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Jean-Raphaël Hirsch



 
Auvillar 82340 - Tarn-et-Garonne
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Jean-Raphaël-Hirsch
Jean-Raphaël Hirsch en 1940
source photo : Arch. fam.
crédit photo : D.R.
Jean-Raphaël-Hirsch
Jean-Raphaël Hirsch lors du lancement du Concours National de la Résistance et de la Déportation 2008
source photo : Memoresist
crédit photo : D.R.
Histoire
Le docteur Sigismond Hirsch, l’un des fondateur avec Robert Gamzon en 1926 du mouvement scout les EIF (Éclaireurs Israélites de France). S'appuyant sur cette organisation, il créé le secteur de cache d’Auvillar (Tarn et Garonne).
Le docteur Sigismond Hirsch est le frère de Shatta Simon.

Il est aidé de son fils, Jean Hirsch, alias Nano, né en 1933, agent de liaison dans la Résistance sous le nom de Jean-Paul Pelous de fin 1942 à août 1944. En effet, un enfant à vélo n'attire guère l'attention et c'est ainsi que Jean devient le plus jeune résistant de France. Nano se rend seul en zone libre passant par Vierzon sur le moteur d'une locomotive électrique BB et rejoint Moissac en juillet 1942. Il amène à tous faux papiers, tickets d’alimentation, vêtements, compléments en vêtements ou nourriture et si possible des nouvelles d’un frère ou d’une sœur cachés dans une autre ferme. Parfois un message de son père à telle fermière, à tel paysan.

Sigismond Hirsch planque plus de 400 jeunes garçons et des jeunes filles juifs de 16 à 25 ans, souvent d’origine allemande, qui avaient fui l’Allemagne et Hitler, et qui se voyaient rattrapés par les nazis du fait de la défaite de la France dans le secteur d'Auvillar (Tarn-et-Garonne).
A  partir de 1943, Sigismond Hirsch cache de plus en plus de réfractaires au S.T.O. (Service du travail obligatoire) et des résistants en mission dans le Lot-et-Garonne et le Gers.
Le 18 octobre 1943 à 5h du matin, une traction avant et un camion au gazogène plein d’hommes armés de la Gestapo allemande arrêtent le docteur Sigismond Hirsch et son épouse, Berthe née Weyl, suite à la dénonciation d’un capitaine vichyssois du service géographique de l’armée qui sera arrêté à la Libération. Leur fils, Jean n'avait pas dormi à la maison et ne fut pas arrêté.

La nuit même, Castor (Robert Gamzon) et Roger Fichtenberg viennent récupérer les papiers concernant les enfants cachés, aucun ne sera inquiété.
Les jeunes se regroupent, gagnent les maquis et constituent en particulier le maquis de Vabres sous la direction du capitaine Castor Gamzon.

Sigismond et Berthe Hirsch sont transférés à la prison Saint-Michel de Toulouse. Déportés résistants, tous deux Croix de Guerre, le docteur Sigismond Hirsch et son épouse Berthe, sont amenés via Drancy à Auschwitz par le convoi numéro 62. Sigismond Hirsch, capitaine des Forces Françaises de l’Intérieur (FFI), Grand Officier de la Légion d’Honneur, est revenu seul, sa femme, âgée de 37 ans a été gazée dès son arrivée.
Jean, qui avait dormi dans un village voisin, apprend l'arrestation de ses parents et se réfugie dans un couvent proche, à Auvillar, tenu par des sœurs belges qui s’occupaient de mongoliens et de grands épileptiques. Accueilli par Sœur Placide*, il y passe deux jours, vêtu d'un chasuble, apprenant un peu à servir la messe, découvrant les vêpres et les mâtines.

Après avoir été caché à Auvillar, Nano Jean Hirsch est caché à Cahors, où il passe 8 jours sans sortir d'un vieil hôtel désaffecté.
Il est ensuite convoyé par sa tante Élisabeth Hirsch, dite Böegy, dans les Bouches-du-Rhône et emmené par un agent à Aix-en-Privence puis à Le Puy-Sainte-Réparade chez un docteur résistant, Jean Daniel*.
De novembre 1943 à septembre 1944, il distribue des médicaments aux résistants et accomplit des liaisons avec le maquis.
Pendant l'été 1944, le Docteur Jean Daniel* prend le maquis avec sa famille et s'installe dans une vieille ferme dans les collines,
Nano Jean Hirsch aide le médecin à soigner les blessés alors que les combats font rage et devient ainsi aide-soignant et fait le vœux de devenir chirurgien.
À la Libération, le Docteur Jean Daniel*, sur une Motobécane, court partout pour empêcher de fusiller sur place des soldats allemands égarés, désemparés. Il arrive souvent trop tard.

Nano Jean Hirsch quitte le Puy-Sainte-Réparade (Bouches-du-Rhône) pour rejoindre à Moissac sa tante Shatta Simon et son oncle Bouli (Édouard Simon).

09/03/2012

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Témoignage

Jeudi 27 avril 2006, Mémoire et rencontre avec des élèves du collège Daniel Mayer, de Paris XVIIIe, à l'initiative de Espoirs de la Résistance et le Mémorial du maréchal Leclerc de Hauteclocque :

Dès 1940 la famille de Jean Raphaël Hirsch entre en Résistance, "pour l’enfant que j’étais, 1940 fut, un choc intense, devant le désarroi des adultes et de la soumission de beaucoup d’entre eux". Paris occupé est dangereux pour les familles juives, arrestations, rafles se succèdent.
Ses parents décident de passer en zone dite libre début 1942. C’est allongé sous le ventre d’une locomotive qu’il rejoint avec sa mère le Tarn-et-Garonne, où son père médecin juif organise le regroupement d’enfants juifs pour
les sauver de la déportation. Agent de liaison à 9 ans dans le réseau monté par son père, il témoigne "que la France profonde des campagnes fut accueillante […], parcourant les routes à vélo, combien de fois de généreux paysans, m’ont offert de la nourriture et un toit".
Ses parents sont arrêtés et déportés en octobre 1943, sa mère est morte à Auschwitz, son père a survécu à "l’indicible avec à jamais un terrible regard d’ailleurs".

07/03/2010
Lien : Lettre de la Fondation de la Résistance, 45

[Compléter l'article]

Témoignage de Jean Hisrch

Je m’appelle Jean Hirsch et j’ai été agent de liaison dans la Résistance sous le nom de Jean-Paul Pelous de fin 1942 à août 1944.

Fait particulier pour un agent de liaison : je n’avais que 10 ans en 1943.

I – Dans une première phase de juillet 1942 à octobre 1943, j’ai été acteur de l’aide aux personnes pourchassées dans la région de Toulouse, Moissac, Montauban.

Et voici mon témoignage :

J’étais arrivé dans cette région, fuyant Paris où je portais l’étoile jaune et j’ai eu la chance de partir juste quelques jours avant les grandes rafles de juillet 42.

J’ai franchi la ligne de démarcation, bien sûr en fraude, sur le moteur d’une locomotive électrique.

A la gare de Vierzon après laquelle commençait la zone libre, les allemands sont venus inspecter la locomotive, et caché sur le moteur, aux pieds du conducteur du train, j’ai vu par le carré du local technique les bottes de ces Messieurs aller et venir. (Nous avions payé les cheminots passeurs 500 000 francs de l’époque).

Mon Père, le docteur Sigismond Hirsch, l’un des fondateur en 1926 d’un mouvement scout les E.I.F.(Eclaireurs Israëlites de France), avait crée en s’appuyant sur cette organisation le secteur de cache d’Auvillar (Tarn et Garonne).

Il cachait (on disait alors « il planquait ») des jeunes garçons et des jeunes filles juifs de 16 à 25 ans, souvent d’origine allemande, qui avaient fui l’Allemagne et Hitler, et qui se voyaient rattrapés par les nazis du fait de la défaite de la France.

Mais nous avons caché aussi à partir de 1943 de plus en plus de réfractaires au S.T.O. (Service du travail obligatoire) et des résistants en mission.

L’aide aux personnes pourchassées, c’était d’empêcher à tout prix qu’elles soient arrêtées, car si elles étaient capturées, cela signifiait qu’elles seraient déportées, et que l’immense majorité des capturées mourraient sans doute.

76000 juifs de France dont 12000 enfants ont été déportés dans ces années et 2500 adultes seulement sont revenus des camps de la mort. Au total en Europe, 6 millions de Juifs ont ainsi été exterminés par les nazis.

Il faut savoir que ceux qui voulaient aider ces malheureux risquaient aussi la mort pour eux-mêmes et leur famille, c’est dire leur courage !

Imaginez un instant la difficile situation qui était la notre chaque jour dans un pays vaincu, occupé par 1 million de soldats allemands, truffé de collaborateurs dévoués à Pétain et à l’ordre nazi.

Nous n’avions au début ni arme ni argent ni expérience ni réseaux constitués, et il était problématique de manger, de s’habiller, de circuler, et dangereux de communiquer car il existait une censure d’état.

Et bien je témoigne que nous avons très vite appris, et que nous nous sommes très vite adaptés. Mais cela a coûté la vie à beaucoup de nos jeunes chefs, disponibles 24h sur 24. Cette période nous a paru très longue, période d’angoisse majeure au cours de laquelle beaucoup des nôtres disparaissaient dénoncés arrêtés, fusillés, déportés.

Heureusement, plusieurs éléments nous ont aidé dont on parle peu dans les livres.

a) la France est à l’époque un pays essentiellement agricole avec de nombreuses fermes.
- le travail de la terre est très dur et non mécanisé : on laboure à pied derrière un cheval, il faut être fort, c’est un travail d’homme.
- or, on manque d’hommes dans les fermes parce que certains ont été tués en 1940, et surtout beaucoup sont prisonniers (1million 8 français sont prisonniers et 700 000 partent au S.T.O.

b) Dès lors, on comprend que pour faire vivre l’exploitation au quotidien, les fermières acceptent d’héberger et de nourrir gratuitement des jeunes sans trop poser de questions, pourvu qu’en échange, ces jeunes travaillent gratuitement, eux qui sont jeunes et vigoureux, et souvent intelligents, ayant fait des études, et conscients que c’est leur dernière chance. Ils vont d’ailleurs s’adapter rapidement au travail de la terre et devenir performants.

c) Mon père est médecin, et c’est rare à l’époque, dans ces campagnes reculées. Il fait de bons diagnostics et soigne gratuitement la population, ce qui fait qu’il est bientôt accueilli avec chaleur dans les fermes.

d) Reste à faire des faux papiers : nous avions un langage codé et c’est ainsi qu’on appelait une fausse carte d’identité ‘un beefsteak’. Notre organisation va rapidement secréter des experts excellents ès faux papiers.

e) quant aux gendarmes qui quadrillent cette région, mon père a carrément été les voir, leur a froidement exposé son action, en leur indiquant que l’Allemagne risquait fortement de perdre la guerre, et les informa que si un seul de nos planqués était arrêté de leur fait, il avait pris des dispositions pour que la Résistance s’occupe d’eux à la Libération ou même avant.

Pour tenir, il fallait à tout prix rester en communication avec les nôtres.

C’est là où mon père a eu l’idée de se servir de moi comme agent de liaison : en effet un enfant à vélo n’attire guère l’attention, et c’est tout naturellement que je suis devenu ainsi l’un des plus jeunes résistants de France. J’amenais à tous faux papiers, tickets d’alimentation, vêtements, et si possible des nouvelles d’un frère ou d’une sœur cachés dans une autre ferme. Parfois un message de mon père à telle fermière, à tel paysan.

Il fallait réconforter les uns, féliciter les autres, s’enquérir de la situation pour que n’éclate à aucun prix un conflit local : éviter ainsi le scandale d’un jeune voulant séduire une fermière, la dépression d’un orphelin ne supportant plus sa solitude, l’inconscience d’un jeune allant se saouler un dimanche au café. Chaque éclat risquant de déclencher une arrestation ou plusieurs.

C’est ainsi que je conseillais parfois de changer de ferme untel ou untelle, et c’est avec ma psychologie d’enfant que j’assumais en fait un travail d’adulte.

Inutile de vous dire que nous écoutions radio Londres, et que nous suivions avec passion les revers allemands en Russie, en Sicile, en Italie et enfin en Normandie.

A force de faire du vélo jour et nuit, dans ce pays que je connaissais par cœur, ayant en mémoire tous ceux qui étaient cachés dans tous les endroits avec toutes les caractéristiques utiles, j’avais acquis des mollets de champion, et une affection profonde pour mon vélo avec son dérailleur.

Il fallait aussi souvent apporter en complément des vêtements ou de la nourriture.

La viande étant rare dans certaines fermes pauvres, je citerai par exemple l’aide d’un boucher du nom de Lartigue qui nous aida sans peur. A l’époque, les bouchers de campagne avaient leurs abattoirs privés. C’est ainsi que je l’ai souvent aidé à abattre en fraude la nuit du bétail éclairé par une lampe à acétylène : avec un piolet creux, il frappait d’un seul coup violent le front d’un veau ou d’un bœuf qui s’abattait sur les genoux. Alors, avec une tige de fer introduite par l’orifice, il dilacérait le cerveau, et l’animal se couchait sur le flanc, mort. Avec une grosse pompe de motocyclette, ayant perforé le cou de pied de l’animal avec une sorte de seringue, j’insufflais de l’air en pompant : la peau se soulevait monstrueusement se détachant des muscles. Alors avec un cutter, je coupais la peau en la détachant des muscles ; puis, nous débitions la bête en quartiers et distribuions la viande de nuit aux plus nécessiteux. Il faut savoir qu’en agissant ainsi, Henri Lartigue risquait sa vie et celle de sa famille. En effet, les allemands exécutaient sur place ceux qui fournissaient ainsi de la viande clandestinement aux « terroristes ». C’est dire la reconnaissance que nous devons aux Justes qui ont aidé les persécutés de toutes sortes sans jamais rien demander ni pendant, ni après la guerre.

L’ARRESTATION

Le 18 octobre 1943 à 5h du matin, une traction avant et un camion au gazogène plein d’hommes armés de la Gestapo allemande arrêtent mon père et ma mère suite à la dénonciation d’un capitaine vichyssois du service géographique de l’armée. Par malheur, tous nos systèmes d’alerte ont failli ce matin là, en particulier notre chien de garde, Dick, attaché devant la maison a cassé la corde en la mordillant, et a fait une fugue…

Déportés résistants, tous deux Croix de Guerre, mon père et ma mère ont été amenés via Drancy à Auschwitz par le convoi numéro 62. Mon père, capitaine des Forces Françaises de l’Intérieur (F.F.I.), Grand Officier de la Légion d’Honneur, est revenu seul, sa femme, ma mère, âgée de 37 ans ayant été gazée dès son arrivée. Je précise que nous avons arrêté à la Libération l’ex capitaine Chauvet, dénonciateur.

Par miracle, ce matin la, je n’étais pas à la maison : j’avais dormi dans un village proche, devant prendre une leçon de piano de bonne heure chez un curé.

Au moment de remonter chez nous, un de nos gars m’a intercepté en me disant que mon père me donnait l’ordre de rester sur place en me cachant.

Je me suis donc réfugié dans un couvent proche tenu par des sœurs belges qui s’occupaient de mongoliens et de grands épileptiques. J’ai passé deux jours dans ce couvent apprenant un peu à servir la messe, découvrant les vêpres et les mâtines et ayant passé une chasuble.

Les allemands qui connaissaient mon activité du fait de la dénonciation me recherchaient pour me faire parler. Ils se sont présentés au couvent. Mais heureusement, ils ont été dégoutés par la vue de grands épileptiques hagards qui urinaient partout, et par celle de mongoliens qui tiraient la langue, et sont repartis à la hâte, religieusement accompagnés par les sœurs. J’ai fait décorer plus tard leur supérieure, Sœur Placide*.

Fait essentiel : pas un seul de nos 400 jeunes planqués n’a été arrêté.

A partir de cette fin 1943, la Résistance s’organise plus fortement. Commencent les premiers parachutages d’armes conséquents. Rejoignent la Résistance de plus en plus de jeunes réfractaires au STO ou d’autres, prenant conscience de l’ignominie nazie. Londres émet régulièrement des messages : « ici Londres, les français parlent aux français » qui contrent la propagande allemande.

Que deviendront nos jeunes ? Nos jeunes se regroupent, gagnent les maquis et constituent en particulier le maquis de Vabres sous la direction du capitaine Castor Gamzon, également fondateur des Eclaireurs Israélites de France.

Ils feront sauter un train blindé allemand, et le canarderont de toutes leurs armes. Lorsque les allemands se rendent, bras levés, drapeau blanc, eux qui ont des canons embarqués sur le train et des mitrailleuses lourdes, l’un des nôtres, né à Berlin, leur susurre dans un allemand parfait « Ich bin jude » , je suis juif.

Or, les allemands étaient persuadés que, capturés par des « terroristes », ils seraient tués, mais capturés par des « terroristes » juifs, ils n’espéraient plus rien. Bien sur, on les a seulement faits prisonniers. Nos jeunes s’engagent dans l’armée française et entrent en Allemagne.

II - Mais, pour le moment, un des nôtres, soucieux et grave, m’amène à Cahors où je reste huit jours sans sortir dans un vieil hôtel désaffecté. On m’apporte à manger, puis un agent me conduit près d’Aix en Provence où un médecin résistant, le Docteur Jean Daniel m’accueille, bien qu’il ait lui-même trois enfant et bien du mal à les nourrir.

La région sud est en effervescence, et les maquisards font de plus en plus de coups de main contre les troupes allemandes.

Quand un résistant est sérieusement blessé, son hospitalisation pose un problème grave : comment l’hospitaliser sous un faux nom pour que l’occupant ne le capture pas ?

Faux papiers, discrétion du personnel, messages … Je reprends ma fonction d’agent de liaison …

Le Docteur Daniel se dépense sans compter et risque fort d’être arrêté.

Bientôt les américains débarquent sur les plages du Midi. Le Docteur Jean Daniel prend carrément le maquis avec sa famille, et nous gagnons une vieille ferme détruite dans les collines où nous bivouaquons tant bien que mal.

Juin Juillet 1944 – Il fait très chaud. Les collines sont pleines de genets qui exhalent une merveilleuse odeur avec leurs fleurs jaunes. Des parachutistes américains nous ont rejoint. Bientôt, les chars américains débarqués se battent contre les chars allemands dans la plaine. Les obus mettent le feu aux collines, jonchées de plantes sèches.

Et de notre masure, nous voyons monter les flammes : on nous ordonne alors d’allumer autour de nous un contre feu – et cette opération réussit. Dans cette chaleur de l’été, un ruisseau merveilleux coule d’une eau claire et fraîche. Le docteur Jean Daniel a installé son poste de commandement à côté, et je l’aide à soigner les blessés. Je les fais boire – sauf les blessés de l’abdomen – je les panse ; ils sont de plus en plus nombreux. Ainsi à mon rôle d’agent de liaison succède un rôle d’aide-soignant sur champ de bataille.

On me demande un jour d’assumer une mission en allant chercher des médicaments au village. Je descends avec crainte des collines. J’arrive dans le lieu indiqué et charge les médicaments. Au moment de sortir, en ouvrant la porte, je me trouve nez à nez avec une colonne allemande rasant les murs – cela m’a tout l’air d’être des troupes d’élite qui se replient, fusil mitrailleur à la hanche. Mon regard croise juste un instant un grand gaillard en uniforme sombre qui passe : ce sont des tueurs.

Je regagne avec soulagement mes collines, et aide le Docteur Daniel à soigner les blessés – c’est peut-être là que j’ai fait vœux de devenir chirurgien.

Et puis, c’est la libération.

Vous dire l’ivresse de vivre, le soulagement, le soleil, l’armée américaine qui passe à toute allure avec ses jeeps, ses Dodges, ses canons autotractés. Ces soldats noirs, blancs qui nous jettent des chewing gums, des boîtes de viande, du café, des bonbons de toutes les couleurs aux odeurs extraordinaires ….Les femmes jolies qui leur sourient …

Le Docteur Jean Daniel, lui, sur une moto bécane, court partout pour empêcher de fusiller sur place des soldats allemands égarés, désemparés. Il arrive souvent trop tard …On les a fusillé, fait un trou de 80 cm dans la terre en bordure des routes, cassé les corps en deux d’un coup de pied, si bien que les routes sont jalonnées de petits tumulus…en manière de tombeaux.

Et commence l’épuration, pas toujours juste : on tond, on coupe les cheveux d’une femme parce qu’elle a couché avec un allemand, on fusille un homme sans vrai procès. Des résistants de la dernière heure font du zèle. Les F.F.I. sont tout prêts de se battre avec les F.T.P.

Les hommes circulent armés souvent un revolver à la ceinture.

Jean-Paul Pelous est redevenu Jean Hirsch. Pendant 18 mois, seul avec lui-même, personne ne lui a parlé de ses parents, et il n’a jamais rien demandé, n’a pas dépensé un franc n’ayant d’ailleurs pas un sou. L’hiver, les pieds gelaient dans des chaussures à semelles de bois striées. On avait froid et faim.

On me ramène dans une maison d’orphelins à Moissac en traversant mille rivières avec mille bacs, car tous les ponts de France semblaient avoir sauté. En y repensant, mais en fait je repense à cette période tous les jours sans exception, je crains que nous n’ayons pas suffisamment remercié les braves gens, les Justes qui nous ont aidé au péril de leur vie, gratuitement, simplement pour obéir à leur conscience d’hommes et de femmes.

Et je vais vous dire pourquoi : le seul fait d’évoquer, de repenser à cette époque est si douloureux, si cruel, en pensant à ceux que nous avons perdus, à leur martyr, que nous avons souvent évité de reprendre contact ou de nous attarder auprès de nos sauveurs de cette époque.

Néanmoins, j’ai demandé et obtenu la reconnaissance de Juste parmi les Nations pour le docteur Jean Daniel. C’est la plus haute distinction accordée par l’État d’Israël.

04/09/2010
Lien : Memoresist

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Résistant juif

Période de Résistance
De 1942 à la Libération (Tarn-et-Garonne, Lot-et-Garonne, Bouches-du-Rhône)

Réseau
Sixième-EIF

Responsables
Dr Sigismond Hirsch, Robert Gamzon (Castor), Roger Fichtenberg, Dr Jean Daniel

Le très jeune Jean-Raphaël Hirsch alias Nano se rend seul en zone libre en passant par Vierzon sur le moteur d'une locomotive électrique bb et rejoint Moissac en juillet 1942. Il assume dès 1942 des missions pour son père, le Dr Sigismond Hirsch, frère de Shatta Simon. Le Dr Hirsch a planqué plus de 400 jeunes Juifs dans le secteur d'Auvillar (Tarn-et-Garonne) et des réfractaires au STO (Service du travail obligatoire) dans le Lot-et-Garonne et le Gers. Un enfant attirant moins l'attention, son père le charge d'aller en vélo prendre contact avec des personnes cachées, leur apportant papiers, cartes d'alimentation, correspondance et autres documents. Le 18 octobre 1943, la Gestapo arrête les parents de Nano sur dénonciation. La nuit, Robert Gamzon et Roger Fichtenberg viennent récupérer les papiers concernant les enfants cachés – aucun ne sera inquiété. Sigismond et Berthe Hirsch sont transférés à la prison Saint-Michel de Toulouse, puis à Drancy d'où ils seront déportés. Seul le Dr Hirsch reviendra. Jean-Raphaël Hirsch est caché d'abord à Auvillar et à Cahors, puis il est convoyé par sa tante Böegy Hirsch vers les Bouches-du-Rhône chez le docteur résistant Jean Daniel (reconnu en 1989 Juste parmi les nations). De novembre 1943 à septembre 1944, il distribue des médicaments aux résistants et accomplit des liaisons avec le maquis. Pendant l'été 1944, le Dr Daniel ayant pris le maquis, Nano aide le médecin à soigner les blessés alors que les combats font rage. À la Libération, il quitte le Puy-Sainte-Réparade (Bouches-du-Rhône) pour rejoindre à Moissac sa tante Shatta et son oncle Bouli (Édouard Simon).

Chevalier de la Légion d'honneur

24/09/2011
Auteur : Frida Wattenberg Lien : Organisation juive de combat : Résistance-sauvetage. France 1940-1945

[Compléter l'article]

 


Titre

Réveille-toi Papa, c'est fini !

Réveille-toi Papa, c'est fini !

ACHETER EN LIGNE

Auteur   Jean-Raphaël Hirsch  
Édition   Albin Michel  
Année   2014  
Genre   témoignage  
Description   Médecin radiologue, originaire de Roumanie, Sigismond Hirsch fut un grand résistant, particulièrement actif dans les réseaux des organisations juives du Sud-Ouest de la France au sein desquelles il a pu sauver 400 jeunes Juifs. Déporté à Auschwitz, il est affecté au service de Josef Mengele.

À son retour de déportation, consulté par le général de Gaulle et Pierre Laroque, le premier directeur général de la Sécurité sociale, il prend une part considérable dans l’instauration d’un système social de soins médicaux et fonde le COSEM (Coordination des œuvres sociales et médicales) qui, grâce à des dispensaires et des centres de soins, offrit au plus grand nombre une médecine conventionnée de qualité.
Son fils, Jean-Raphaël, agent de liaison dès l’âge de neuf ans, a suivi les traces de son père en devenant chirurgien. En entrecroisant les souvenirs qu’il a conservés de sa mère, Berthe, résistante assassinée à Auschwitz, et le témoignage de son père, Jean-Raphaël Hirsch nous plonge dans une des pires périodes de notre histoire ; à travers son récit, la psychologie de l’enfant caché et le traumatisme qui perdure à l’âge adulte sont évoqués avec talent. Mais c’est aussi une leçon de vie et d’espoir qui nous est donnée à lire, et à méditer : survivre et construire après Auschwitz.

« Je me suis longtemps demandé comment un enfant pouvait être condamné à mort pendant plusieurs années, traverser la guerre en participant à la résistance, perdre une grande partie de sa famille et se remettre à vivre tant bien que mal, jusqu’au moment où Jean-Raphaël Hirsch, devenu chirurgien, a refait une famille, sans transmettre l’horreur de la Shoah. J’ai connu le même chemin, nous sommes frères d’âmes, mais je ne suis pas un aussi bon exemple de résilience que lui. Avec Jean-Raphaël Hirsch, on respire l’amitié et la joie de vivre. Le bonheur est contagieux. Alors profitons-en. »
Boris Cyrulnik
 

Liens externes [Ajouter un lien vers un article d'intérêt ou un site internet]
1 Le camp de Septfonds : 60 ans d’histoire et de mémoire (revue arkheia, n°5-6, 2002. )



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