Julien Treister et sa femme Anna Godsztayn sont d'origine polonaise, ils ont trois enfants, Guy, Richard et Josette, qui née à Lille le 7 janvier 1940. Anna Treister est employé dans un home portestant.
Ils vivent en France depuis plus de vingt ans mais n’ont jamais obtenu la nationalité française.
Julien Treister s'engage dans la Légion étrangère. À la naissance de sa fille il est prisonnier de guerre.
Le matin du 11 septembre 1942 veille de Roch Hachana, le nouvel an juif, les Allemands lancent une grande rafle à Lille ; la plupart des personnes arrêtées sont des juifs n'ayant pas la nationalité française. La famille Treister, qui est enregistrée au commissariat en tant que juifs étrangers, figure sur la liste des gens à déporter. Lorsque les gendarmes se présentent dans leur appartement, Anna Treister et la petite Josette, âgée de deux ans et demi, se trouvent à la crèche où Anna Treister est employée. Les deux garçons sont à l'école non loin de là. Une voisine affolée courre avertir Anna de ne pas rentrer chez elle avec les enfants.
Avec l'aide de voisins et de personnes qu'elle connait, pour la plupart des membres de la paroisse protestante qui dirige la crèche, Anna trouve des cachettes pour toute sa famille. Josette est hébergée par les Aymard. Victor* et Marie Aymard* sont un couple sans enfants, ils ont une quarantaine d’année. Victor* est garçon coiffeur à Lille.
Josette s'adapte admirablement au changement. Elle devient "la fille" des Aymard. Ils la présentent comme leur nièce à leurs voisins. Le risque qu’il prenait était d’autant plus grand que l’enfant était encore de nationalité polonaise. Ils la firent admettre à l’école catholique sous leur patronyme. Le Père Léon Demedt, curé de la paroisse, leur proposa même de leur procurer un faux certificat de baptême au besoin.
Victor* trouve une place à l’orphelinat de Lille pour les deux frères de Josette, Guy et Richard. C’est là que les frères de Marie* allaient les chercher tous les dimanches pour déjeuner avec leur petite sœur. Quant à leur maman, elle venait y dormir tous les deux jours.
Quelques mois avant la Libération, Julien Treister est libéré de son camp de prisonniers et rentre à Lille. Les Aymard accueillent Julien Treister et Anna chez eux et les hébergent jusqu'à la Libération sans aucune contrepartie financière.
Après la guerre, les Aymard continuent à traiter Josette comme leur fille. À la mort de Victor Aymard * en 1972, Marie* vient habiter chez Josette, sa seule «fille », et l'aide à élever ses deux enfants, qui la considèrent comme leur grand-mère.