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Charles Zajde



 
Paris 75010 - Paris
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Charles-Zajde
Ceci est l'histoire véridique de Charles ZAJDE, né en France en 1934 de parents polonais juifs. Il l'a écrite en 2004.
source photo : Coll. Charles Zajde
crédit photo : D.R.
Histoire

Extraits de l'histoire du petit Charlot

Ma mère me l´a assez dit "On est juif par le regard de l´autre" (Jean Paul Sartre).
 

Je suis né le 13 mai 1934. C’était un dimanche ensoleillé sur la ville de Paris. Ma mère me l’a suffisamment répété. Ce fut pour elle le plus joli jour de sa vie. Mais elle ne se doutait pas ce jour là, que les évènements de sa destinée ne se dérouleraient pas comme dans les contes de fée. Ma mère avait perdu son père, Pinkus Ackermann à l’âge de 6 ans en Pologne en 1918, à la suite d’une maladie qui ne fut jamais expliquée, peut être la grippe espagnole qui a tué plus de 22 millions de personnes en Europe. Elle me donna donc en deuxième prénom celui de Pinkus. Le grand-père de mon père décédé s’appelait Chaim. On lui suggéra de franciser ce prénom en Charles. C’est ainsi que je fut déclaré à la mairie du douzième arrondissement de Paris, Charles Pinkus Zajde, et naturalisé français à la naissance en vertu de la loi du sol.

Mes parents étaient venus en France avec des passeports polonais pour poursuivre des études. Mon père, Moïse Jérémie Zajde était né le 6 mai 1903 à Ciepielow, une bourgade à l’Est de la grande ville de Radom en Pologne. Ma mère, Bruchla Pesa Ackermann vit le jour le 15 mai 1912 dans le village de Glowaczow , un hameau de quelques centaines d’habitants, à 15 kilomètres au Nord de Ciepielow . Mes parents se rencontrèrent à Radom en 1929. Ma grand-mère maternelle Bajla Ackerman née Fiszman se trouva dans l’incapacité financière de procurer une dote à sa fille, comme c’était la tradition, alors mes parents décidèrent d’immigrer en Palestine où se trouvait déjà un oncle de mon père, Chaim Zajde. Ce frère cadet de mon grand-père paternel Baruch Zajde, s’était marié à Przytyk en 1918 avec Mademoiselle Rose Frydman , la tante du célèbre professeur généticien français René Frydman et ils avaient émigré en 1929 de Pologne avec leurs deux enfants Éva et Jacques nés respectivement en 1920 et 1925.

Les massacres d’Hébron en 1929 vinrent contrecarrer leurs projets, car l’administration britannique édita le livre blanc qui limitait d’une manière drastique l’immigration des juifs dans le foyer juif promis par la déclaration de Balfour en 1917, et dont la Grande Bretagne avait reçu mandat par la Société des Nations, d’administrer. Mes parents, alors seulement fiancés, décidèrent de venir provisoirement en France en attendant de pouvoir rejoindre la Palestine. Mon grand-père paternel était religieux, mon père l’était beaucoup moins, en tout cas il ne voyait pas comment résoudre le problème de l’antisémitisme virulent qui avait cours en Pologne à cette époque autrement que par la création d’un état juif. Étant le fils aîné de sept frères et sœurs, il avait fait des études supérieures jusqu’à la crise économique mondiale de 1929. Il avait été très impressionné par le cas de l’affaire Dreyfus en France et comme le journaliste viennois Théodore Herzl, il était convaincu que le monde ne pourrait pas faire confiance aux juifs, et les respecter tant qu’un État juif ne serait pas établi sur notre planète. Mon père était sincèrement un sioniste idéaliste, mais les circonstances ne lui ont pas permis de réaliser son rêve de jeunesse. Il décida donc de contourner la difficulté, en immigrant à titre provisoire en France sous le prétexte de poursuivre des études. Il maîtrisait sans jamais être venu en France, la langue française comme l’atteste, les seules lettres écrites à Drancy et retrouvées par ma mère.

Mon père parti le premier pour la France en 1930, où il rejoint des camarades du mouvement sioniste français Hashomer Hatzaïr. Nombreux d’entre eux d’origine polonaise étaient alors en attente de réaliser leur alya (1) vers Jérusalem. Ils étaient regroupés dans le milieu ouvrier parisien spécialisé dans la fabrication des vêtements en cuir. . La spécialité professionnelle de mon père, c’était la comptabilité! Sans contrat de travail, cette discipline lui était interdite. Pour survivre, il se résolut à travailler à la machine à coudre, dans la fabrication des vêtements de cuir. Ma mère le rejoignit en 1931, laissant sa mère et sa sœur en Pologne. Bien vite ils se rendirent compte que la France n’est pas la terre promise, que l’on imagine loin de la France quand on n’a pas de papier de travail. Mais leur projet pour la Palestine est toujours bloqué, car la Grande Bretagne maintient un quota ridicule pour les candidats juifs à l’immigration en Palestine. Mes parents dans l’incertitude décidèrent de surseoir à leur mariage.

Ma mère habite alors chez une tante, demi-sœur de ma Grand- mère, à l’hôtel du château d’eau au coin de la rue de Lancry dans le dixième arrondissement de Paris. Mon père loge avec des amis dans une chambre d’hôtel dans le quartier de Belleville, près de son lieu de travail. Et c’est ainsi que mes parents décidèrent de se marier le 19 décembre 1933, après s’être aperçu que ma mère était enceinte.

L’aventure de la terre promise en Palestine prenait fin et l’enfant non désiré et non attendu que j’étais allait déterminer la vie de mes parents ainsi que leur destin imprévu pour le meilleur et pour le pire.
[…]
La spécialité professionnelle de mon père, c´était la comptabilité! Sans contrat de travail, cette discipline lui était interdite. Pour survivre, il se résolut à travailler à la machine à coudre, dans la fabrication des vêtements de cuir.
[…]
Ma mère cousait alors les boutons de ces canadiennes que mon père fabriquait et quant à moi je dessinais et découpais avec une paire de ciseaux sur du papier des wagons de train car mes parents n´avaient pas les moyens de m´acheter des jouets.
[…]
Ainsi en septembre 1939, je retrouvais mes parents et un nouvel appartement, situé dans un quartier résidentiel de la capitale, au 28 rue des Vinaigriers, toujours dans le dixième arrondissement de Paris.
[…]
Mon père s ‘était engagé volontairement dans l´armée française pour la durée de la guerre, dans le corps d´armée de la légion étrangère en bénéficiant de la nationalité d´apatride. Mais l´espoir était grand que cette guerre ne durerait pas très longtemps, car la France disposait de l ‘armée la plus puissante du monde. Et ma mère se consolait de cet exode au fin fond de la campagne française, et de cet éloignement, car cette séparation serait de courte durée, Mon père serait démobilisé probablement rapidement afin que nous puissions nous retrouver ensemble dans notre nouvel appartement à Paris.
Mon père fut vraiment démobilisé fin mai 1940, mais pas dans les conditions prévues de la victoire. On lui donna le choix à Perpignan soit de rejoindre l´Afrique du Nord , en oubliant pour le restant de la guerre sa femme et son fils, soit d´être réformé et démobilisé et de rentrer à la maison. Il prit cette dernière proposition pour son malheur, sans garantie qu´il aurait survécu s´il avait combattu pour le restant de la guerre.
[…]
Malgré les rafles de juifs étrangers qui avaient lieu dans le 11e arrondissement de Paris, mon père considéra qu´il n´était pas concerné, puisque ses papiers étaient parfaitement en règle avec le commissariat de police du dixième arrondissement de Paris. Sa carte d´identité était parfaitement à jour et enregistrée, de plus sa démobilisation militaire dûment entérinée.
Mon père avait des commandes de l´administration française pour des clients militaires allemands et il s´obstinait à ne pas croire aux avertissements de personnes bien informées qu´il risquait d´être arrêté.
Mon père fut arrêté le jeudi 21 août 1941 à 6 heures du matin par la police française et amené au camp d´internement à Drancy avant de partir le 22 juin 1942 à Auschwitz avec le premier convoi numéro 3, qui quitta la Gare Le Bourget Drancy pour aller, soit disant, travailler dans les pays de l´Est, en fait à Auschwitz Birkenau.
D´après des témoins survivants, il se donna la mort le 3 août 1942, lorsqu´il vit arriver les premiers convois de femmes et d´enfants que l´on poussait directement vers les chambres à gaz. Il se jeta contre les fils de fers barbelés électrifiés, pour ne pas assister parait-il, à la venue probable de sa femme et de ses deux enfants, vers ce bâtiment d‘extermination.
Comme il était interdit de se suicider, "soit même", les autres prisonniers eurent droit à une séance macabre, organisée par les geôliers allemands, de la pendaison en public de mon père déjà décédé, devant tout le baraquement, afin que son geste ne soit pas imité par d‘autres. Le privilège de donner la mort étant réservé aux gardiens allemands ou à la nature par les privations alimentaires et les travaux forcés !
[…]
Ma grand-mère était devenue française par son mariage avec Monsieur Zinenberg en 1936 et cette première rafle du 16 juillet 1942 ne concernait que les juifs de nationalité étrangère. On se réfugia donc provisoirement dans cet appartement d´une pièce ou logeait ma grand-mère depuis qu´elle avait cédé le sien rue du Transvaal dans le 20ème arrondissement à ma tante Paulette. Ma tante, travaillait à l´AOIP à la suite de la mobilisation de mon oncle le 1er septembre 1939, qu´elle remplaça dans cette usine de fabrication de centraux téléphoniques. Depuis que mon oncle avait été fait prisonnier sur le front de la ligne Maginot en mai 40 ma tante habitait seule dans cet appartement de trois pièces, au premier étage d‘un petit immeuble de 2 étages, situé sur l´arrière cour de la maison donnant sur la rue. Ma mère nous laissa auprès de notre grand-mère et se dirigea vers l´appartement de ma tante Paulette, et elle attendit son retour. Le soir ma mère et ma tante vinrent nous rechercher, ma petite sœur et moi pour nous conduire à l´abris dans ce refuge de fortune.
[…]
Ma mère nous expliqua tout ce qui lui était arrivé depuis notre séparation et comment elle avait passé la fin de la guerre. Cachée avec ma sœur dans la forêt de Villeparisis, ma tante venait chaque dimanche leur apporter un peu de nourriture qu´elle se procurait grâce à de fausses cartes d´alimentation que lui avait fournies des sympathisants à l´usine de l´AOIP.
[…]
Mon Oncle Henri suggéra de placer ma sœur en nourrice dans une famille dont il avait eu connaissance par l´intermédiaire d´amis de l´AOIP, où il travaillait depuis son retour d´Allemagne. C´est ainsi qu´il accompagna ma petite sœur Annette chez Madame Roger à Saint-M'Hervé dans le département de l´Ile-et-Vilaine en Bretagne, dès la fin des vacances scolaires de Pâques.
Moi je retournais à l´école du Cours Complémentaire de la rue Poulmarch et pour alléger le fardeau de mon Oncle Jankiel, on m´inscrivit à la cantine de l´école et à l´étude du soir, ce qui m´obligeais à m´absenter de la maison de huit heures du matin à six heures du soir.
[…]
Au cours de ses séjours à Paris il a rencontré des gens qui lui ont proposé de travailler dans des entreprises de construction électriques dans la région parisienne, il s´installa donc à Paris. Les années passèrent et une opportunité survint qui lui permit d´être engagé par l´AOIP, ( Association des Ouvriers de l´Instrumentation de Précision ) une société spécialisée au début dans la construction des gyroscopes puis dans les centraux téléphoniques et de tout l´équipement des appareils qui gravitaient autour des transmissions.
C´est ainsi qu´il rencontra ma tante Paulette, la jeune sœur de ma mère au début de 1939.
Je fis sa connaissance au cours d´une de ses visites chez ma grand mère ou je demeurais à l´époque avec ma mère et ma tante. Je sympathisais immédiatement avec lui car il savais raconter des histoires drôles, et je crois qu´il avait un faible pour les garçons, pensant probablement que l´heure était venue de créer une famille et d´avoir des enfants à lui avec de préférence un garçon en premier. Mon oncle Henri et ma tante Paulette se marièrent fin juillet 1939 et partirent immédiatement en voyage de noce à Menton sur la côte d´Azur en Août et revinrent le premier septembre. A leur retour, il trouva sa feuille de mobilisation générale et dû rejoindre aussitôt son régiment stationné sur la ligne Maginot. Pendant ses années d‘activité à l´AOIP il avait établi d´excellentes relations avec ses compagnons de travail et en particulier avec des personnes qui interviendront efficacement dans la survie de ma mère et de ma petite sœur au cours de la guerre. Il s´agit du couple des Redinger et d´un autre couple, d´extrême droite, qui aura l´occasion d´héberger ma mère et ma sœur dans un cabanon de la forêt de Villeparisis.
Dès que mon oncle fut mobilisé, la Société AOIP proposa à ma tante de venir travailler en remplacement de mon oncle et ainsi de pouvoir toucher les salaires qui lui étaient destinés. Ma tante avait 21 ans en 1939. Elle n´avait passé qu´un mois avec son époux avant cette séparation qui allait durer plus de quatre ans. Ce fut pour elle une grande frustration et un douloureux déchirement de voir partir à la guerre son jeune époux et peut être y risquer sa vie.
Mon oncle, stationné à l´arrière de la ligne Maginot, fut fait prisonnier, après le 17 juin 1940, à la suite de l´ordre donné par le Maréchal Pétain de cesser le combat entendu à la radio lors de son discours
[…]
Son retour auprès de ma tante fut de courte durée car dénoncé par des voisins, la gendarmerie française accompagnée de la feld gendarmerie allemande, se présenta au domicile de ma tante pour arrêter mon oncle.
Heureusement mon oncle avait réintégré son emploi à l´usine de l´AOIP et n´était pas à la maison lors de la visite des policiers. Ma tante, d´un air convaincant et déterminé, sans se démonter, déclara que son mari était prisonnier de guerre en Allemagne et qu´elle ne l´avait pas revu depuis 1939. Une fois la police partie, elle prévint par téléphone mon oncle qui ne remit pas les pieds au domicile et en accord avec la direction de l´AOIP, il fut envoyé en zone, dite, libre à Châteauroux, où l´entreprise avait une usine de production. C´est là qu´il passa le restant de la guerre, jusqu´à la libération de Paris.
Ma tante qui avait suivi, à son arrivée en France en 1934, les cours du soir de l´éducation nationale, parlait parfaitement le français, sans accent. Enlevant son étoile jaune, elle prenait ainsi le risque de se faire arrêter, en rejoignant assez souvent mon oncle à Châteauroux, par le train dont les gares étaient surveillées et contrôlées. Mais son cœur battait à grand coup à chacun de ses voyages en amoureux.
Mon oncle avait une piètre opinion sur les hommes politiques. Il reconnaissait avoir eu dans sa jeunesse des sympathies pour le parti communiste, mais aussi, avoir été déçu par l´antisémitisme pratiqué dans le pays des soviets. Puis par l´attitude de Maurice Thorez qui s´était enfui de France en Russie dès le début de la guerre. Enfin le retournement du secrétaire général du parti communiste français, Jacques Doriot, qui avait rejoint le parti Nazi, que mon oncle insistait pour rappeler qu´il s´agissait du parti National Socialiste Allemand, sans utiliser les initiales, qui avaient été banalisées et diabolisées.
Il était également aigri de voir comment ceux qui avaient traficoté pendant la guerre avec le marché noir ou la collaboration, s´étaient enrichis et tenaient maintenant le haut du pavé. Alors que lui ouvrier, toute sa vie, continuait à vivre une vie modeste. Il aimait me donner des conseils. Il avait perdu toute sa famille en Pologne, dans les camps d´extermination. Il ne lui restait en France que moi, son neveu, des cousins émigrés aux États-Unis et un autre cousin en Israël.
[…]
Par la suite, il se contenta de se consacrer au travail, et surtout à une activité qu´il n´avait pas choisie, en se mettant à son compte dans la confection de vêtements, mais cela lui permit de gagner plus facilement la vie de sa famille. Il regrettait l´ambiance de l´AOIP, et des retrouvailles au bistrot, au coin de l´usine, pour boire l´apéritif et célébrer les moindres évènements de l´usine avec ses camarades de travail.
Ses amis, dont les Rédinger, qui habitaient l´Hay-les-Roses, et à qui il devait une fière chandelle, pour avoir pris soin de sa femme et de sa belle sœur pendant la guerre, lui manquaient et cela le rendait encore plus amer. Il nous arrivait de leur rendre visite, le dimanche, dans leur pavillon de banlieue à L´Hay les Roses, et je m´interrogeais d´où venait leur surnom d´Avion. En fait tout simplement parce que M. Rédinger avait travaillé dans la société qui avait précédé la création de l´AOIP qui produisait les gyroscopes pour l´armée de l´air après la guerre de 14-18. Il m´avait pris en sympathie, et nous invitait assez souvent.
Les Rédinger n´avaient pas d´enfant, aussi avaient-ils du plaisir à me confier les souvenirs de leurs jeunesses, car ils savaient qu´après eux, leurs mémoires disparaîtraient, à jamais, sans laisser de traces.
[…]
Mon Oncle mourut en 1987, terrassé par un cancer cérébral galopant.

28/02/2014
Auteur : Charles Zajde

[Compléter l'article]

Moïse Jérémie Zajde, né le 6 mai 1903 à Ciepielow (Pologne), dans une famille qui compte 10 frères et soeurs, était arrivé en France en 1930 où il avait rejoint des camardes du mouvement sioniste français Hashomer Hatzaïr.
Bruchla Pesa Ackermann, née le 15 mai 1912 à Glowaczow (Pologne), vint rejoindre Moïse France en 1931, laissant sa mère, Bajla Ackermann, et sa sœur Paulette en Pologne, qui arriveront quelques temps après.
Bruchla habite chez sa tante dans le 10e arrondissement de Paris, tandis que Moïse habite chez des amis dans le quartier de Belleville.
Bruchla est enceinte et ils se marient le 19 décembre 1933.
Moïse, comptable sans contrat de travail était contrait de travailler sur des machines à coudre et confectionnait de grosses canadiennes. Bruchla était couturière.
Le petit Charles, né le 13 mai 1934 à Paris, est placé en nourrice à Champigny-sur-Marne.

Lorsque Moïse et Bruchla se séparent. Bruchla et le petit Charles vont habiter chez Bajla installée dans le 20e arrondissement avec sa fille Paulette.
A la fin du mois de juillet 1939, Paulette épousera Henri (Aron) Freund, né le 2 janvier 1905, à Wisniourzyk (Galicie).
Henri Freund, engagé par l'AOIP (Association des Ouvriers de l’Instrumentation de Précision) était arrivé de Pologne en France pour travailler dans les mines de charbon du nord de la France et venait passer ses week-ends à Paris. C'est ainsi qu'il rencontra Paulette au début de l'année 1939.

En septembre 1939, Moïse, Bruchla et Charles s'installe au 28, rue des Vinaigriers dans le 10e arrondissement.
Au 24, rue des Vinaigriers, habitent Annette, Pierrette, Maxime et Nadia Szonek et leurs parents, chapeliers, juifs naturalisés français.

Lorsque la guerre éclate, Moïse, apatride, s'engage dans la légion étrangère.
Bruchla et Charles se réfugient dans le Cher.
Henri Freund est également mobilisé et sera fait prisonnier en juin 1940. Accidenté avant la guerre, son problème de santé lui permit d'être rapatrié en France au printemps 1943. Il réintégrera son emploi à l'usine de l'AOIP et sera envoyé à Châteauroux où il restera jusqu'à la Libération.

Démobilisé en mai 1940, Moïse, 37 ans, retrouve Bruchla et Charles et ils rentrent à Paris en septembre 1940.

En août 1941, Bruchla emmène Charles en vacances à Montgeron, près de la Forêt de Sénart et Moïse vient leur rendre visite le dimanche. Le 17 août, il apporte un vélo bleu à Charles et rentre à Paris pour reprendre son travail le lendemain de bonne heure.
Le 18 août, des rafles de juifs étrangers ont lieu dans le 11e arrondissement, mais Moïse se croit à l'abri puisque ses papiers sont en règle et sa démobilisation militaire est dûment entérinée.
Il est arrêté parce que juif le jeudi 21 août 1941 à 6 heures du matin par la police française et amené au camp d´internement à Drancy avant d'être déporté sans retour le 22 juin 1942 à Auschwitz avec le numéro n° 3.

Moïse apprend la naissance de sa petite fille, Annette Liliane, née le 24 mai 1942 à l’hôpital Rothschild, dans le douzième arrondissement de Paris, alors qu'il est interné à Drancy.

Charles a 8 ans et fréquente l'école de la rue des Vinaigriers avec une étoile jaune portant l‘inscription en lettres gothiques du mot Juif cousue sur ses vêtements.

Le 16 juillet 1942, la police se présente à leur domicile pour arrêter Bruchla Zajde, son fils Charles, âgé de 8 ans, et sa fille Annette âgée de 7 semaines. Annette crie famine et les policiers qui ne souhaitent pas réveiller le quartier, demande à Bruchla de la nourrir, mais la laiterie n'est pas encore ouverte. Ils disent qu'ils reviendront à 10 h. Bruchla, Charles et Annette n'attendront pas et échappent ainsi à la rafle du Vel d'Hiv. Ils sortent par la porte de la cuisine et partent se réfugier chez Bajla, la mère de Bruchla, passage Puebla.
Bajla Ackermann était devenue française par son mariage avec M. Zinenberg en 1936.

Par l'intermédiaire du réseau de résistance juif dont fait partie Bernard Levando. Il emmène Charles à la gare Montparnasse et arrivent à Flers, prennent une correspondance pour Domfront, et arrivent par le car à Passais chez Lucienne* et Gustave Richard*, accueilli par leur fille Madeleine*.

Pendant toute la période que Charles passera à Passais, Bruchla Zajde et Annette seront cachées dans la forêt de Villeparisis grâce à l'aide d'amis d'Henri Freund, les Rédinger qui habitaient La Hay-les-Roses et d'un de ses collègue de travail qui possédait une cabane dans la forêt de Villeparisis. Charles ne recevra jamais de courrier de ses parents. C'est sa tante, Annette, qui communique avec les Richard* pour transférer par mandat poste le montant de la pension du petit garçon et qui viendra même le voir, prenant le risque de prendre le train et le car, la peur au ventre, pour lui apporter le vélo que son papa lui avait offert avant son arrestation, lui expliquant qu'il n'était pas abandonné, mais qu'il était impossible pour sa famille de communiquer avec lui.

En septembre 1944, Charles quittera la Normandie pour rentrer à Paris et retrouver sa maman et sa petite sœur, avec l'espoir de retrouver son père qui ne reviendra jamais.

En 1934, le plus jeune frère de Moïse Zajde, Jankiel, 16 ans, né le 10 Septembre 1918 à Ciépiélow (Pologne), communiste, quitte la Pologne, et part en Allemagne, puis en Hollande et arrive en Belgique en juillet 1934. Il essaye de rejoindre la France mais est arrêté à la frontière et interné en France dans un camp réservé aux jeunes mineurs délinquants. Libéré au bout de 15 mois, il arrive chez Moïse et Bruchla à la fin de l'année 1935.
Son apprentissage de typographe ne lui servit à rien puisqu’il n’eut pas de papiers de travail. Moïse lui enseigna le métier de mécanicien sur machine à coudre destinée à la fabrication de vêtements en cuir.
En 1936, il s'installe dans un hôtel, rue Ramponneau, dans le 20e arrondissement de Paris.
Il fut expulsé en 1938 et s'installa à Varsovie où il créa une entreprise et aida ses parents et ses frères et sœurs restés à Radom.
Il sera arrêté au cours d‘une rafle de la Wehrmacht le 1er mars 1943. Il sera déporté le 6 mars 1943 dans un camp de travail de Belzec près de Lublin, puis de Chelmno près de Lodz. Il fut ensuite transféré à Auschwitz puis envoyé travailler dans les mines de sel de Silésie. Il sera libéré le 5 mai 1945, mais en retournant à Radom, il apprendra que toute sa famille avait péri à Treblinka, puis arrive en France en juillet 1945.
Il retrouvera Bruchla Zajde et ses neveux.

Durant l'été 1946, Charles et Annette iront passer les vacances à Passais chez Lucienne* et Gustave Richard*.
En juillet 1947, Bruchla épouse Jankiel Zajde. Leur fille, Martine, naîtra le 16 septembre 1947. Jankiel adoptera les enfants de son frère en 1980.

01/03/2014

[Compléter l'article]

 


Titre

En mémoire des Justes

En mémoire des Justes

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Auteur   Charles Zajde  
Édition   www.zajde.fr  
Année   2008  
Genre   témoignage  
Description   Charles Zadje, essonnien, ingénieur docteur en physique et chercheur à la faculté d'Orsay nous livre une autobiographie poignante, mémoire d'un enfant juif de huit ans qui décrit avec des yeux naïfs et émerveillés son exil en Normandie. Cette tranche de vie Charles l’a écrite avant tout pour ses enfants mais aussi en hommage à tous les Justes : ces français qui pendant la 2e Guerre Mondiale ont par de petits gestes aidé des milliers de Juifs à fuir le nazisme. Espoir pour la jeunesse libre mais désabusée
d’aujourd’hui, témoignage d’une réussite, hommage à ces héros ordinaires.
 

Liens externes [Ajouter un lien vers un article d'intérêt ou un site internet]
1 Notre Dame de Sion : les Justes (La première religieuse de Sion à recevoir ce titre en 1989 est Denise Paulin-Aguadich (Soeur Joséphine), qui, à l’époque de la guerre, était Ancelle. Depuis, six autres sœurs de la congrégation, ainsi qu’un religieux de Notre-Dame de Sion ont reçu la même marque de reconnaissance à titre posthume. Ils ont agi à Grenoble, Paris, Anvers, Rome. L’action de ces religieuses et religieux qui ont sauvé des Juifs pendant la deuxième guerre mondiale mérite de ne pas être oubliée. Et il y en a d’autres, qui, même s’ils n’ont pas (encore ?) reçu de reconnaissance officielle, ont œuvré dans le même sens, chacun à leur place. )
2 L'histoire des Van Cleef et Arpels (Blog de Jean-Jacques Richard, très documenté. )
3 Résistance à la Mosquée de Paris : histoire ou fiction ? de Michel Renard (Le film Les hommes libres d'Ismël Ferroukhi (septembre 2011) est sympathique mais entretient des rapports assez lointains avec la vérité historique. Il est exact que le chanteur Selim (Simon) Halali fut sauvé par la délivrance de papiers attestant faussement de sa musulmanité. D'autres juifs furent probablement protégés par des membres de la Mosquée dans des conditions identiques.
Mais prétendre que la Mosquée de Paris a abrité et, plus encore, organisé un réseau de résistance pour sauver des juifs, ne repose sur aucun témoignage recueilli ni sur aucune archive réelle. Cela relève de l'imaginaire. )
4 La Mosquée de Paris a-t-elle sauvé des juifs entre 1940 et 1944 ? une enquête généreuse mais sans résultat de Michel Renard (Le journaliste au Figaro littéraire, Mohammed Aïssaoui, né en 1947, vient de publier un livre intitulé L’Étoile jaune et le Croissant (Gallimard, septembre 2012). Son point de départ est un étonnement : pourquoi parmi les 23 000 «justes parmi les nations» gravés sur le mémorial Yad Vashem, à Jérusalem, ne figure-t-il aucun nom arabe ou musulman ?
Il mène une enquête, cherche des témoins ou des descendants de témoins, évoque la figure de Si Kaddour Ben Ghabrit, directeur de l’Institut musulman de la Mosquée de Paris de 1926 à 1954, fait allusion à d’autres personnages qu’il a rencontrés, et plaide pour une reconnaissance mémorielle d’actes de solidarité, de sauvetage, de juifs par des musulmans durant cette période. Et pour leur reconnaissance et inscription sur le mémorial de Yad Vashem.
Cet ouvrage est fréquemment mentionné par voie de presse, avec force sympathie. Mais… rares sont les critiques, positives ou négatives, réellement argumentées. On a le sentiment que ce livre est légitime, généreux, qu’il "tombe" bien en cette période.
C'est ce que le sociologue américain Merton avait repéré dans les phénomènes d'identification et de projection même si le rapport à la réalité est totalement extérieur. Aujourd'hui, l'Arabe musulman, sauveteur de juifs, devient un type idéal auxquels de nombreux musumans ont envie de croire. La réalité n'est pas celle-ci, mais peu importe ! On reproduit la quatrième de couverture du livre (qu'on n'a pas lu), on ose quelques citations d’extraits… Mais personne ne se hasarde à une évaluation de la validité historique de sa teneur. )
5 Paroles et Mémoires des quartiers populaires. (Jacob Szmulewicz et son ami Étienne Raczymow ont répondu à des interviews pour la réalisation du film "Les garçons Ramponeau" de Patrice Spadoni, ou ils racontent leur vie et en particulier leurs actions en tant que résistants. On peut le retrouver sur le site Paroles et Mémoires des quartiers populaires. http://www.paroles-et-memoires.org/jan08/memoires.htm. (Auteur : Sylvia, Source : Canal Marches) )
6 Les grands entretiens : Simon Liwerant (Témoignage de Simon Liwerant est né en 1928. Son père Aron Liwerant, ouvrier maroquinier né à Varsovie, et sa mère Sara née Redler, seront arrêtés et déportés sans retour. )



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