Guy Treister est né en 1933 à Croix, non loin de Lille (Nord), où ses parents, des juifs polonais, s'étaient établis dans les années vingt. Anna Treister, la mère de Guy travaille dans un home protestant pour enfants.
Lorsque la guerre éclata, Julien Treister, le père de· Guy, s'engagea dans la Légion étrangère et Anna, sa femme, se retrouva seule enceinte, avec Guy et son frère Richard, né en 1937. Anna Treister accouche le 7 janvier 1940 de Josette.
Le 26 mai 1940, les Allemands bombardent Lille et ses environs. La maison des Treister est touchée et les deux garçons blessés; le bras gauche de Guy doit être amputé. Le 11 septembre 1942, veille de Roch Hachana, des gendarmes se présentent au domicile des Treister, dont le nom figure sur la liste des juifs étrangers. Ils ne trouvent personne. Une voisine à prévenu Anna. La voisine et les collègues du home où travail Anna, lui conseillent de s'adresser à leur Pasteur Henri Nick*, qui aide les Juifs et les résistants.
Grâce au pasteur*et à son fils, Pierre-Elie Nick*, Guy Treister est placé dans à Cateau-Cambrésis, situé à 80 km de Lille, dans une famille protestante, les Lamotte. François* et Thérèse* Lamotte ont une cinquantaine d'années. Ils ont adopté trois filles : Lucie* (Halloie), qui avait alors vingt-six ans, Alice* (Terrier), vingt-quatre ans, et Maria* (Zielona), dix-neuf ans. La famille n’est pas très riche. Thérèse* reste au foyer pour s'occuper de sa famille et de son vieux père, qui habite chez eux. François* est inspecteur des eaux et forêts à la mairie; les trois filles travaillent en usine.
Anna Treister n’a pas les moyens de payer les Lamotte pour l'entretien du petit Guy, mais la famille ne lui demande jamais rien. Du fait de son handicap, l'enfant à pourtant besoin d'être aidé pour les activités les plus simples. Il fréquente l'école du quartier et la troupe locale de scouts. Les Lamotte, qui l'ont accueilli de grand cœur, disent aux voisins que c'est le cousin de l'une de leurs filles adoptives. Ces dernières font de leur mieux pour lui faciliter l'existence pendant les dix-huit mois qu'il passe au Cateau-Cambrésis, d'octobre 1942 à avril 1943. Elles l'aident à se laver et à s'habiller et elles l’emmènent au cinéma et en promenade. Le samedi, Guy va parfois voir sa mère, Anna, qui se cache dans le village voisin d'Inchy. I1 a adopté le même nom d’emprunt : Ducorcq. Le dimanche. « Guy Ducorcq » assistait à l'office protestant avec la famille Lamotte.
Son jeune frère, Richard, vis lui aussi trois mois chez les Lamotte, qui l'accueillent de grand cœur.
Victor Aymard*, chez qui Anna et Josette Treister sont cachées, trouve également une place à l’orphelinat de Lille pour Guy et Richard. C’est là que les frères de Marie* vont les chercher tous les dimanches pour déjeuner avec leur petite sœur. Quant à leur maman, elle venait y dormir tous les deux jours.
Quelques mois avant la Libération, Julien Treister est libéré de son camp de prisonniers et rentre à Lille. Victor* et Marie Aymard* accueillent Julien Treister et Anna. Ils les hébergent sans aucune contrepartie financière. La famille fut finalement réunie au complet au domicile des Aymard deux mois avant la fin des hostilités.