Avant la guerre, la petite Monique Ségal vivait avec sa mère, Rachel, sa sœur et sa grand-mère à Paris.
Son père, Aaron Ségal tombe au champ d’honneur le 13 juin 1940.
Rachel se retrouve seule avec ses deux fillettes et Mme Ségal, la mère de son mari. Il n’y a pas beaucoup d’argent et la jeune femme doit travailler dur pour faire subsister sa petite famille.
Mme Ségal est arrêtée en 1942 et sera déportée sans retour.
Tremblante pour ses enfants devant la menace de déportation qui pèse sur les Juifs en France, Rachel Ségal fait appel au Secours National, une organisation d’aide aux familles de prisonniers de guerre pour trouver une cachette sûre pour les petites.
C’est ainsi que Monique, 4 ans, arrive chez les Baleste*, à Lüe, en 1942 pour un mois de vacances.
Sébastien Baleste*, quinquagénaire, grand blessé de la Première Guerre mondiale, est un membre actif de l’organisation. Sébastien* et Maria*, sa femme, sont commerçants. Ils vivent avec Jacqueline*, leur fille étudiante âgée de vingt et un ans et les parents de Maria, M. et Mme Duvignac.
Au bout de ce mois, par une lettre, la mère de Rachel Ségal demande aux Baleste* de garder Monique car toute la famille est recherchée par les Allemands.
Convaincus qu’elle sera plus en sécurité si elle est prise pour une catholique, ils la font baptiser après avoir obtenu l’accord de sa mère et la font passer pour leur fille.
Rachel, la mère de Monique, et son oncle Joseph Leiba qui sont entrés dans la Résistance, lui rendent visite de temps en temps avec sa sœur. Ces visites attirent l’attention d’un mouchard local. Ils cessent alors les visites pour ne pas faire risquer la dénonciation aux Baleste*, qui sont très surveillés.
Monique demeura chez la famille Baleste* jusqu’en 1950, date à laquelle Rachel, remariée, put à nouveau assumer ses deux filles.
Pendant les huit années que Monique passe chez les Baleste*, elle y est traitée comme un membre de la famille et restera très liée avec ses parents d’adoption et sa "grande sœur" Jacqueline*.
Monique se maria et émigra aux États-Unis avec son mari. Avant de quitter la France, elle acheta un appartement dans l’immeuble où habitait Jacqueline Baleste* épouse de Saint-Quentin à Paris, afin de pouvoir être près de sa "sœur" à chacune de ses visites en France.
Avant la guerre, Monique Escudero (née Ségal) vivait avec sa mère, sa sœur et sa grand-mère à Paris. Son père, Aaron Ségal, avait été porté disparu en 1940 et sa grand-mère déportée en 1942. Monique a 4 ans en 1942 lorsqu'elle est placée, pour un mois de vacances, par le Secours National dans une famille d'accueil dans les Landes, chez Sébastien et Maria Baleste, les parents de Jacqueline. Au bout d'un mois, Rachel, la mère de Monique demande aux Baleste de garder sa fille car toute sa famille est recherchée par les Allemands. Par sécurité, Monique est baptisée et les Baleste la font passer pour leur fille. Rachel et l'oncle de Monique entrent dans la Résistance, et lui rendent visite de temps en temps mais, dénoncés par quelqu'un du village, ils cessent leurs visites pour ne pas faire prendre de risques aux Baleste. Monique va rester dans la famille Baleste jusqu'en 1950.
J'habite Lüe : Un village de 700 habitants blotti au milieu des pins, un petit village, un village sans histoire comme tous les villages. J'y suis née et j'y ai grandi ; je suis là quand la guerre de 38/39 se déclenche. En 1940, lorsque mon père apprend qu'on demande des familles pouvant accueillir des enfants de prisonniers de guerre, nous en parlons à la maison et nous décidons d'accueillir un petit garçon. Je suis folle de joie car je suis fille unique ; j'ai envie d'un petit garçon car je suis une fille : alors on s'inscrit pour avoir un petit garçon… et c'est ainsi que Monique rentre dans notre vie.
Il se passe en fait quelque chose d'assez extraordinaire : Nous partons mon père moi-même et une dame d'une autre famille pour aller accueillir le train qui amène les enfants. Et quand nous arrivons à la gare les enfants sont déjà descendus du train tous avec leurs petits badges, sur lequel figure leur nom et leur famille d'accueil. Tous ont trouvé leur famille ; la dame qui nous accompagne a eu sa fille puisqu'elle avait demandé une fille et nous nous n'avons personne… Alors on va voir le responsable.
Il nous dit que nous avons été oubliés… Mais depuis l'arrivée du train, je vois sur le quai une petite fille aux longs cheveux blonds, qui aune robe rouge, en velours, et qui pleure ; elle donne la main à un grand garçon. Je la vois tout de suite. Je ne vois qu'elle. Et quand on nous dit que nous n'avons personne, je demande à qui est cette petite fille qui pleure tant… Alors on me dit ignorer qui elle peut être : elle a été jetée dans le train peu après le départ. Elle donne la main à un petit garçon car elle veut s'accrocher à quelqu'un. Je demande alors si on ne peut pas nous la confier. Cela arrange tout le monde. On ne sait pas son nom, on ne sait pas d'où elle vient…
Et je pars avec cette petite fille, tellement traumatisée qu'elle n'arrive même pas à dire son nom. Nous partons avec elle : je suis folle de joie car déjà je sens quelque chose entre elle et moi ; c'est indéfinissable mais je l'ai choisie. Je suis si heureuse ! Nous allons manger au restaurant et à un moment papa s'en va. Comme je lui dis que je veux rejoindre la voiture, elle refuse, en disant qu'il faut attendre mon père. Ce sont ses premières paroles. Nous attendons que papa revienne et nous partons ensemble.
Nous arrivons à Lüe. Là c'est terrible : elle est traumatisée. Elle pleure beaucoup ; elle ne sait plus qui elle est… Quelques jours après nous recevons une lettre de Monsieur Lacroix nous disant que cette petite fille s'appelle Monique Ségal, qu'elle est juive, et qui nous demande si nous voulons tout de même la garder : elle a été jetée dans le train par sa grand-mère qui se cache. C'est ce qui l'a traumatisée.
Nous répondons qu'il n'y a pas de problème, que nous gardons Monique, que nous l'aimons déjà tous : que ce soit mon père, ma mère, mes grands parents, nous sommes déjà tous en admiration devant elle.
Quelque chose en moi me dit que Monique ne partira pas au bout d'un mois, car nous ne sommes censés garder ces enfants que le temps de l'été. Quelques jours avant la fin théorique de son séjour nous recevons un télégramme de sa maman, Rachel : "Gardez Monique, lettre suit."
Et dans la lettre qui arrive peu après, Rachel nous demande de garder Monique, indiquant que sa grand-mère vient d'être arrêtée, que son frère Daniel n'échappe aux rafles qu'en se cachant sous un lit et qu'elle-même part en zone libre. Nous gardons donc Monique, ce qui n'est pas simple, car le village est occupé par des soldats allemands et par des SS. Deux SS vivent chez nous, dans notre maison. Ils ne se doutent de rien. On leur dit que Monique est notre fille. Ils tiennent parfois des propos très désagréables sur les juifs en sa présence. On a très peur.
Les deux SS sont logés dans une chambre de la maison ; la kommandantur est à deux pas, et l'on vit vraiment en osmose. De temps en temps Rachel et son frère Daniel viennent voir Monique et puis un jour, quelqu'un les dénonce. Quelqu'un qui n'est pas du village. Pour les gens de Lüe, être juif ce n'est pas très important. C'est une religion, ça s'arrête là. Le village sait que Monique est juive. Une dame vient nous prévenir : on nous a dénoncés un jour où Rachel est venue voir sa fille et Daniel aussi ; ils sont venus tous les deux, La maman et l'oncle. Nous avons passé une nuit assez difficile car Rachel et Daniel ne pouvait pas partir ; il n'y avait pas de train ; alors on les a cachés. Le lendemain matin, un allemand vient dans la cour avec un gros chien ; il rentre chez nous mais ne va pas plus loin… Les allemands respectent mon père à cause de ses blessures de guerre. Ils éprouvent un certain respect pour lui : on est un peu à part. Un jour, mon père excédé par un allemand qui nous offre du chocolat le lui jette au visage… Nous avons très peur en pensant à ce que ce geste peut nous coûter…
Finalement nous ne somme pas ennuyés . Rachel et Daniel repartent. Et la vie continue comme cela, jusqu'à la Libération. On a pas vraiment peur. On est en retrait, mais l'on sait ce que l'on risque. Mon père est courageux. On aime tellement Monique : c'est une histoire d'amour. Tout est une histoire d'amour finalement, un enfant qui a besoin de vous, qu'il soit juif, arabe, quelle que soit son origine, on l'aime, on veut le protéger. On n'a pas vraiment de mérite. On sait bien qu'on risque un petit peu, mais tout ce qu'on fait c'est par amour, et pour protéger cette petite fille à laquelle nous nous sommes tellement attaché aussi bien qu'à sa famille : on aime beaucoup Rachel, la maman de Monique.
Lorsque Monique nous arrive, elle a 3 ans. Un jour on nous dit que Monique a une sœur qui s'appelle Jacqueline et qu'il faut aussi lui trouver une famille d'accueil ; on lui trouve une veuve qui l'accueille à 5 Km de Lüe. On essaye de réunir les enfants le plus souvent possible : les petites filles se voient, ce qui est très bon pour elles. Néanmoins, très vite, Jacqueline qui a 2 ans quand elle arrive, ne reconnait plus sa maman. Quand Rachel vient, c'est bouleversant ; les deux petites sont à la maison pour accueillir leur mère, et Jacqueline lui dit « bonjour Madame ». Nous pleurons tous… Monique est vraiment ma fille : j'ai 18 ans… Je fais mon apprentissage de mère avec elle…
Réseau de sauvetage Sébastien Baleste (Mari de Maria Baleste. Père de Jacqueline Baleste) Maria Baleste (Epouse de Sébastien Baleste. Mère de Jacqueline Baleste)
Familles hébergées, cachées, aidées ou sauvées par Jacqueline Baleste Monique Saigal
Chronologie[Ajouter]
Cet article n'est pas encore renseigné par l'AJPN, mais n'hésitez pas à le faire afin de restituer à cette commune sa mémoire de la Seconde Guerre mondiale.
Témoignages, mémoires, thèses, recherches, exposés et travaux scolaires [Ajouter le votre]
Paul Joseph dit Joseph Bourson Arrêté comme otage et fusillé le 11 juin 1944 à Mussidan (Dordogne), Blog2 pages,
réalisation 2011 Auteur :
Alain LAPLACE
Article rédigé à l'occasion de mes recherches généalogiques, puis la mise en ligne d'un blog (http://majoresorum.eklablog.com)dédié à la famille BOURSON qui a été expulsée en 1940 du village de Vigy (Moselle) et réfugiée à Mussidan (Dordogne) et les villages alentours où elle a vécu toute la durée de la guerre. Plusieurs personnes natives de Vigy faisaient partie des 52 otages fusillés le 11 juin 1944.
Liens externes
[Ajouter un lien vers un article d'intérêt ou un site internet] 1 Comité national français en hommage à Aristides de Sousa Mendes 2 Connus ou inconnus mais Justes (C’est dans le sillon creusé par Aristides de Sousa Mendès, Madeleine Barot, Charles Altorffer, Marc Boegner, Henry Dupuy, Raoul Laporterie… que s'ancre le souvenir de tous ces Justes que la modestie pourrait renvoyer à l’oubli et à l’indifférence.
Ce livret du Crif Sud-Ouest Aquitaine, écrit et coordonné par Hellen Kaufmann, présidente de l'AJPN, rend hommage à chacun des 225 Justes récompensés à ce jour en Aquitaine. La moindre des choses était de leur permettre de dire et de déposer leur histoire, pour que l’avenir ne les oublie plus jamais, ni eux ni les anonymes qui ont aidé au sauvetage de Juifs. )
3 La Prison militaire de Mauzac : camps d’internements sous Vichy (revue Arkheia, n°5-6, 2004. ) 4 Jacky Tronel, Séjour surveillé pour « indésirables français » : Le château du Sablou en 1940 (La politique de répression mise en place par la IIIe République à l’encontre des individus jugés “dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique” se traduit par la création de “centres de séjour surveillé pour indésirables français”. En Dordogne, le “Camp du château du Sablou” voit ainsi le jour. Il fonctionne du 17 janvier au 30 décembre 1940, soit une année à peine… Suffisamment longtemps pour marquer la mémoire du lieu, ainsi que celle des trois à quatre cents internés, détenus “par mesure administrative” (in Arkheia, revue d'histoire). ) 5 Victime en représailles à Mussidan 6 Les neufs jours de Sousa Mendes - Os nove dias de Sousa Mendes (Documentaires de Mélanie Pelletier, 2012.
Avec António de Moncada de Sousa Mendes, Andrée Lotey, Elvira Limão, Hellen Kaufmann, Manuel Dias Vaz, Irene Flunser Pimentel, Esther Mucznik, José Caré júnior, Marie-Rose Faure, Maria Barroso… et António de Oliveira Salazar, Charles de Gaulle, le Maréchal Philippe Pétain, et le rabin Haïm Kruger. )
7 Exposition "L'enfant cachée" (Exposition pédagogique pour accompagner la lecture de l'album L'enfant cachée (Le Lombard, 2012) et découvrir l'Histoire. 2012)
Paul Emile Grimaud
(03/11/1936 - 25/08/1940) Préfet des Landes
Léopold Chénaux de Leyritz
(25/06/1940 - 24/01/1944) Léopold Marie Frédéric Chéneaux de Leyritz, Préfet de Haute-Garonne et préfet régional de la région de Toulouse à partir de 1941 (Ariège, Gers, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées, Lot, Lot-et-Garonne, Tarn et Tarn-et-Garonne et les parties non occupées des Basses-Pyrénées, de la Gironde et des Landes (1896-1970)
Pierre Daguerre
(25/08/1940 - 11/07/1941) Préfet des Landes
François Pierre-Alype
(1941 - 1941) Marie François Jules Pierre dit Pierre-Alype, Préfet régional de la région de Bordeaux (Basses-Pyrénées, Gironde et Landes) (1886-1956)
Pierre René Gazagne
(11/07/1941 - 23/10/1944) Préfet des Landes
Maurice Sabatier
(01/05/1942 - 1944) Maurice Roch Antoine Sabatier, Préfet régional de la région de Bordeaux (Basses-Pyrénées, Gironde et Landes) (1897-1989)
Gaston Cusin
(1944 - 1945) Commissaire régional de la République à la Libération (Basses-Pyrénées, Gironde, Lot-et-Garonne et Landes) (1903-1993)
André Sadon
(24/01/1944 - 06/02/1944) André Paul Sadon, Préfet régional de la région de Toulouse (Ariège, Gers, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées, Lot, Lot-et-Garonne, Tarn et Tarn-et-Garonne et les parties non occupées des Basses-Pyrénées, de la Gironde et des Landes (1891-1965)
Jean Cassou
(1944 - 1944) Commissaire régional de la République de la région de Toulouse (Ariège, Gers, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées, Lot, Lot-et-Garonne, Tarn et Tarn-et-Garonne et les parties non occupées des Basses-Pyrénées, de la Gironde et des Landes (1897-1981)
Pierre Berteaux
(1944 - 1946) Pierre Félix Berteaux, Commissaire régional de la République de la région de Toulouse (Ariège, Gers, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées, Lot, Lot-et-Garonne, Tarn et Tarn-et-Garonne et les parties non occupées des Basses-Pyrénées, de la Gironde et des Landes (1907-1986)
Maurice Papon
(23/10/1944 ) Préfet des Landes, non installé
Paul Georges Chary
(23/08/1944 - 13/11/1944) Préfet des Landes de la Libération
Georges Phalempin
(13/11/1944 - 16/01/1946) Préfet des Landes
Jacques Soustelle
(Mai 1945 - Juin 1945) Commissaire régional de la République à la Libération (Basses-Pyrénées, Gironde, Lot-et-Garonne et Landes) (1912-1990)
Hippolyte Roger Pinel
(11/09/1946 - 31/10/1951) Préfet des Landes
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