Constant* et Henriette Martin* vivent à Renazé. Ils ont deux enfants, Louis et Jeannine.
Constant Martin* était mineur dans une mine d’ardoises des environs, Madame Martin était femme au foyer. Leur maison était un peu à l’écart du village de Renazé, mais très proche d’une ferme qui se révéla bien utile en ces temps de grandes pénuries.
Ils vont sauver la vie de Jacques Seidenberg, un petit garçon juif d’à peine cinq ans lorsqu'il arrive chez eux en mars 1943.
Leiser Seidenberg, né le 9 janvier 1900 à Sokolow (Pologne), cordonnier, et son épouse Udes, née Cisinska à Sokolow (Pologne) en 1898, tous deux originaires d’une province à l’est de la Pologne annexée par la Russie étaient venus s’installer à Paris pour fuir les fréquents pogroms qui sévissaient contre les Juifs.
Ils s’installent au 22, rue Rambuteau dans le 3e arrondissement de Paris entre 1930 et 1937 année de la naissance de leur fils Jacques. Ils espéraient pour toute la famille une vie meilleure que celle de leur pays d’origine.
Leiser est arrêté parce que juif et sera déporté sans retour le 19 août 1942 de Drancy vers Auschwitz par le convoi n° 21.
Son épouse, Udes, et son fils Jacques, seront arrêtés à leur tour par la police et la milice au début de l’année 1943 et conduits au commissariat du 3° arrondissement dont ils dépendaient.
Jacques en fus extrait et sauvé in extremis par miracle grâce à une très jeune et courageuse jeune fille juive de 18 ans environ, amie de la famille, Josha Garélick, qui me conduisit chez elle.
Udes ne put être sauvée, elle fut conduite au camp de Drancy qu’elle quitta le 2 mars 1943 pour être déportée sans retour vers Auschwitz par le convoi n° 43.
Toute la famille restée en Pologne fut à de très rares exceptions près exterminée.
Esther Seidenberg, la fille aînée de Leiser et d'Udes, âgée de 12 ans, eut la vie sauve.
Une maladie qu’elle avait contractée nécessita son éloignement du foyer familial pour la Corrèze dans un institut de Bonnes Sœurs où elle fut cachée jusqu’à la fin de la guerre, ce qui l’épargna du pire.
Jacques Seidenberg, quant à lui, est placé chez Constant* et Henriette Martin à Renazé, grâce à l’intervention probable d’un réseau de résistants.
Louis Martin, partage sa chambre avec le petit Jacques. Sa sœur Henriette avait quitté la maison familiale pour s’installer dans le centre de Renazé avec son mari Albert Mercier.
D’emblée tous les membres de la famille Martin adoptèrent le petit Jacques et lui prodiguèrent beaucoup d’attention et d’amour. La zone était très investie par l’armée allemande et les SS. Ils prenaient de très gros risques en cas de dénonciation ou s'il y avait eu un contrôle d’identité. Ils ouvrirent d’emblée leur cœur et firent tout ce qui était en leur pouvoir pour rassurer et consoler le petit orphelin, brutalement séparé de sa sœur et de ses parents.
Jacques se souvient : "Et pourtant, merveilleusement, le courant passa très vite, ils surent "m’apprivoiser" en me faisant partager chaque instant de leur vie de famille avec une extrême gentillesse, beaucoup d’attention et d’amour. En somme ils me traitèrent comme leur fils, comme leur frère".
Jacques est pris en charge par Henriette*, qui outre les tâches ménagères, s'occupe du jardin potager, de l’élevage des lapins, du ramassage du bois mort dans la forêt voisine qu’elle portait en fagots sur son dos jusqu’à la maison. Ce bois servait à alimenter la cuisinière et pour faire de l’eau chaude. Henriette prépare les repas et est infatigable.
Constant*, lui, travaille à la mine, un métier très rude. Il mourra très très jeune à cause de la silicose qu’il avait contractée.
C’est grâce à cette famille que le petit citadin parisien découvre avec beaucoup d’émerveillement la nature environnante avec ses transformations au gré des saisons, les parfums des fleurs, les bêtes de la ferme, les odeurs de la campagne, les champs de blé après la moisson, le ramassage de la mâche sauvage, les parties de pêche joyeuses en famille, les forêts profondes où de temps à autre ils rencontrent des colonnes de maquisards.
Jacques est scolarisé dans l’école du village sous une fausse identité et fait de rapides progrès.
Jacques raconte encore : "Mon séjour au sein de la famille Martin jusqu’à la libération de la France se révéla des plus profitables pour mon avenir. Outre la chance inouïe de m’avoir permis de survivre à cette immense tragédie, ils ont veillé à ma reconstruction physique et psychologique. Ils m’ont prodigué avec savoir-faire et simplicité tant d’amour et de chaleur humaine que cela m’a permis de me replonger dans l’insouciance de l’enfance tout en contribuant à mon épanouissement et à mon équilibre futur. C’est ainsi qu’avec l’indispensable confiance en moi je devais affronter mon existence future.
Cette situation idyllique devait malheureusement prendre fin brutalement pour moi après la libération. Un beau jour, une dame totalement inconnue vint me chercher. Ce fut encore une fois un immense déchirement inattendu. Je dus quitter la famille Martin avec beaucoup de tristesse tant mon attachement à elle était fort. Ce départ marqua le début de multiples et dures séparations car il me fallait quitter un orphelinat pour un autre".
Néanmoins, le nom de la famille Martin devait rester gravé dans sa mémoire et dès qu'il le pourra, il viendra les retrouver, au mois d’octobre 1963, durant sa première permission à l’EAT de Tours où il avait rejoins l’armée comme Sous-Lieutenant.
Constant Martin* était décédé et Henriette avait déménagé. Il les retrouvera néanmoins.
Jacques Seidenberg termina son discours lors de la cérémonie de remise de la médaille des Justes à titre posthume à Constant* et Henriette Martin* par ces quelques mots : "Je désirais que les noms de Monsieur Constant Martin et de Madame Henriette Martin soient à jamais gravés dans notre mémoire collective pour l’acte héroïque et désintéressé qu’ils ont accompli. C’est désormais chose faite, j’en suis très heureux et ému".
Familles hébergées, cachées, aidées ou sauvées par Henriette Martin Jacques Seidenberg
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Jean Roussillon
(16/08/1940 - 31/07/1943) Préfet régional de la région d'Angers (Loire-Inférieure, Maine-et-Loire, Mayenne, Sarthe et la partie occupée de l'Indre-et-Loire) (1896-1970)
Édouard Bonnefoy (14/11/1941 - 1942) Résistant, préfet de la Mayenne. Il sera dénoncé par la Milice, arrêté par la Gestapo et déporté à Neuengamme (1899-1945).
Charles Donati
(01/08/1943 - 10/08/1944) Charles Guérin Joseph Louis Donati, Préfet régional de la région d'Angers (Loire-Inférieure, Maine-et-Loire, Mayenne, Sarthe et la partie occupée de l'Indre-et-Loire) (né en 1891)
Michel Debré
(10/08/1944 - 01/04/1945) Michel Debré dit Jacquier, Commissaire de la république de la région d’Angers (Loire-Inférieure, Maine-et-Loire, Mayenne, Sarthe et la partie occupée de l'Indre-et-Loire) (1912-1996)
Alain Savary
(01/04/1945 - 11/05/1945) Commissaire de la république de la région d’Angers (Loire-Inférieure, Maine-et-Loire, Mayenne, Sarthe et la partie occupée de l'Indre-et-Loire) (1918-1988)
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