Située dans le troisième arrondissement de Lyon, face au fort militaire, la prison militaire de Montluc est édifiée en 1921.
Désaffectée dès 1932, elle est remise en service au début de la guerre. Sous le gouvernement de Vichy, la population carcérale s’accroît. Elle accueille les premiers résistants poursuivis pour "menées antinationales", c’est-à-dire principalement la distribution de tracts contre le régime de Vichy et nombre d’"indésirables" y sont enfermés.
En novembre 1942, après l’invasion de la zone libre, les Allemands réquisitionnent Fort Montluc pour y entasser les persécutés raciaux, Français ou étrangers, résistants, otages ou juifs en attente de déportation, dont Jean Moulin et Raymond Aubrac, le général de Lattre de Tassigny, l’historien Marc Bloch, l’industriel Marcel Bloch-Dassault, les enfants d’Izieu… et de nombreux autres.
Le réfectoire, le magasin et la "baraque" en bois située dans la cour sont eux aussi transformés en espaces de détention. Les prisonniers juifs sont prioritairement cantonnés dans la baraque, désormais appelée "baraque aux juifs".
Témoignage Quand les Allemands venaient chercher les détenus, il y avait l’appel. C’était “avec bagage” ou “sans bagage”. Avec bagage, ça voulait dire la déportation ; sans bagage, c’était ou la fusillade ou la torture une fois de plus. Alors la fusillade que l’on appréhendait tant avant d’être pris par les allemands, eh bien on la demandait presque une fois que l’on avait été pris1
La Gestapo occupe les lieux et y incarcère les résistants arrêtés. Ceux désignés pour l’interrogatoire partent le matin pour l’École de Santé Militaire où ils passent la journée sans nourriture avant d'être ramenés en cellule à l'École de Santé Militaire.
Après le débarquement du 6 juin 1944, la répression allemande s’intensifie et les exécutions sommaires, les massacres de détenus se multiplient. On recense au moins 682 prisonniers assassinés dans 33 sites des environs de Lyon jusqu’au 21 août 1944, dont 109 à Bron du 17 au 22 juin et 120 à Saint-Genis-Laval le 20 août. Le 23 août, des résistants sont extraits de leurs cellules et fusillés dans les locaux de la Gestapo, place Bellecour.
Le 20 août 1944
Dans le fort de Lorette, furent massacrés 120 prisonniers du fort de Montluc, sous les ordres de Klaus Barbie.
La Libération
Suite aux menaces et pressions de la Résistance, qui cerne le quartier afin d’empêcher toute évacuation de prisonniers, les Allemands acceptent de quitter Montluc le 24 août, à condition d’avoir la vie sauve.
La prison est ainsi libérée dix jours avant la libération totale de la ville de Lyon.
Après la guerre, des statistiques officielles font état de 7 731 Français et étrangers internés à Montluc du 11 novembre 1942 au 24 août 1944.
Parmi eux, 622 auraient été fusillés, 2 565 déportés (dont 840 rapatriés), 2 104 auraient été libérés. On ignore le sort des 2 440 autres personnes incarcérées à Montluc.2
À la suite de l’arrestation du 21 juin 1943 à Caluire, Jean Moulin et ses compagnons sont transférés à Montluc. À son arrivée, Jean Moulin est répertorié sur le registre d’écrou sous le pseudonyme de "Jacques Martel".
Jean-Pierre Azéma commente les annotations du registre écrites à partir "des vrais-faux papiers de Jean Moulin : il fut écroué à la prison de Montluc sous le nom de Jacques Martel, né le 29 avril 1897 à Picquigny (il est vraisemblable que l’État-civil de cette bourgade de la Somme avait disparu dans la tourmente de 1940). Se disant décorateur (il pouvait faire montre d’aptitudes en la matière), habitant 17, rue Renan (c’était son ancien domicile), il avait indiqué qu’il était célibataire et catholique (donc non juif)."3
Jean Moulin occupait la cellule 130, située en face de celle du docteur Dugoujon qui témoigne : "[…] je l’ai vu le mardi [22 juin] au matin à la toilette, le mardi après-midi à la promenade qui consistait à tourner dans la cour pendant un petit moment. Max s’était mis à coté de moi et, à la fin de la promenade il a pu me dire cette phrase que je trouve bien émouvante : "Je vous souhaite bon courage". […] Le mercredi à 2h, par l’oeillère de la porte de la cellule à laquelle j’étais rivé pour tuer le temps, j’ai vu arriver deux ou trois policiers allemands qui l’ont emmené d’une façon brutale et l’ont ramené le soir avec un pansement autour de la tête et il boîtait."4
Famille Waserman : Nationalité Apatride Chawa Waserman, juive, a été arrêtée comme résistante dans le train qui venait de Savoie avec des tracts dans son sac. Elle fut internée au Fort Montluc et subit la torture de "la baignoire" dont elle revint les tympans crevés et les vertèbres cassées. Elle passa de nombreuses années à Berck Plage et je l'ai toujours connue allongée sur une planche. En reconnaissant Barbie le jour de son arrestation, elle a eu un infarctus et est décédée lors de l'annonce faite par Maître Vergès à la télévision, alors qu'elle était en convalescence dans une maison de repos.
Arrivée au lieu d'internement
: 15/05/1943
(Source: familiale )
Liens externes
[Ajouter un lien vers un article d'intérêt ou un site internet] 1 Centre d'études tsiganes (Bibliographie
)
2 Blog sur quelques Justes et sur le livre (Blog hébergé par la Tribune de Genève sur quelques justes honorés par Yad Vashem sur l'intervention du délégué pour la Suisse et la région frontalière Ain et Haute-Savoie, Herbert Herz, ainsi que sur divers événements organisés autour de la parution du livre "Mon combat dans la Résistance FTP-MOI" ) 3 Le site du poète Pierre Emmanuel (Le site officiel du poète Pierre Emmanuel. Vous y trouverez aussi des pages sur sa vie et son action à Dieulefit durant la guerre, à Beauvallon, puis à la Roseraie. ) 4 Guy Sanglerat, ancien membre du Coq Enchaîné (Le Coq Enchaîné était un réseau de résistance de la région qui pendant l'occupation allemande rassemblait des syndicalistes, des socialistes et des radicaux de la mouvance d’Édouard Herriot. Membre du réseau, Guy Sanglerat publie ses souvenirs.. )
5 Le Coq enchaîné (Le Coq enchaîné : un journal clandestin sous l'occupation allemande. Le premier numéro fait son apparition en mars 1942. Les membres du Coq Enchaîné mèneront aussi des actions de résistance. Il a compté jusqu'à 400 membres. Le réseau sera décimé en 1943. Guy Sanglerat raconte ... )
6 Les archives du conseil général de Savoie (La liste des 168 "travailleurs israëlites" en partance de Ruffieux, établie le 24 Août 1942. )
12/04/1939 -Décret du 12 avril 1939 sur la création des CTE (Compagnies de Travailleurs Étrangers). 27/09/1940 -Loi du 27 septembre 1940 sur la création des GTE (Groupements des Travailleurs Étrangers). 22/02/1941 -Décret du 22 février 1941 sur les sanctions à appliquer dans les GTE (Groupements des Travailleurs Étrangers). 25/08/1942 -Rafle des Juifs étrangers effectuée par la police et la gendarmerie française dans la nuit du 25 au 26 août. 11/11/1942 -Les Allemands et les Italiens se partagent la zone dite "libre". 21/10/1943 -Libération de Raymond Aubrac et d'autres résistants, lors d'un coup de force de la Résistance, près du fort de Montluc. 12/06/1944 -23 résistants sont emmenés de Fort et exécutés à la mitraillette près de Neuville-sur-Saône. 20/08/1944 -110 résistants internés à Fort Montluc sont emmenés par les Allemands et les miliciens au Fort de Lorette à Saint-Génis-Laval où ils seront abattus à la mitraillette et au fusil. 24/08/1944 -Fort Montluc est libéré le 24 août 1944. 02/11/1945 -Ordonnance du 2 novembre 1945 sur la dissolution des GTE (Groupements de Travailleurs Étrangers). 14/09/2010 -Une partie de la prison a été transformée en espace mémoriel par le ministère de la Défense et une trentaine de cellules ont été rénovées. Des photographies et des biographies de détenus y sont exposées. Parmi les parcours présentés, on compte, bien sûr, celui de Jean Moulin.
Témoignages, mémoires, thèses, recherches, exposés et travaux scolaires [Ajouter le votre]
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Notes
- 1 - Témoignage de Cellard fils dans le film Dans la nuit, la liberté.
- 2 - CHRD Lyon
- 3 - Jean-Pierre Azéma, Jean Moulin, le rebelle, le politique, le résistant, Perrin, 2003.
- 4 - Cité dans Daniel Cordier, Jean Moulin, la République des catacombes, Gallimard, 1999
Alexandre Angeli
(1940 - 1944) Alexandre Benoît Joseph Angeli, Préfet régional de la région de Lyon (Ardèche, Drôme, Haute-Savoie, Isère, Loire, Rhône, Savoie et les parties non-occupées de l'Ain, du Jura et de Saône-et-Loire) (1893-1962) (1893-1962)
Édouard Bonnefoy (24/01/1944 - 05/1944) Préfet régional de la région de Lyon (Ardèche, Drôme, Haute-Savoie, Isère, Loire, Rhône, Savoie et les parties non-occupées de l'Ain, du Jura et de Saône-et-Loire). Résistant, il sera dénoncé par la Milice, arrêté par la Gestapo et déporté à Neuengamme (1899-1945).
André Boutemy
(1944 - 1944) Préfet régional de la région de Lyon (Ardèche, Drôme, Haute-Savoie, Isère, Loire, Rhône, Savoie et les parties non-occupées de l'Ain, du Jura et de Saône-et-Loire) (1905-1959)
Yves Farge
(1944 - 1945) Commissaire régional de la République de la région de Lyon (Ardèche, Drôme, Haute-Savoie, Isère, Loire, Rhône, Savoie et les parties non-occupées de l'Ain, du Jura et de Saône-et-Loire) (1899-1953)
Henri Longchambon
(1944 - 1946) Préfet du Rhône puis commissaire de la République pour la région Rhône-Alpes (1896-1969)
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