fait pendant la guerre. Ce n’est pas surprenant : pour les humbles, dont elle faisait partie, la vie d’après 45 était difficile, pas le temps de se pencher sur ce passé tout proche, et puis ça n’intéressait personne.
Ce que d’autres, plus tard, appelleront des "actions héroïques" étaient pour les intéressés, ceux qui sauvaient, rien de plus que des relations de bon voisinage : entre voisins, surtout si on est du même bord et ils l’étaient, on se soutient.

La famille Kaufman, Esther, Eugène et leur petite fille, Hélène, vivait, vivotait du côté de la Place des Lilas, l’est de Paris, le Paris des pauvres.
Ils faisaient parti de ces gens honorables, honnêtes, grands travailleurs, ayant quitté la Pologne des années vingt rongée alors par une espèce particulièrement virulente d’antisémitisme. Ils étaient ravis et reconnaissants d’être accueillis par la France, grande nation, patrie des droits de l’homme, terre de tolérance et de liberté. Ils avaient, dans leur choix, commis une très grave erreur. L’avenir se chargerait de le leur faire comprendre.

Madame Kaufman fût arrêtée par la police parisienne en 42. Drancy, antichambre de la mort, l’accueillit, portes grandes ouvertes. Monsieur Kaufman réussit à l’en faire sortir. C’était rare, difficile mais, de temps en temps, cela arrivait.

Les Kaufman étaient fourreurs et travaillaient en sous-main pour une maison qui fournissait les besoins allemands. Eugène fit valoir que sa modeste production se ressentirait de l’absence d’Esther. Les autorités acceptèrent son raisonnement. Madame fût relâchée.

La Wermarcht avait un très réel besoin de gants fourrés et autres pelisses pour que la vie sur le front de l’est ne fût pas trop contraignante. Le fond de l’air était souvent frais dans les faubourgs de Stalingrad en Décembre 1942.

De cette histoire, éprouvante, les Kaufman conclurent qu’il était souhaitable qu’ils s’évanouissent dans la nature. Rapidement. Ils partagèrent leur réflexion avec la famille Kwiatek, leurs amis.

Il y avait une Madame Kwiatek et deux petites filles, Paulette et Thérèse.
Monsieur Kwiatek, arrêté en mai 1941, victime des premières grandes râfles parisiennes, particulièrement ignobles, était absent. Il avait passé l’hiver 41-42 au camp de Pithiviers avant d’être envoyé dans un de ces tristement légendaires wagons à bestiaux pour Auschwitz en avril 43. Auschwitz dont c’était en somme le lancement dans le domaine des grandes usines de la mort. Peu revinrent. Monsieur Kwiatek fût du nombre.

Comment cacher et où le trio Kaufman ? Madame Kwiatek alla voir son amie Marie-Françoise Borel*, la vieille bretonne. Cette dernière avait-elle une idée pour protéger les Kaufman ? Mais oui, bien sûr : la grand-mère leur offrit son bien modeste deux pièces à Romainville et se replia dans la petite ferme que son fils louait pour elle dans l’Essonne. Un cas réglé.

Un problème en appel souvent un autre. Madame Kwiatek habitait chez des amis sûrs. Ses deux petites filles laissées chez une nourrice, question de sécurité. Une âme bienveillante dénonça la nourrice qui gardait des petites juives. La police parisienne, toujours vigilante, les arrêta le 15 juin 43, belle journée d’été à Paris, pour les boucler au centre de l’Ugif, rue Lamarck. Arrêter deux enfants de 7 et 4 ans...

L’histoire prend maintenant le caractère d’un roman d’Alexandre Dumas (père). Un commissaire de police, ami de Monsieur Kaufman, arrache les deux fillettes du centre de la rue Lamarck juste avant leurs départ pour le camp de Beaune-la-Rolande. J’ai tenu dans mes mains une copie de la liste de la préfecture de police, "liste des effectifs"... délicieux euphémisme pour noter les 154 noms qui s’y trouvent. Cent cinquante tout petits, pures, innocents qui n’ont pas la vie devant eux car ils vont partir pour l’abattoir d’Auschwitz. Trois noms, au bas de la page, Thérèse et Paulette Kwiatek et celui d’un gamin. Les sauvés !
Quelques jours plus tard, les trois Kwiatek se retrouvaient chez ma grand-mère dans la petite ferme de l’Essonne.

Marie-Françoise Lech’vien*, Plouézecaine, veuve Borel, s’occupa, cacha, sauva deux familles de persécutés, donc six personnes, jusqu’à la libération.

Lien vers le Comité français pour Yad Vashem


Histoire
Eugene and Esther Kaufman were married in 1934. After the birth of their daughter Helene in 1936, Eugene and Esther migrated to Paris, France, where they worked as furriers in the Parisian district of Les Lilas.

In 1942, Esther Kaufman was arrested by the German authorities and imprisoned in The Drancy Internment Camp in Paris, where Jews were held prior to being deported to extermination camps. Since Eugene Kaufman’s fur trade was in high demand by the occupation authorities, Eugene was successful at freeing his wife, claiming he needed her help in his trade as a furrier.

Esther’s experiences in the camp brought home the stark and tragic reality that the Jews of Paris were in grave danger. As a result, Eugene and Esther decided it was time for their family to search for a safe shelter.

Fortunately, the Kaufmans’ good friends- the Kwiatek family- put them in contact with their friend and neighbour, Marie Francoise Borel. Marie Francoise offered Eugene, Esther and their little girl refuge in a small house with two rooms in Romainville, close to Paris. The Kaufmans lived there from June 1942 to August 1944. It was clear that Marie’s selfless act had saved the Kaufman family, as their previous apartment was “visited” and “sealed” by the German authorities.

Soon after, the Kwiatek family was faced with mortal danger of their own. Mr. Kwiatek, a hat and glove maker from Poland had moved to Les Lilas with his wife, Faiga, and two young daughters, Paulette and Therese, in 1933.

In June of 1941, Mr. Kwiatek was jailed in the Pithiviers camp and then transported to Auschwitz. Mrs. Kwiatek, now alone, was fortunate to receive some aid from her gentile neighbours; at night, Faiga Kwiatek would leave her two daughters in the care of a wet nurse. However, in June of 1943, an informant disclosed the location of the two young girls, and Paulette and Therese, age 7 and 3 at the time, were arrested by the Gendarme (French police) and taken to Paris. Fortunately, a family friend intervened and the girls were released.

Following this event, Marie Francoise offered Faiga Kwiatek and her two daughters shelter in her little country home in the area of Ville Vert near Limours (today part of the Essonne province) where they lived from June 1943-1945.

Faiga assisted with the agricultural duties and the family enjoyed the loving and protective treatment from all of their surrounding neighbours, who well knew the circumstances of how the Kwiatek family came to their village. They lived a sheltered and calm life and Marie Francoise treated Paulette and Therese like her natural grandchildren.

After liberation, Mrs. Kwiatek and her eldest daughter, Paulette, returned to Les Lilas, while Therese continued to live with Marie Francoise for a few more months. In time, Mr. Kwiatek, who had survived Auschwitz, came to reclaim his daughter Therese and the two returned to Les Lilas, where the family was reunited.

Helene Kaufman and Therese Hollander (nee Kwiatek) asked Yad Vashem to award Mrs. Marie Francoise Borel with the Righteous Among the Nations title, in recognition of her actions in saving the lives of Eugene, Esther and Helene Kaufman and Faiga, Paulette and Therese Kwiatek.

23/11/2011
Lien : Yad Vashem Canada

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En savoir plus…

Etoile jaune: le silence du consistoire centrale , Mémoire ou thèse 7 pages, réalisation 2013
Auteur : Thierry Noël-Guitelman - terminal
Lorsque la 8e ordonnance allemande du 29 mai 1942 instaure l'étoile jaune en zone occupée, on peut s'attendre à la réaction du consistoire central. Cette étape ignoble de la répression antisémite succédait aux statuts des juifs d'octobre 1940 et juin 1941, aux recensements, aux rafles, aux décisions allemandes d'élimination des juifs de la vie économique, et au premier convoi de déportés pour Auschwitz du 27 mars 1942, le consistoire centrale ne protesta pas.


Liens externes [Ajouter un lien vers un article d'intérêt ou un site internet]
1 Juifs en psychiatrie sous l'Occupation. L'hospitalisation des Juifs en psychiatrie sous Vichy dans le département de la Seine (Par une recherche approfondie des archives hospitalières et départementales de la Seine, l'auteur opère une approche critique des dossiers concernant des personnes de confession juive internées à titre médical, parfois simplement préventif dans le contexte des risques et des suspicions propres à cette période. La pénurie alimentaire est confirmée, influant nettement sur la morbidité. Ce premier travail sera complété par un examen aussi exhaustif que possible des documents conservés pour amener une conclusion. )
2 Héros de Goussainville - ROMANET André (Héros de Goussainville - Page ROMANET André )
3 Résistance à la Mosquée de Paris : histoire ou fiction ? de Michel Renard (Le film Les hommes libres d'Ismël Ferroukhi (septembre 2011) est sympathique mais entretient des rapports assez lointains avec la vérité historique. Il est exact que le chanteur Selim (Simon) Halali fut sauvé par la délivrance de papiers attestant faussement de sa musulmanité. D'autres juifs furent probablement protégés par des membres de la Mosquée dans des conditions identiques.
Mais prétendre que la Mosquée de Paris a abrité et, plus encore, organisé un réseau de résistance pour sauver des juifs, ne repose sur aucun témoignage recueilli ni sur aucune archive réelle. Cela relève de l'imaginaire. )
4 La Mosquée de Paris a-t-elle sauvé des juifs entre 1940 et 1944 ? une enquête généreuse mais sans résultat de Michel Renard (Le journaliste au Figaro littéraire, Mohammed Aïssaoui, né en 1947, vient de publier un livre intitulé L’Étoile jaune et le Croissant (Gallimard, septembre 2012). Son point de départ est un étonnement : pourquoi parmi les 23 000 «justes parmi les nations» gravés sur le mémorial Yad Vashem, à Jérusalem, ne figure-t-il aucun nom arabe ou musulman ?
Il mène une enquête, cherche des témoins ou des descendants de témoins, évoque la figure de Si Kaddour Ben Ghabrit, directeur de l’Institut musulman de la Mosquée de Paris de 1926 à 1954, fait allusion à d’autres personnages qu’il a rencontrés, et plaide pour une reconnaissance mémorielle d’actes de solidarité, de sauvetage, de juifs par des musulmans durant cette période. Et pour leur reconnaissance et inscription sur le mémorial de Yad Vashem.
Cet ouvrage est fréquemment mentionné par voie de presse, avec force sympathie. Mais… rares sont les critiques, positives ou négatives, réellement argumentées. On a le sentiment que ce livre est légitime, généreux, qu’il "tombe" bien en cette période.
C'est ce que le sociologue américain Merton avait repéré dans les phénomènes d'identification et de projection même si le rapport à la réalité est totalement extérieur. Aujourd'hui, l'Arabe musulman, sauveteur de juifs, devient un type idéal auxquels de nombreux musumans ont envie de croire. La réalité n'est pas celle-ci, mais peu importe ! On reproduit la quatrième de couverture du livre (qu'on n'a pas lu), on ose quelques citations d’extraits… Mais personne ne se hasarde à une évaluation de la validité historique de sa teneur. )
5 Exposition "L'enfant cachée" (Exposition pédagogique pour accompagner la lecture de l'album L'enfant cachée (Le Lombard, 2012) et découvrir l'Histoire. 2012)

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