Mon nom s'inscrit au Journal Officiel dans une promotion à la Médaille de la Résistance entre les noms de deux jeunes mortes, Mila Racine et Marianne Cohn. Avec elles, comme elles, je devais faire passer la frontière parfois à des résistants en danger ou à leurs familles, mais surtout à des enfants juifs traqués, menacés de déportation. Mila a été arrêtée en 1943, déporté à Ravensbr¨ck où elle a été tuée en 1945 par une bombe anglaise, car les Allemands faisaient travailler leurs prisonnières sur les voies ferrées. Marianne Cohn a été arrêtée en mai 1944 (à Viry) avec le convoi d'enfants qu'elle conduisait en Suisse, emprisonnée à Annemasse quelques semaines, puis exécutée d'ignoble façon en juillet 1944. Toutes deux appartenaient au Mouvement de Jeunesse Sioniste, moi aux Éclaireurs Israélites de France, comme certains de nos responsables et organisateurs, d'autres à l'OSE (Œuvre de Secours aux Enfants). Notre amie Rolande Birgy, reconnue Juste par Israël venait de la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne) avec d'autres amies. Il nous arrivait, à l'occasion, d'exécuter des missions de liaison ou de courrier pour la Résistance, notamment pour le Réseau Gilbert, et certaines de ces missions m'ont valu de fameuses peurs. La frontière était si surveillée en cette dernière année de l'occupation qu'on ne pouvait plus respecter le sacro-saint principe de cloisonnement entre les divers groupes clandestins. Ce 31 mai 1944, je suis arrivée en gare d'Aix-les-Bains avec un convoi de trente-deux enfants, de trois à seize ans, qu'on m'avait confiés à Lyon. Je devais recevoir à Aix les consignes pour la poursuite du voyage. En gare d'Aix, j'ai trouvé Marianne Cohn qui a insisté pour prendre ma place. Elle m'a dit : "C'est mon dernier convoi, je pars demain. Va dormir, tu ne tiens plus debout". En effet à Lyon, bombardé par nos alliés, je n'avais pas dormi depuis deux nuits. Je lui ai laissé le groupe et je suis restée à Aix qui était en quelque sorte notre base arrière. Quelques heures plus tard, le camion qui, d'Annecy les emportait vers la frontière suisse, était arrêté par les Allemands (à Viry, au croisement avec la route du Fort). Malchance ? ou plutôt dénonciation ? Les Allemands les ont emmenés à l'Hôtel Pax à Annemasse et à la prison qui y était annexée - le Pax de sinistre réputation. Le courageux maire d'Annemasse, M. Defffaugt*, venait les y visiter et accompagner les repas qu'apportait le responsable local du Secours National, un résistant ami, M. Balthazar. Les Allemands trouvaient encombrante la présence de si jeunes enfants. Les maquis de la région avaient fait sauver la voie ferrée au tunnel d'Evires et les déportations vers l'Allemagne étaient rendues impossibles. M. Deffaugt* est arrivé à obtenir que les plus petits soient confiés à une "colonie de vacances", sous sa garantie et celle du curée de la ville, colonie de vacances que nous avons en urgence créée de toutes pièces dans un hôtel vacant de Bonne-sur-Menoge, à quelques kilomètres d'Annemasse, plus loin des troupes d'occupation et plus près du maquis de Tanninges. Mais nous n'avons pu y amener que les plus jeunes, jusqu'à douze ans. Les plus âgés sont restés en prison, garçons et filles, avec Marianne Cohn qui jouait auprès d'eux un rôle de grande sœur. Elle a refusé un plan pour la faire évader, craignant des représailles pour "ses" enfants. Et le 7 juillet, les geôliers l'ont emmenée vers une destination inconnue. Je venais deux ou trois fois par semaine à la porte du Pax, sans pouvoir rencontrer les prisonniers pourleur apporter des colis. Le 8 juillet, les sentinelles m'ont remis la petite valise de Marianne Cohn. Je l'ai installée sur mon porte-bagage et je suis repartie vers Annecy et Aix. Ce jour-là, je suis passée par le col d'Evires car on se battait sur l'autre route, celle du pont de La Caille... Et puis, tout à coup, en pédalant, j'ai compris la signification de cette valise que je rapportais. Je suffoquais. Je me suis jetée dans le fossé, mon vélo couché par dessus. Je suis restée là, allongée dans l'herbe huminde un long moment avant de pouvoir reprendre la route. Il faisait très beau.
21/06/2009 Auteur : Hélène Bloch Source : Le Bénon, n° 36, mars 2002 Lien : La Salévienne
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[Ajouter un lien vers un article d'intérêt ou un site internet] 1 Blog sur quelques Justes et sur le livre (Blog hébergé par la Tribune de Genève sur quelques justes honorés par Yad Vashem sur l'intervention du délégué pour la Suisse et la région frontalière Ain et Haute-Savoie, Herbert Herz, ainsi que sur divers événements organisés autour de la parution du livre "Mon combat dans la Résistance FTP-MOI" ) 2 Le site du poète Pierre Emmanuel (Le site officiel du poète Pierre Emmanuel. Vous y trouverez aussi des pages sur sa vie et son action à Dieulefit durant la guerre, à Beauvallon, puis à la Roseraie. ) 3 Guy Sanglerat, ancien membre du Coq Enchaîné (Le Coq Enchaîné était un réseau de résistance de la région qui pendant l'occupation allemande rassemblait des syndicalistes, des socialistes et des radicaux de la mouvance d’Édouard Herriot. Membre du réseau, Guy Sanglerat publie ses souvenirs.. )
4 Le Coq enchaîné (Le Coq enchaîné : un journal clandestin sous l'occupation allemande. Le premier numéro fait son apparition en mars 1942. Les membres du Coq Enchaîné mèneront aussi des actions de résistance. Il a compté jusqu'à 400 membres. Le réseau sera décimé en 1943. Guy Sanglerat raconte ... )
5 Les archives du conseil général de Savoie (La liste des 168 "travailleurs israëlites" en partance de Ruffieux, établie le 24 Août 1942. )
Alexandre Angeli
(1940 - 1944) Alexandre Benoît Joseph Angeli, Préfet régional de la région de Lyon (Ardèche, Drôme, Haute-Savoie, Isère, Loire, Rhône, Savoie et les parties non-occupées de l'Ain, du Jura et de Saône-et-Loire) (1893-1962) (1893-1962)
Édouard Bonnefoy (24/01/1944 - 05/1944) Préfet régional de la région de Lyon (Ardèche, Drôme, Haute-Savoie, Isère, Loire, Rhône, Savoie et les parties non-occupées de l'Ain, du Jura et de Saône-et-Loire). Résistant, il sera dénoncé par la Milice, arrêté par la Gestapo et déporté à Neuengamme (1899-1945).
André Boutemy
(1944 - 1944) Préfet régional de la région de Lyon (Ardèche, Drôme, Haute-Savoie, Isère, Loire, Rhône, Savoie et les parties non-occupées de l'Ain, du Jura et de Saône-et-Loire) (1905-1959)
Yves Farge
(1944 - 1945) Commissaire régional de la République de la région de Lyon (Ardèche, Drôme, Haute-Savoie, Isère, Loire, Rhône, Savoie et les parties non-occupées de l'Ain, du Jura et de Saône-et-Loire) (1899-1953)
Henri Longchambon
(1944 - 1946) Préfet du Rhône puis commissaire de la République pour la région Rhône-Alpes (1896-1969)
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