Marquet, le maire de Bordeaux, ministre de l'Intérieur, ministre d’État du maréchal Pétain a-t-il servi son pays ou collaboré avec l'ennemi ?
L'ancien maire avait classé tous ses papiers intimes dans une valise oubliée dans le grenier de Robert Ducos-Ader, avocat et professeur de droit bordelais, aujourd'hui décédé.
Marquet a tout pour passionner les historiens. Initiateur de plusieurs monuments renommés de la ville à l'époque Art déco (la Bourse du travail, le stade du parc de Lescure, la piscine Judaïque…), il a été aussi ministre de l'Intérieur du maréchal Pétain après avoir appartenu au Cartel des gauches et à la SFIO. Condamné à dix ans d'indignité nationale en 1948, puis gracié cinq ans plus tard, il termina sa vie en campagne électorale, foudroyé le 3 avril 1955 par une crise cardiaque sur la scène de l'Athénée municipal au cœur de la ville. Celle-ci ne lui organisa pas moins des obsèques grandioses…
Le parcours tourmenté d'Adrien Marquet a été largement évoqué dans un livre collectif sur les maires bordelais par Franck Lafossas, un magistrat à la cour d'appel passionné d'histoire. Son éditeur des Dossiers d'Aquitaine, André Deforge, lui a toutefois suggéré d'approfondir le sujet. "Je ne savais même pas qui c'était, j'y suis allé sans a priori mais sans angle d'attaque", confie l'auteur au journal Sud-Ouest.
"Dans cette valise, tout était rangé logiquement, par strates, comme si on avait vidé des tiroirs au fur et à mesure, raconte-t-il. Il y avait là des discours, des projets de réforme de Constitution, le plan de retour des réfugiés, l'audition du général allemand Kuehnemann, commandant du port de Bordeaux, des témoignages de sympathie à sa sortie de prison, ses courriers de demande de grâce et d'amnistie, ses activités dans l'ombre du temps de Jacques Chaban-Delmas, l'espionnage de l'équipe municipale, ses œuvres journalistiques secrètes (car il avait interdiction de signer des articles sous son nom), ses cartes diverses, y compris celle d'électeur (la dernière date de 1937), sa décoration de l'ordre de la croix de Latran, la préparation d'un livre de mémoires avec beaucoup de photos, etc." dit Benoît Ducos-Ader.
Avec la méticulosité du magistrat, et en tenant sa langue car il s'agissait de maintenir le secret absolu sur la découverte, Franck Lafossas a tout rangé, classé et analysé.
Reste à comprendre pourquoi cette valise n'a pas été exhumée plus tôt et ce qu'elle faisait dans le grenier de ce cabinet d'avocat situé… place des Martyrs-de-la-Résistance, à Bordeaux. "Un clin d'œil de l'histoire", dit Lafossas.
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