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Sami Dassa



 
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Sami-Dassa
La plaque commémorant la rafle de Guy Patin
source photo : 9 rue Guy Patin
crédit photo : Moi-même
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Ma mère : la beauté faite monde
source photo : Moi
crédit photo : Moi-même
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Les quatre enfants Dassa en 1941
source photo : Moi
crédit photo : Moi-même
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Mon père engagé dans la Légion
source photo : Moi
crédit photo : Moi-même
Histoire
Mes ancêtres et parents appartenaient à la communauté judéo-espagnole de Salonique, ville ottomane puis grecque à partir de 1912, mais à majorité juive jusqu’au début des années 1900. J’ai voulu, dans mon livre, retracer, comprendre et expliquer le chemin qui a conduit mes parents, depuis Salonique jusqu’à un four crématoire d’Auschwitz-Birkenau en 1942. J’ai voulu aussi rétrospectivement regarder et repenser ma propre enfance d’orphelin de la shoah. Mon livre est donc une autobiographie familiale partielle. Il débute avec la première immigration en France du frère aîné de mon père qui en 1920 s’est, à Salonique, engagé dans la Légion Etrangère française et a participé à la guerre du Rif au Maroc. Mon récit s’achève au moment de mon entrée dans la vie adulte à la fin des années cinquante à la Résidence universitaire d’Antony dans les Hauts de Seine. Pour écrire ce livre, j’ai utilisé des documents et des souvenirs personnels et familiaux, mais aussi des documents historiques et des ouvrages sur la shoah. J’ai aussi utilisé des témoignages et des documents inédits issus des personnes et des institutions qui ont été pour moi des substituts parentaux et des lieux d’asile. Mon histoire familiale prend sens par son cadrage dans l’histoire des Juifs de Salonique et surtout dans cette partie de l’histoire de la shoah, écrite ensuite par des historiens, des acteurs et des témoins, histoire rencontrée, connue et subie par ma famille après son arrivée à Paris. Mon père et ma mère, tous deux saloniciens, sont arrivés à Paris au début des années 1930, dans le quartier sépharade du XIe arrondissement et y sont restés jusqu’à leur arrestation respective en 1941 et 42. L’originalité de mon approche de la shoah est à rechercher dans l’entrecroisement de ma subjectivité – autrement dit ce que j’ai vécu et qui s’est plus ou moins inconsciemment et douloureusement inscrit en moi - avec l’objectivité concomitante des faits tels qu’ils sont rapportés dans les documents écrits et retrouvés. Autrement dit, mon approche n’est ni complètement historique, ni uniquement un récit personnel de vie, elle est la réunion de ces deux approches. Je mets de l’objectivité dans ma subjectivité et de la subjectivité dans l’objectivité du travail de ces historiens de la shoah qui mettent la souffrance des victimes entre parenthèses et la considère comme un obstacle à la vérité des choses. L’Histoire écrite me permet de replacer les événements de vie et de mort de ma famille dans l’environnement politique, juridique, militaire et social de l’époque et m’est donc d’une grande aide pour comprendre mon propre parcours. Mais inversement, ce qui s’est inscrit en moi comme douleur et comme souffrance me pousse à demander qu’on introduise dans l’histoire la dimension singulière du vécu et du ressenti, c’est à dire une dimension humaine et donc universelle qui lui manque quelquefois, pressée qu’elle est de s’en tenir aux faits dûment avérés et d’écarter ou de contenir les émotions et les pleurs. Récuser la dimension subjective des phénomènes historiques comme le font des historiens purement objectivistes qui nous reprochent de larmoyer, c’est à mon sens, poursuivre et aiguiser encore la souffrance et donc l’offense faite aux victimes tant qu’elles vivent encore. Le fil conducteur de mon approche de la shoah, c’est l’histoire de ma famille pendant cette époque en tant qu’elle s’y confond totalement. L’histoire de ma famille est à elle seule une sorte de résumé de la shoah en tant que tout homme, toute victime est d’une certaine manière tout l’homme et représente toutes les victimes. Elle résume aussi la shoah du fait qu’elle se ramène exclusivement à leur extermination : mes parents n’ont pas été spoliés puisqu’ils ne possédaient pas de valeurs monétaires. Ils n’étaient pas des résistants ou des « politiques ». Ma mère n’a pas connu la vie et le travail concentrationnaires, elle a été exterminée à Auschwitz une semaine après son arrestation à Paris. Pour mon père, c’est un peu différent puisqu’il s’était engagé dans la Légion Etrangère en janvier 1940, qu’il a vécu 13 mois à Drancy et 2 mois et demi à Auschwitz. Pour moi, la shoah n’est rien d’autre que le génocide des Juifs européens. Mon texte comporte 15 chapitres, plus une introduction, une conclusion et une bibliographie. J’essaie en m’aidant de documents historiques, de comprendre pourquoi ma famille a quitté Salonique, pourquoi et de quelle façon, elle a choisi la France comme terre d’accueil. Je décris l’entrée en guerre qui se traduit par notre première séparation familiale. Je donne la liste des textes et des pratiques françaises et allemandes qui organisent l’exclusion et le rejet des Juifs et qui rendent notre vie impossible. J’ai reproduit les documents sur la deuxième rafle des Juifs étrangers, à Paris XIe, le 20 août 1941, au cours de laquelle mon père a été arrêté. Je rapporte avec des documents de l’époque les conditions de vie des internés au camp de Drancy ouvert à ce moment là. Je décris, à l’aide de témoignages et de textes officiels les difficultés d’être juif et surtout juif étranger à Paris occupé. Je note les initiatives de Vichy pour livrer les enfants juifs aux Allemands qui n’en demandaient pas tant. Je donne toutes les informations et documents sur la déportation de mon père et sur le convoi n° 36 du 23 septembre 1942, puis sur la disparition de ma mère et des saloniciens de Paris au cours de la rafle des Juifs grecs du 5 novembre 1942 et du convoi n° 44 du 9 novembre. J’en viens ensuite à notre histoire d’enfants orphelins, j’ai un frère et deux sœurs aînés tous rescapés. Notre devenir immédiat c’est l’internement dans les centres UGIF où nous sommes particulièrement exposés à la déportation et notre sauvetage par la Résistance humanitaire. Je m’étends particulièrement sur le réseau qui nous a sauvés et pris en charge pendant et après l’Occupation : l’Entraide Temporaire. Il s’agit d’un réseau laïque et multiconfessionnel dont les principaux animateurs sont le docteur et Mme Milhaud, des Juifs français originaires des communautés de Bayonne et de Bordeaux, et Mme Chevalley-Sabatier Présidente du « Service Social d’Aide aux Emigrants », fille d’un pasteur protestant. C’est l’œuvre privée, mais reconnue d’utilité publique de Mme Chevalley qui a servi de couverture légale au réseau clandestin de l’Entraide Temporaire. Je donne deux autres témoignages d’enfants de l’Entraide Temporaire. Celui d’Henri Lemel est particulièrement bouleversant et tragique, deux de ces sœurs ont été déportées et figurent dans la célèbre photo des petites filles à l’étoile juive du centre UGIF de Saint-Mandé. La mère épargnée en tant que conjointe « d’aryen » n’a pas voulu abandonner ses deux petites filles, elle les a accompagnées jusque dans la chambre à gaz. Je raconte notre parcours d’enfants cachés. Je fais le récit de l’ignoble rafle des enfants restés dans les maisons d’enfants de l’UGIF la troisième décade de juillet 1944. Pour comprendre les risques encourus par les enfants et par les Juifs étrangers ou d’origine étrangère et le succès des actions menées contre eux, j’analyse, au-delà de l’action exterminatrice des bourreaux et des collabos, la part d’ombre c’est à dire, la responsabilité de l’UGIF et la xénophobie de certains Juifs français. Je publie également un document du docteur Milhaud - mon tuteur officieux après la guerre - qui montre le danger et la dérive de certains extrémistes Juifs à cette époque. Je raconte aussi notre vie d’orphelin dans l’immédiat après-guerre. J’ai voulu, tout au long de mon texte, montrer la spécificité de la shoah, en ce qui concerne d’une part les Juifs étrangers présents en France à ce moment là, et d’autre part le sort réservé aux enfants juifs. A mon sens, les déportés, victimes des persécutions antisémites, ne doivent pas être conceptuellement confondus avec les Résistants, même si la République les a qualifiés du titre de « déportés politiques ». La mémoire de la déportation et de l’extermination des Juifs constitue un ensemble spécifique et différencié de celui que constitue la mémoire de la Résistance même s’il y a des intersections et des entrecroisements importants. La déportation et l’extermination des enfants est aussi une singularité de ce génocide. Je veux terminer cette présentation en précisant ces deux points : 1° Les Juifs étrangers. Cf mon texte page 222. « Sur un plan statistique, il est évident que les persécutions antijuives en France ont été beaucoup plus dures pour les étrangers, les naturalisés et les Français par déclaration que pour les Français de naissance. Treize pour cent des Juifs français ont été victimes des persécutions mortelles contre 41% des Juifs non-français. On dénombre 24 500 victimes françaises sur 195 000 Juifs français contre 55 000 victimes étrangères pour 135 000 Juifs étrangers présents en France en 1940. Il faut ajouter que parmi les 24 500 victimes détenant la nationalité française, on compte 8 000 naturalisés et 8 000 enfants nés en France de parents étrangers. Au total, le décompte des Juifs français de naissance, victimes de l’antisémitisme se monte à 8 000 personnes et le nombre des victimes à la fois de l’antisémitisme et de la xénophobie se monte à 71 500. Cf. Serge Klarsfeld, Le Calendrier de la persécution des Juifs en France, p. 1091-1092. 2° Les enfants Juifs. 70 000 enfants juifs de moins de 18 ans vivaient en France en 1940. 11 100 d’entre eux ont été déportés dont 2 000 avaient moins de 6 ans. 200 sont revenus. 20.000 enfants rescapés ont perdu leur père et/ou leur mère. La quasi totalité des enfants déportés étaient soit français nés de parents étrangers, soit étrangers. Mais je ne veux pas finir sur une note par trop objective, alors je dirais que les étrangers dont je parle ce sont mes parents et que les enfants ce sont leurs enfants, c’est à dire nous. On ne nous a pas tués, mais on nous a psychologiquement raccourcis et diminués en nous privant de ce qui structure tout homme : l’amour irremplaçable des parents et l’appartenance à une identité et à une culture sociales indispensables à la socialisation des enfants. Sami DASSA (février 2004)

07/01/2014

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Guy Patin

Intervention pour la commémoration de la rafle à Guy Patin (Paris Xème) Guy-Patin, ce 10 février 2013 (70 ans jour pour jour après la rafle de 1943) Tout d’abord quelques mots sur l’histoire de cet immeuble. En 1899, la baronne Edmond de Rothschild lègue au Comité de bienfaisance israélite de Paris son immeuble au 9, rue Guy-Patin dans le 10ème arrondissement, pour qu’y soit créé le « Home israélite pour jeunes filles ». A partir de 1904 l’établissement portera le nom de « Toit familial ». Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Toit familial devient la propriété de l’UGIF, sous le nom de Centre Guy-Patin. L’UGIF est l’Union Générale des Israélites de France créée par une loi de Vichy du 29 novembre 1941 pour « […] assurer la représentation des Juifs auprès des Pouvoirs publics, notamment pour les questions d’assistance, de prévoyance et de reclassement social. […] Tous les Juifs domiciliés ou résidant en France sont obligatoirement affiliés à l’Union Générale des Israélites de France. Toutes les associations juives sont dissoutes à l’exception des associations cultuelles israélites légalement constituées. » Après la guerre, le Comité de Bienfaisance Israélite de Paris récupère son bien immobilier, qu’il décide de transformer en foyer d’étudiants juifs. Cet établissement a alors accueilli des étudiants de toutes disciplines et de diverses nationalités : libanais, iraniens, égyptiens, anglais, allemands, américains, roumains…Mais les plus nombreux venaient d’Afrique du Nord. Plus qu’une maison d’étudiants, « le Toit familial » fut un centre communautaire pour les juifs qui pouvaient assister aux conférences, aux soirées d’études, aux offices du Shabbat et des fêtes. Aujourd’hui l’immeuble appartient à la Ville de Paris qui y loge notamment des employés de l’APHP. Quelques mots aussi pour dire ma légitimité à intervenir ici et aujourd’hui pour célébrer la mémoire des 11 jeunes filles dont vous voyez les noms sur cette plaque. J’ai personnellement, avec mon frère et mes deux sœurs aînés été interné dans ce centre UGIF du 22 janvier 1943 au 14 février 1943. J’ai ensuite été transféré successivement dans les autres maisons d’enfants de l’UGIF à Lamarck et à Neuilly et ce jusqu’au 30 juillet 1943, date à laquelle des personnes de l’UGIF agissant clandestinement ont réussi à me faire sortir et à me cacher avec mon frère dans une famille en Eure-et-Loir. Vous voyez donc que j’étais dans ce centre au moment de la rafle et que je dois à cet épisode d’être possesseur d’une carte d’interné politique à l’âge de 6 ans !!! La maison d’enfants Guy-Patin était le Service UGIF n° 30, il avait comme Directeurs du Service Mlle Clémence Mossé et M. Geismar et accueillait une cinquantaine d’enfants. La surveillante générale de nuit etait encore Thérèse Cahen qui deviendra directrice de la maison de Saint-Mandé et sera, refusant de les abandonner, déportée, puis gazée, avec « ses » fillettes après la rafle de juillet 1944 qui vit 232 enfants des maisons UGIF arrêtés et déportés. Les arrestations de février 1943 à Guy-Patin sont intervenues dans le cadre de la grande rafle de juifs étrangers demandée par Röthke, le chef du service anti-juif de la Gestapo ; elle a été organisée et réalisée par la police municipale parisienne. La rafle a commencé par l’arrestation d’enfants : Röthke avait mis les inspecteurs de la Préfecture sur leurs traces. Dés le 4 février, il s’était enquis auprès de l’UGIF de l’adresse de chacune de ses maisons d’enfants dans la région parisienne, du nombre de places et de l’effectif actuel de chaque maison avec une liste nominative précise des enfants présents, et mention de leur nationalité. Il y eut le 6 février une visite d'inspecteurs qui relevèrent les noms des enfants étrangers. Le 10 février 21 enfants de 4 à l5 ans sont arrêtés au centre Lamarck, et 11 au centre Guy-Patin (dont un de 3 ans et un de 4 ans). La plupart de ces enfants avaient d'abord et déjà été internés à Drancy, ils avaient ensuite été sortis de Drancy par l'U.G.l.F. qui les avait placés dans ses propres maisons. Ils étaient donc des « enfants bloqués », c'est-à-dire connus des autorités allemandes et confiés à l’UGIF à la condition de les maintenir dans ses centres. Il s’agit essentiellement d’enfants « déportables » à ce moment-là, c'est-à-dire étrangers ou nés de parents étrangers. On peut voir que Vichy attachait alors plus d’importance à la nationalité qu’à l’âge des victimes, on a quelques scrupules à livrer aux nazis des juifs français quel que soit leur âge, mais aucun pour vouer à la mort une enfant de 3 ans comme Jeanine Lipsyc née le 26 août 1939 à Radom en Pologne. Au total ce furent donc 42 enfants placés dans des centres de l'U.G.l.F. qui ont été raflés et transportés à nouveau à Drancy ce jour-là en vue de leur déportation et de leur extermination. Ces enfants de l’UGIF étaient internés dans les centres Lamarck et Guy-Patin ainsi qu’à l’orphelinat Rothschild de la rue Lamblardie et à l’École du travail de la rue des Rosiers. Ces enfants ne sont restés à Drancy qu’un seul jour. Ils sont partis pour Auschwitz dans le convoi n°47 du 11 février 1943. Ce convoi emportait 998 juifs dont 175 enfants de moins de 18 ans et parmi eux : 123 de moins de 12 ans. Aucun n’a survécu. Voici maintenant quelques témoignages d’enfants internés à Guy-Patin et à Lamarck, et placés après-guerre dans la maison du Renouveau à Montmorency créée par le MNCR (Mouvement National Contre le Racisme). Simone B. 15 ans : « Puis ce fut la rafle terrible du 10 février 1943. Celle où l’on vit des plus petits et des plus grands traverser la rue pour gagner l’autobus avec un petit paquet. Pas un ne pleura. Les inspecteurs, après un plantureux petit déjeuner offert gracieusement, tenaient la porte, froidement. » Son frère, Armand B., 11 ans, a aussi été marqué par cette rafle à Guy-Patin et Lamarck : « Après qu’on était là-bas, une grande rafle se déclara, et les inspecteurs prenaient même les petits en leur disant qu’ils allaient à la campagne. Deux grands garçons s’étaient cachés à la cave, ce qu’on ne pouvait pas deviner, mais un malheureux petit garçon de 5 ans les dénonça, naturellement sans le vouloir. Peu de temps après nous partîmes peut-être dix, chez la comtesse […] de La Bourdonnais. » Un autre copain du Renouveau, Joseph B., 11 ans, s’exprime sur la même situation : « Une épidémie de scarlatine s’était déclarée dans le centre Lamark, aucun enfant ne devait sortir, ni entrer. On me conduisit alors dans un autre centre de la rue Guy-Patin où une nouvelle vie commença, la vie était sensiblement meilleure dans ce centre, mais avec l’accroissement du nombre d’enfants, elle le devint de moins en moins. Ce qui me coûtait le plus, c’était que j’étais séparé de mon frère. L’épidémie dans son centre était passée, je pensais qu’on allait m’y amener, mais ce fut lui qui vint. Les jours passent, je commence à m’habituer à cette vie, quand on annonce qu’entre les centres de la rue Lamarck et Guy-Patin, les filles du premier devaient aller au deuxième, et les garçons du deuxième devaient aller au premier. Nouveau changement. A peine étais-je arrivé que l’asthme me prît. Quand je fus guéri, j’allais coucher la nuit chez une assistante pour que les Allemands ne me prennent pas. Comme il y avait eu une rafle quand j’étais malade, j’en conclus qu’on m’avait demandé aussi dans la rafle, et que ma maladie m’avait sauvé. C’était au mois de février 1943. Un jour de ce mois, on m’emmena dans un endroit appelé “La Clairière”. Ici, les gens venaient chercher les enfants pour les garder jusqu’à ce qu’on ait trouvé une place à la campagne. Une de ces personnes me prit. Je restais huit à dix jours chez elle, puis le 24 février à 7 heures du matin, je pris le train avec mon frère et une dame en gare de Lyon. » Thérèse Cahen, encore surveillante générale de nuit à Guy-Patin, a été très éprouvée par cette rafle et se montre très critique à l’égard de la direction UGIF soucieuse, avant tout, d’éviter les évasions d’enfants confiés par les « Autorités Allemandes ». Dans une lettre à sa sœur, elle écrit : « Samedi. Ma chère Louise, on nous a emmenés à Dr. (Drancy, SD) 10 petites filles arrivées chez nous la veille et dont beaucoup avaient été libérées de Dr. quelques jours (3 ou 8 ou 15) avant, dès le lendemain, nous nous sommes séparées de presque toutes les autres et je crois qu’on peut être très tranquilles sur leur compte, celles que nous avons gardées (il y en a 38) ce sont les plus menacées mais il est impossible de rien faire ; elles viennent toutes de Dr. et nous ont été confiées par la police sous notre responsabilité. Je suis donc payée et protégée doublement par ma qualité de française et ma carte (carte de légitimation fournie par les AA au personnel de l’UGIF, SD) pour bien fermer à clef dès 6 heures afin que les enfants ne se sauvent pas (la direction ne pense plus qu’à cela). Cela me plaît d’autant moins que rien ne me dit que la rafle de l’autre jour ne recommencera pas et même plusieurs fois ; c’est arrivé avant l’arrivée de la surveillante de jour, c’est moi qui ai prévenu les petites, qui ai veillé à ce qu’elles emportent des colis suffisants ; toutes ont été déportées le lendemain et comme il y en avait plusieurs entre 3 et 5 ans, je me demande si elles sont encore en vie […] Tout paraît s’être passé de la manière suivante : ordre de fournir tant de Juifs, ordre du commissariat des affaires juives de ne pas prendre les Français, on s’est débrouillé en prenant entre 2 et 100 ans. Ai-je raison de vouloir me désolidariser de tout cela en quittant des enfants qui me regretteront et à qui je faisais du bien, je ne sais mais je sens que je vais le faire, en attendant, je ne dis pas aux grandes de se sauver au lieu de rentrer chaque soir du lycée ou de l’école, mais ce serait la seule chose digne d’autant que ces gamines de 15 ans sont trop jeunes pour comprendre que leur existence n’est pas finie et vaut la peine d’être sauvée. […] » Dimanche. Je viens d’avoir une conversation avec la directrice ; il est convenu qu’elle me donne un mot pour aller mardi voir le docteur W.-H. (Weil-Hallé, SD), frère du rabbin Julien, grand manitou ici, m’expliquer avec lui. Mon idée est que : comme il semble bien que les Allemands ne soient pour rien dans le fait que l’on est venu chez nous, que cela vient de la préfecture, la simple dignité aurait voulu que l’UGIF proteste près du commissariat des affaires juives et tâche d’obtenir que celui-ci s’arrange avec la préfecture pour que leurs listes ne comportent pas quelques noms d’enfants pris dans les maisons de refuge. J’irai dire au docteur que je n’ai pas le courage de revivre la scène de l’autre jour mais que comme d’autre part cela me fait beaucoup de peine de quitter les enfants, avant de donner congé, je viens savoir si on pense obtenir quelques garanties de sécurité pour eux, s’il y a des pourparlers en train, on verra bien ce qu’il me répondra et je verrai après ce que j’ai à faire. […]. » Voilà ainsi posé le dilemme du personnel de l’UGIF : la seule solution valable était sans doute celle qu’ont choisie nos propres sauveteurs à leurs risques et périls : l’organisation de la résistance clandestine pour faire sortir et disperser les enfants. Il y a exactement 70 ans, un crime innommable a été commis ici-même. Cette plaque, devant nous, est comme la tombe que n’ont pas eue ces petites filles. Elle est comme un appel public aux passants pour ne pas les oublier. C’est notre cri de terreur, de douleur et de colère face à cette horreur : « plus jamais ça ! ». Sami Dassa . Ces récits sont réédités dans, Claude François-Unger, l’adolescent inadapté, P.U.F., 1974, 1ère édition, 1957, p. 15-25. . Cf. J. Laloum, Les maisons d’enfants de l’UGIF : le centre de Saint-Mandé, Revue d’Histoire de la Shoah, n° 155, septembre-décembre 1995, p. 89-90.

07/01/2014
Auteur : Sami Dassa
Source :
Moi-même

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Titre

Vivre, aimer avec Auschwitz au cœur

Vivre, aimer avec Auschwitz au cœur

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Auteur   Sami Dassa  
Édition   L'Harmattan  
Année   2002  
Genre   témoignage  
Description   Témoignage sur une famille salonicienne. Parents déportés. Les 4 enfants cachés dans différents sites.
Réseau de sauvetage : Entraide Temporaire.

Voici une approche historique de la Shoah. L'auteur retrace le chemin qui a mené ses parents de la Salonique judéo-espagnol au quartier séfarade du 11e arrondissement de Paris, et s'est achevé dans les cendres d'un crématorium à Auschwitzt-Birkenau. Par ses émotions, ses souvenirs familiaux, les témoignages recueillis et les recherches entreprises, Sami Dassa veut raviver la lumière qui émane des êtres disparus. Il veut aussi montrer la singularité de la shoah à travers le sort réservé aux enfants juifs. Pour son auteur, ce livre est comme la réalisation symbolique de retrouvailles impossibles.
 

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